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Franchises universitaires : quand l’État entretenait la confusion pour faire du ponce pilatisme (Akandijack, Pape Chérif Bertrand Bassène)



Franchises universitaires : quand l’État entretenait la confusion pour faire du ponce pilatisme (Akandijack, Pape Chérif Bertrand Bassène)
Plusieurs fois, le ministère de l’Enseignement supérieur (MESRI) brouillait les frontières entre deux espaces qu’il avait fini par présenter comme étant distincts : le campus académique, protégé par les franchises universitaires, et le campus social, géré par le COUD. Cette confusion n’était donc pas un accident. Elle préparait hypothétiquement le terrain à une irresponsabilité politique assumée.

Une confusion savamment construite

Le 23 janvier 2026, le MESRI publie un communiqué alarmiste sur la circulation d’objets dangereux « dans un espace universitaire ». Le COUD y est présenté comme une composante naturelle de l’université. Juridiquement, aucune distinction, aucune précision. Trois semaines plus tard, le 6 février, le même ministère relaie le communiqué de l’intersyndicale du COUD, comme si ce personnel non universitaire parlait au nom de la communauté académique. Là encore, on peut dire que le campus social est absorbé dans l’université, sans nuance.

Or, cette confusion n’est d’autant plus entretenue que parce que le directeur du COUD siège justement au conseil d’administration de l’université. Fonctionnellement intégré, juridiquement distinct : un terrain idéal pour les glissements de responsabilité.

Puis vient le drame

Le 9 février, la police intervient sur le campus social sans requête du recteur, en violation de l’esprit des franchises universitaires. Un étudiant meurt. Et soudain, le ministre change de discours : l’État n’aurait rien violé, puisque les franchises ne couvriraient que le campus académique. Autrement dit : après avoir entretenu la confusion, le ministère s’en sert pour se dédouaner.

Une zone grise juridique exploitée politiquement

La loi 94‑79, dite des franchises et libertés universitaires, est claire sur un point : l’article #2 ne mentionne pas les œuvres universitaires. Mais l’article #6 étend l’autonomie de police administrative à la protection des « biens mis à la disposition de l’université ». Or, dans notre entendement, le COUD – dont le directeur siège au conseil d’administration – peut être considéré comme un de ces biens mis à la disposition de l’université.

Cette articulation crée une zone grise. Le MESRI l’a nourrie pendant des semaines, avant de s’y réfugier pour éviter d’assumer une intervention policière meurtrière.

Une responsabilité déplacée, un récit étatique systémique 

En renvoyant la faute aux forces de l’ordre, le ministre de l’Enseignement supérieur engage directement le ministre de l’Intérieur est tombé dans une sorte de piège en s’aventurant dans le recyclage propagandiste. Et ce discours étatique n’est pas nouveau : c’est le même narratif que celui que la Révolution de mars 2024 avait combattu.

Comment demander à des policiers – parfois anciens étudiants – de distinguer juridiquement deux espaces qu’ils n’ont jamais dissocié et que le MESRI lui-même confond dans ses communications officielles ?

Gageons d’ailleurs que depuis le contexte des années 1980, les générations suivantes ont poussé l’État à ne jamais distinguer campus académique et campus social… sauf peut-être lorsqu’il s’agit, comme nous en avons l’exemple, d’échapper à la responsabilité d’une bavure.

Clarifier la loi, protéger les étudiants

Il est urgent de réviser la loi sur les franchises universitaires. Il ne faut pas laisser la zone grise devenir une zone de mort, tant que le campus social restera un « no man’s land » où les forces de l’ordre peuvent tout se permettre, les mêmes dérives se répéteront. Et nous continuerons de découvrir, trop tard, que l’ambiguïté entretenue par l’État peut coûter des vies.

L’article #2 doit intégrer explicitement le campus social : résidences, restaurants, espaces sportifs, centres médicaux. Tant que cette clarification ne sera pas faite, les étudiants resteront exposés à des interventions policières arbitraires, et les autorités continueront de jouer sur l’ambiguïté.

Le SAES doit prendre ses responsabilités

Les syndicats universitaires, à force de défendre leurs privilèges, s’éloignent de leur mission essentielle : protéger les étudiants et prévenir les conflits. Pendant ce temps, les campus se transforment : paramilitarisation à l’image des écuries des efants de Diambone, gros bras des enfants d’Aguène, hiérarchies informelles « Professeurs agrégés vs les autres » à l’image des anciens royaumes Djolof , carriérisme effréné pour embellir les CVs mais aucun apport théorique renouvelé pour l’École de Dakar.

Cette dérive prospère parce qu’on a laissé croire que le conseil d’administration pouvait, seul, garantir la bonne marche de l’université. Il est devenu tout autre chose : un lieu où l’esprit critique se dissout. Il faut le dire clairement : le CA ne suffit pas.

L’université a besoin d’une autorité morale indépendante, capable de défendre les franchises universitaires sans céder aux jeux de pouvoir.

C’est l’exigence même de la Révolution de Mars 2024, même si le slogan est passé de « Diomaye moy Sonko » à « Diomaye moy-toul Sonko » !
 
Akandijack, Pape Chérif Bertrand Bassène
Auteur de, Futikh. La Guerre Incivile sénégalaise. Stasiologie : « Des Evénements de Casamance aux événements de Ngor (1981-2023) »
Suivi de… « Exercice de Démocratie ». Québec : Kmanjen,  2025 dont il reverse les droits au journaliste René Capain Bassène, toujours en prison.


Mercredi 18 Février 2026 - 17:47


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