Il existe des discriminations qui ne crient pas. Elles ne laissent ni traces visibles ni preuves immédiates. Elles ne font pas la une des journaux et ne déclenchent que rarement l’indignation collective. Pourtant, elles façonnent des trajectoires entières, brisent des élans, installent une fatigue morale durable. Ces discriminations-là commencent souvent par trois éléments en apparence anodins : un CV, une adresse, un prénom.
Dans les sociétés occidentales, l’égalité des chances est érigée en principe cardinal. Le mérite, le travail, la compétence sont censés ouvrir toutes les portes. Mais entre le principe et la réalité, un gouffre persiste. Car avant même que les diplômes ne soient examinés, avant même que l’expérience ne soit évaluée, certains profils sont écartés. Non pour ce qu’ils valent, mais pour ce qu’ils suggèrent.
Un prénom perçu comme “étranger”. Une adresse associée à un quartier stigmatisé. Un parcours jugé “atypique”.
Rien de frontal, rien d’explicitement assumé. Juste un silence. Un appel qui ne vient pas. Un dossier qui reste sans réponse. La discrimination opère ici à bas bruit, sans coupable désigné, sans victime officiellement reconnue. Elle est d’autant plus perverse qu’elle se dissimule derrière des critères prétendument neutres.
Cette réalité nourrit l’illusion du mérite. On explique l’échec par un manque d’effort, d’adaptation ou de talent, alors même que le jeu est faussé dès le départ. On demande aux individus de prouver toujours plus, de se conformer davantage, d’effacer ce qui les rend visibles, différents, singuliers. La dignité devient conditionnelle.
Mais le regard croisé impose de ne pas s’arrêter à cette seule dénonciation.
Car si l’Occident pratique une discrimination feutrée, souvent niée, l’Afrique, elle, connaît des formes d’exclusion plus directes, parfois assumées, mais tout aussi destructrices.
Au Sénégal, l’accès à l’emploi, au logement, aux opportunités ne dépend pas uniquement de la compétence. Le népotisme, le piston, l’appartenance familiale, communautaire ou sociale pèsent lourdement. Ici, ce n’est pas tant le prénom qui ferme les portes que le nom de famille que l’on n’a pas, le réseau auquel on n’appartient pas, la protection que l’on ne peut mobiliser.
Le résultat est pourtant similaire : une jeunesse diplômée, compétente, mais tenue à distance. Des individus condamnés à attendre, à se justifier, à ruser pour exister socialement. L’exclusion prend des formes différentes, mais elle produit les mêmes frustrations, les mêmes colères rentrées, le même sentiment d’injustice.
Dans les deux contextes, une même interrogation s’impose, lancinante et dérangeante : que vaut encore le travail lorsque l’accès à la dignité demeure verrouillé ? Que signifie l’effort lorsque la reconnaissance lui est refusée par avance ? Que devient le diplôme lorsqu’il ne protège plus de l’humiliation feutrée, du mépris silencieux, de l’effacement social ? Lorsque la compétence, pourtant éprouvée, ne suffit plus à ouvrir les portes, c’est le fondement même du contrat social qui se fissure, parfois sans bruit, mais toujours avec gravité.
La société adresse alors un message implicite, d’une violence redoutable : le respect des règles ne garantit plus l’équité, et la réussite n’est plus le fruit du mérite, mais le privilège de ceux qui cochent les bonnes cases — celles du prénom, de l’adresse, du réseau ou de l’appartenance. Ce message mine en profondeur la confiance collective. Il installe l’idée pernicieuse que certains destins sont, dès l’origine, assignés à l’échec ou à l’attente indéfinie.
Dans les sociétés occidentales, l’égalité des chances est érigée en principe cardinal. Le mérite, le travail, la compétence sont censés ouvrir toutes les portes. Mais entre le principe et la réalité, un gouffre persiste. Car avant même que les diplômes ne soient examinés, avant même que l’expérience ne soit évaluée, certains profils sont écartés. Non pour ce qu’ils valent, mais pour ce qu’ils suggèrent.
Un prénom perçu comme “étranger”. Une adresse associée à un quartier stigmatisé. Un parcours jugé “atypique”.
Rien de frontal, rien d’explicitement assumé. Juste un silence. Un appel qui ne vient pas. Un dossier qui reste sans réponse. La discrimination opère ici à bas bruit, sans coupable désigné, sans victime officiellement reconnue. Elle est d’autant plus perverse qu’elle se dissimule derrière des critères prétendument neutres.
Cette réalité nourrit l’illusion du mérite. On explique l’échec par un manque d’effort, d’adaptation ou de talent, alors même que le jeu est faussé dès le départ. On demande aux individus de prouver toujours plus, de se conformer davantage, d’effacer ce qui les rend visibles, différents, singuliers. La dignité devient conditionnelle.
Mais le regard croisé impose de ne pas s’arrêter à cette seule dénonciation.
Car si l’Occident pratique une discrimination feutrée, souvent niée, l’Afrique, elle, connaît des formes d’exclusion plus directes, parfois assumées, mais tout aussi destructrices.
Au Sénégal, l’accès à l’emploi, au logement, aux opportunités ne dépend pas uniquement de la compétence. Le népotisme, le piston, l’appartenance familiale, communautaire ou sociale pèsent lourdement. Ici, ce n’est pas tant le prénom qui ferme les portes que le nom de famille que l’on n’a pas, le réseau auquel on n’appartient pas, la protection que l’on ne peut mobiliser.
Le résultat est pourtant similaire : une jeunesse diplômée, compétente, mais tenue à distance. Des individus condamnés à attendre, à se justifier, à ruser pour exister socialement. L’exclusion prend des formes différentes, mais elle produit les mêmes frustrations, les mêmes colères rentrées, le même sentiment d’injustice.
Dans les deux contextes, une même interrogation s’impose, lancinante et dérangeante : que vaut encore le travail lorsque l’accès à la dignité demeure verrouillé ? Que signifie l’effort lorsque la reconnaissance lui est refusée par avance ? Que devient le diplôme lorsqu’il ne protège plus de l’humiliation feutrée, du mépris silencieux, de l’effacement social ? Lorsque la compétence, pourtant éprouvée, ne suffit plus à ouvrir les portes, c’est le fondement même du contrat social qui se fissure, parfois sans bruit, mais toujours avec gravité.
La société adresse alors un message implicite, d’une violence redoutable : le respect des règles ne garantit plus l’équité, et la réussite n’est plus le fruit du mérite, mais le privilège de ceux qui cochent les bonnes cases — celles du prénom, de l’adresse, du réseau ou de l’appartenance. Ce message mine en profondeur la confiance collective. Il installe l’idée pernicieuse que certains destins sont, dès l’origine, assignés à l’échec ou à l’attente indéfinie.
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