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Guerre d'Ukraine: le point sur une violence en pleine propagation

Encore de nombreux civils ont été tués au cours des dernières heures dans l'est de l’Ukraine. L'armée a déploré aussi des morts. Au lendemain de l’échec des négociations de Minsk, au Bélarus, de violents combats se sont poursuivis dimanche et la situation demeurait confuse ce lundi matin. François Hollande, Angela Merkel et le président ukrainien Petro Porochenko ont appelé à « un cessez-le-feu immédiat ».



Une patrouille militaire ukrainienne dans un village de la région de Lougansk, le 28 janvier 2015. REUTERS/Maksim Levin
Une patrouille militaire ukrainienne dans un village de la région de Lougansk, le 28 janvier 2015. REUTERS/Maksim Levin

• Debaltsevo, le point le plus chaud

Dans la confusion régnante, une chose est sûre : les combats sont très violents autour de Debaltsevo (lire notre reportage). La localité, stratégique, est située entre les villes de Donetsk et Lougansk, les deux capitales séparatistes. Les tirs y sont incessants, les obus de mortier provoquent d’importantes destructions. Ceux qui le peuvent encore tentent de fuir. Des volontaires organisent des évacuations par autocars, mais la seule route qui mène à Debaltsevo est constamment visée par des tirs d'artillerie.

Les rebelles affirment par ailleurs tenir 13 localités dans le giron, dont celle de Nikichino, au sud-ouest de Debaltsevo. La chaîne de télévision russe LifeNews, proche des séparatistes, montrait ce lundi matin des images de ce village ; de maisons et de matériels militaires détruits. Un responsable militaire séparatiste, Edouard Bassourine, affirme que les rebelles ont stoppé la progression de deux colonnes militaires ukrainiennes chargées de munitions, de carburants et de provisions pour les soldats assiégés à Debaltsevo.

Les combattants séparatistes poursuivent leur offensive et tentent de gagner du terrain, village par village, pour encercler les quelque 6 000 à 8 000 soldats qui se trouveraient dans cette ville. Mais du côté de Kiev, on réfute tout encerclement. Un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur affirme que l'armée loyaliste a détruit une colonne séparatiste, des tanks et des armements lourds dimanche. L'attaque aurait fait des dizaines de morts.

Le porte-parole de l'armée souligne pour sa part que Debaltsevo est toujours sous contrôle ukrainien, tout comme la cinquantaine de kilomètres de routes entre Debaltsevo et Artémivsk, cette ville située plus à l'ouest dont l'hôpital est aujourd'hui débordé par l'afflux de blessés. Sous les bombes, les gens fuient la région à bord de véhicules avec des linges blancs accrochés aux rétroviseurs. La situation est de plus en plus critique : plus d'eau, plus d'électricité, plus de chauffage depuis plusieurs jours. Les gens restés dans la ville se terrent dans des caves.

• À Donetsk, la situation demeure tendue

Un peu plus au sud, à Donetsk où se trouvent nos envoyés spéciaux désormais, la situation demeure tendue. Plusieurs obus sont tombés sur des immeubles situés près du centre-ville. Selon les autorités séparatistes, six civils ont été tués tout récemment à Donetsk et dans ses environs. Dimanche, peu de gens se sont aventurés sous la pluie dans les rues du fief séparatiste, alors que les bombardements se sont fait entendre tout au long de la journée. Quotidiennement, des missiles s'abattent sur les habitations.

Des civils sont tués, d'autres sont grièvement blessés. À l'hôpital de Donetsk, Nella tient à montrer des photos sur son téléphone portable. « Vous voyez, j'étais comme ça avant », raconte la jeune femme au visage défiguré, alors que dehors les bombardements se font entendre. Nella était une jolie brune qui travaillait comme secrétaire dans une usine, jusqu'à ce qu'un missile explose à quelques mètres d'elle. « Pourquoi on nous prive du droit de vivre normalement ?, s'insurge-t-elle. Ça n'est pas ma guerre. Ça n'est pas la guerre de mon enfant. »

Il y a du désespoir chez cette mère d'une fille de 14 ans et d'un petit garçon de 4 ans. « Pourquoi doivent-ils vivre sans moi ? Pourquoi suis-je défigurée ? J'ai 30 ans et je suis handicapée maintenant », se lamente-t-elle alors que sur le lit d'à côté, repose une femme aux yeux fermés par des compresses. Il y a deux jours, la maison de cette dame à Gorlivka a été bombardée par l'armée ukrainienne, assure-t-elle.

Aujourd'hui, elle n'a plus qu'un objectif : aller retrouver au plus vite ses deux enfants qui ne sont pas sortis de leur cave depuis dix jours. Au sujet de l'armée et de l'Ukraine, elle lâche : « Je ne leur pardonnerai jamais. Je ne leur pardonnerai jamais pour ma maison détruite. Je ne leur fais plus confiance. Pourtant, toute ma vie, j'ai été une vraie Ukrainienne et je voulais que la région reste ukrainienne. Mais maintenant, c'est terminé, je ne veux plus d'eux. Je veux que ça soit un autre pays. Je ne veux plus d'eux. »


Rfi.fr

Lundi 2 Février 2015 - 09:23