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Hommage à Halima Gadji : Le miroir brisé d’une société (Par Souleymane Ly)



« Je ne suis pas née malade. C'est la Société qui m'a foutue cette maladie et c'est cette même Société qui me juge aujourd'hui. »
 
L’annonce de son départ a déchiré le ciel comme un cri qu’on aurait trop longtemps étouffé, une onde de choc qui vient percuter nos consciences endormies et nos cœurs barricadés.
 
Halima Gadji n’est plus, et avec elle s’éteint une lumière que nous avons-nous-mêmes contribué à souffler, petit à petit, par nos silences complices et nos jugements assassins.
 
Elle était cette femme flamboyante, ce talent brut qui crevait l’écran, mais derrière le fard et les projecteurs se cachait une âme mise à nu, exposée aux vents violents d’une société qui ne sait plus aimer sans posséder, ni observer sans détruire.
 
Elle l’avait dit, elle l’avait hurlé avec une lucidité déchirante que nous avons traitée de folie : elle n’était pas née avec ce poids, c’est le regard de l’autre, cette inquisition permanente de chaque instant, qui a fini par empoisonner son sang et fragiliser sa raison.

Regardons-nous en face, car sa mort est notre miroir le plus cruel, celui d’une communauté devenue une arène où l’on jette les plus sensibles en pâture aux lions de la calomnie.
 
Combien de fois avons-nous vu son nom traîné dans la boue des réseaux sociaux, sa vie privée disséquée par des « lives » charognards où l’on se délecte du malheur d’autrui pour combler le vide de sa propre existence ?
 
Nous avons créé un monstre aux mille visages qui s’immisce dans l’intimité des chambres, qui demande à la femme célibataire pourquoi elle ne porte pas d’alliance (Kañ ngay sëyi ?)  comme si sa valeur dépendait d’un homme, qui harcèle la mère sur le nombre de ses enfants (Banga sëyé ba leegi amago doom ?) , ou qui pointe du doigt celle qui ose simplement dire qu’elle souffre (Leegi nga dof !).
 
Cette pression est un poison lent, une torture invisible qui s’insinue sous la peau jusqu’à ce que l’idée de l’abîme devienne plus douce que celle de rester ici-bas, à subir les quolibets et la méchanceté gratuite de ceux qui se disent pourtant « frères » et « sœurs ».

Il est temps de pleurer Halima, non pas avec ces larmes de circonstance qui s’évaporent dès que le prochain scandale éclate, mais avec cette douleur profonde qui pousse à la repentance. Il est insupportable de penser qu’elle a dû affronter seule l’obscurité, se sentant isolée au milieu d’une foule qui l’acclamait tout en la jugeant, alors que sa seule maladie était d’avoir un cœur trop grand pour un monde devenu trop étroit et trop hypocrite.
 
La santé mentale n’est pas une tare mystique ni une malédiction, c’est la réaction normale d’un être humain normal face à une société qui ne l’est plus. Lorsque l’on vous rabaisse sans cesse, que l’on traque vos moindres failles pour en faire des trophées de haine sur la place publique, comment ne pas vouloir s’évaporer, comment ne pas chercher le repos là où plus aucune langue venimeuse ne pourra vous atteindre ?

Face à ce désastre humain, il devient impératif de transformer notre manière d’habiter l’espace numérique, cet outil que nous avons transformé en arme de destruction massive. Nous devons apprendre la discipline de la retenue, comprendre que derrière chaque profil se trouve une sensibilité qui peut se briser sous le poids d’un seul mot cruel.
 
Changer notre comportement commence par le refus de consommer le scandale : ne plus cliquer sur ces vidéos qui déballent l’intimité, ne plus partager ces rumeurs qui ne nous regardent pas, car notre curiosité est le carburant de leur calvaire.
 
Nous devons réhabiliter le respect du jardin secret, en cessant de croire que la célébrité d’un artiste nous donne un droit de propriété sur ses larmes ou ses erreurs. Si nous utilisions la puissance de nos claviers pour envoyer des vagues de soutien plutôt que des flèches de mépris, nous pourrions ériger un rempart de lumière autour de ceux qui vacillent, leur rappelant que leur humanité est sacrée et que leur vie nous est précieuse, bien au-delà de leur image publique.

Pourtant, au milieu de cette tristesse immense, il nous appartient de faire jaillir une lumière nouvelle, une étincelle de survie pour celles et ceux qui luttent encore dans l’ombre. Il faut que ce sacrifice serve à briser les chaînes du silence, car s’en sortir demande un courage surhumain que nul ne devrait avoir à porter seul.
 
 La guérison commence par le refus de l’opinion des autres, par ce mur de protection que l’on doit ériger entre son âme et la rumeur du monde. Il est vital de comprendre que vous n’êtes pas ce qu’ils disent de vous, que votre identité n’est pas définie par une vidéo virale ou un commentaire méprisant, mais par la beauté intrinsèque de votre existence.
 
Nous devons apprendre à nous tendre la main avant que le gouffre ne s’ouvre, à offrir une oreille attentive plutôt qu’une pierre à jeter, et à cultiver une bienveillance qui ne pose pas de conditions.

Halima Gadji rejoint désormais les étoiles, là où personne ne lui demandera de comptes sur sa vie, là où la pression sociale s’efface devant l’infini du repos.
 
Elle nous laisse le souvenir d’une femme de courage qui a porté sa douleur jusqu’au bout, nous léguant la responsabilité de ne plus laisser une autre sœur, une autre fille, une autre actrice mourir de notre manque d’amour.
 
Que son départ soit le dernier cri d’alarme d’un Sénégal qui se réveille enfin, un pays qui choisit de chérir ses enfants vivants plutôt que de les sanctifier une fois qu’ils ont été brisés par sa propre dureté.
 
Que la terre  lui soit légère, aussi légère que le souffle qu’elle a rendu, emportant avec elle ses blessures pour ne garder que la paix qu’on lui a si injustement refusée ici-bas.
 
Souleymane Ly
Spécialiste en communication
Julesly10@yahoo.fr

Moussa Ndongo

Mardi 27 Janvier 2026 - 18:39


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