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Jack Ma, un milliardaire chinois dans la tempête

Le fondateur d’Alibaba, géant chinois du e-commerce, n’a pas été vu en public depuis un forum financier à Shanghai en octobre. L’entourage de Jack Ma prétend qu’il fait profil bas. Car son empire pourrait bientôt être démantelé par le gouvernement.



Jack Ma, un milliardaire chinois dans la tempête
On l’a longtemps considéré comme le Steve Jobs puis le Jeff Bezos chinois. Jack Ma, c’est cet ancien professeur d’anglais qui, par sa malice et sa détermination, a bâti de ses mains un empire du e-commerce et est devenu, jusqu’en septembre dernier, l’homme le plus riche de Chine.

Hangzhou, capitale du Zhejiang, la ville où son entreprise est née il y a plus de 20 ans déjà, a vu se multiplier sa population par dix durant cette période, en attirant des jeunes talents de tout le pays. On y compte aujourd’hui les sièges d’une myriade de sociétés contrôlées par Alibaba, qu’il s’agisse de la plateforme de billetterie de cinéma Tao Piao Piao ou Tmall, qui met en relation entrepreneurs et clients. Tout autour s’agrègent de nombreuses entreprises de la tech chinoise, évoluant dans les secteurs des objets connectés, des batteries de véhicules électriques ou de la surveillance vidéo intelligente.

Dans cette mégalopole, les habitants ne paient presque plus en liquide mais avec leur application pour Smartphone Alipay, lancée en 2013 par Alibaba et qui, à l’échelle nationale, représente un volume annuel de transactions de 17 000 milliards de dollars. L’usager d’Alipay, qu’il soit particulier ou entrepreneur, est alors ensorcelé par les offres de microcrédit du même groupe (Ant Group) assorties de fortes promotions. Classiquement, s’il veut consommer à un tarif préférentiel, il devra souscrire à un mini-emprunt… Toute une frange de la population doit ainsi de l’argent à Jack Ma qui, mécaniquement, a perdu de sa superbe.

Expansion capitaliste désordonnée
Face à un immobilier des grandes agglomérations devenu inaccessible pour la classe moyenne, une concurrence de plus en plus féroce sur le marché du travail qualifié, la fascination pour les super-riches et leur réussite ostentatoire a mué en mépris. Sur les réseaux sociaux, les salariés de la nouvelle économie se demandent à quoi bon s’astreindre à des journées de 14 heures, dignes d’ouvriers migrants. Et le Parti communiste tire profit de ce ressentiment, s’érigeant aujourd’hui comme arbitre face à une expansion capitaliste désordonnée. Lui, qui, pendant 40 ans de réformes économiques, poussait son peuple à s’enrichir par tous les moyens : « Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris, c’est un bon chat », scandait le petit timonier Deng Xiaoping en 1962.
"Dans la Chine de Xi Jinping, la fascination pour les super-riches et leur réussite ostentatoire a mué en mépris."

Sûr de lui, et ignorant que l’heure n’est plus à la critique des autorités centrales, Jack Ma ne s’est récemment pas gêné pour remettre en cause la légitimité des outils de contrôle financier et bancaire de son pays : « Nous ne devrions pas utiliser le mode de gestion d’une gare pour réguler un aéroport » ou bien « La bonne innovation n’a pas peur du contrôle, mais elle a peur d’un contrôle hors d’âge », a lancé le milliardaire fin octobre. Dans la foulée, les médias officiels reprochèrent à Jack Ma de s’être beaucoup trop éloigné de son cœur de métier : la vente en ligne.

Xi Jinping n’a visiblement pas apprécié cette arrogance puisqu’il obtint quelques jours plus tard la suspension de l’introduction en Bourse d’Ant Group – la juteuse filiale financière d’Alibaba – à Shanghai et à Hong Kong. Pour couper l’herbe sous le pied de ces nouvelles entreprises chinoises de la finance, son gouvernement prépare même sa propre monnaie virtuelle, pour un lancement à grande échelle au moment des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022. La banque centrale émettra alors des « crypto-yuans » au bénéfice des banques commerciales, lesquelles les mettront à la disposition des particuliers. Tel sera l’équivalent chinois et étatique du Libra, la monnaie promise par le créateur de Facebook.

Le contrôle du Parti
Plus généralement, les autorités chinoises se sont promis de ne plus laisser la dette privée hors contrôle. Pékin avait déjà forcé Ant Group à s’associer avec des banques classiques afin d’octroyer tous ces prêts… Mais cela n’aura fait que déplacer le risque systémique de l’explosion des microcrédits vers les institutions bancaires ; Ant se chargeant de racoler toujours plus les 700 millions usagers de l’outil de paiement Alipay.

Selon le Wall Street Journal, le gouvernement central chercherait désormais à entrer au capital de toutes les filiales du groupe Alibaba. Rien de surprenant tant le Parti communiste veille à accroître son contrôle des entreprises privées, chinoises comme étrangères, en y imposant ses membres, parfois jusqu’aux postes clés.

Alibaba n’est cependant pas 100 % chinois et n’est donc pas totalement contrôlable : il s’est internationalisé, avec environ un tiers de capitaux japonais et des acquisitions de start-up dans tout le Sud-Est asiatique ou de médias comme le journal hongkongais South China Morning Post, voire de vignobles occidentaux. Parce que Jack Ma dispose de comptes à l’étranger, il n’a, par exemple, aucune peine à investir à fonds perdu dans le Château de Sours, vignoble girondin racheté en 2015, en travaux incessants depuis et dont la première cuvée n’est pas attendue avant 2023.

Le poids des princes rouges
En toile de fond de cette reprise en main de l’économie chinoise, se poursuit une lutte politique entre l’actuel président Xi Jinping et l’ancien président Jiang Zemin (de 1993 à 2003). Traditionnellement, seules les familles de figures historiques du PCC se hissaient parmi les grandes fortunes chinoises, en se partageant les secteurs des énergies, de la sidérurgie, de l’assurance ou des télécoms.

Le e-commerce n’a pas dérogé à la règle : ainsi Alvin Jiang, 34 ans, et petit-fils de Jiang Zemin, est un actionnaire d’Alibaba et d’Ant Financial, à travers son fonds Boyu Capital. Un fonds devenu colossal quand Jiang Zemin a confié à un associé d’Alvin le business prospère des boutiques duty free des aéroports de Pékin et de Shanghai, au moment de leur ouverture au secteur privé.

Derrière le souhait du président Xi Jinping de démanteler l’empire de Jack Ma pour assainir la finance chinoise transparaît son désir d’en finir avec l’influence de son rival historique, aujourd’hui âgé de 94 ans, alors qu’il briguera bientôt un troisième mandat à la tête de la Chine.

LaVie.fr

Mardi 12 Janvier 2021 - 11:48


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