Khalifa Sall au juge Lamotte : «Devrais-je être déchu de mon droit d’être candidat parce que Macky Sall ne… »

Toujours dans sa déclaration faite vendredi dernier au tribunal correctionnel de Dakar, Khalifa Sall interpelle le juge Malick Lamotte sur sa candidature à l'élection présidentielle de 2019. Il interroge le magistrat sur la volonté du président Macky Sall de l'empêcher de descendre sur le terrain politique pour lui faire face. Extrait !!!



 Khalifa Sall au juge Lamotte : «Devrais-je être déchu de mon droit d’être candidat parce que Macky Sall ne… »
"Loin de m’apitoyer sur mon sort, je voudrais saluer l’honneur qui est fait, à l’enfant de Grand-Yoff, au fils de Walo-Walo que je suis portant avec fierté les valeurs sénégalaises qu’une éducation rigoureuse m’a données, d’être la cible d’une cabale politico-judiciaire dont le seul but est, s’il faut encore le rappeler, est de tenter de me liquider politiquement.
 
Je n’abdiquerai jamais l’honneur d’être l’objet d’une grande injustice qui a fini de mettre à nu la fragilité de notre système politique, sa trop grande dépendance au « desiderata » du chef de l’exécutif et l’urgence d’y apporter les réformes nécessaires afin que plus jamais dans notre pays un citoyen ne soit inquiété pour ses opinions et dans l’exercice de sa liberté de choisir librement sa voie.
 
 
M. le Président, en plus d’être Maire de la ville de Dakar, je suis le Secrétaire Général de l’AIMF, le Président de CGLUA, un membre du bureau de CGLU etc. et partout, dans ces organisations internationales, je gère des budgets supérieurs ou équivalents à celui de Dakar. Nulle part dans mes responsabilités internationales, je n’ai fait l’objet de soupçons ou d’enquêtes pour détournement ou malversation financière. Pourquoi ici et maintenant à mon âge, je commencerai à le faire ? Mon honneur et ma dignité ne me le permettent pas.
 
M. le Président,
 
Je suis actuellement député. Je l’ai été plusieurs fois dans un passé récent. J’ai été ministre et je porte encore à ce jour avec fierté le mandat des Dakaroises et des Dakarois qui m’ont fait l’honneur de diriger la ville de Dakar.
 
Etant un justiciable comme tous mes compatriotes, peut-on m’expliquer pourquoi aucun de mes droits n’est respecté ?
 
Je croyais qu’au Sénégal, même au pire des criminels, ce que je ne suis pas, ce que je suis loin d’être, la Constitution et les lois de la République garantissaient le respect de tous leurs droits : le droit d’être assisté, le droit de se défendre à toutes les étapes de la procédure et le droit à un procès juste et équitable.
 
Pourquoi a-t-on toujours violé nos droits en nous refusant une assistance à l’enquête de police ?
 
Pourquoi le magistrat instructeur a instruit uniquement à charge ?
 
Pourquoi essaie-t-on de salir mon honneur malgré le manque de consistance et l’indigence de l’accusation comme l’attestent du reste les plaidoiries en tout point remarquables de nos avocats ?
 
Je vais vous donner la réponse à toutes ces questions, M. le Président du tribunal.
 
En vérité, le Président de la république du Sénégal pour des raisons qui lui sont propres m’a taillé un destin présidentiel. Cette peur qui ne le quitte plus a déclenché dans son microcosme une hystérie collective qui fait de ma liquidation politique une priorité.
 
Est-ce une faute punissable de plusieurs années de prison d’être crédible, honnête et au service de ses concitoyens ?
 
Est-ce un délit que d’être élu deux fois maire de Dakar malgré toutes les tentatives pour m’éjecter de la ville ?
 
Devrais-je  aller en prison uniquement parce que le Président de la république du Sénégal le veut ?
                                                                                            
Devrais-je être déchu de mon droit d’être candidat parce que Macky SALL ne veut pas que Khalifa Ababacar SALL devienne son adversaire en 2019 ?
 
Sans préjuger de la décision que votre tribunal va prendre, je voudrais ici réaffirmer mon engagement à servir notre pays  non pas pour transformer sa peur en terreur mais plutôt pour permettre à notre pays de reprendre sa marche résolue vers la paix, la démocratie, la prospérité et d’installer notre Nation dans une trajectoire qui rassemble et élève ses filles et ses fils dans un destin commun. Oui je le réaffirme : rien ne me détournera de mes ambitions pour notre pays. Je continuerai, avec chacun et avec tous, à servir le peuple sénégalais pour qu’enfin la République tienne sa promesse d’égalité, de liberté, de justice, de progrès et de solidarité à l’endroit de tous ses citoyens.
 
Si pour cela, je devrais subir sa colère, ses foudres et la violence indélicate et non justifiée de ses prétentions à travers les actions de tous ceux qui lui apportent leur soutien, alors oui, en reconnaissance de tout ce que les populations de notre magnifique pays m’ont si généreusement offert, je suis prêt à endurer tout cela et bien plus encore. Quelle que soit la décision du tribunal, je ferai face avec sérénité et dignité et avec la conviction que Dieu, en qui ma confiance est totale, est seul maître de mon destin."
 
 

Aminata Diouf

Dimanche 25 Février 2018 - 12:50



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