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Le calvaire des migrants comoriens en Libye

Les Comoriens n’échappent pas à l’appel de l’Occident, et de la France en particulier. Qu’ils soient partis faire des études dans d’autres pays d’Afrique ou directement tenter la traversée vers l’Europe, nombre d’entre eux n’arriveront jamais à destination.



La Libye en retient un certain nombre. Plus d’une centaine de Comoriens y seraient actuellement. Les autorités comoriennes travaillent en étroite collaboration avec leurs homologues libyens et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour favoriser leur retour : 149 Comoriens déjà été rapatriés dans l’archipel.
 
Mohamed Youssouf, un jeune homme de taille moyenne à l’air triste, a le regard dans le vague. Il semble plongé dans ses souvenirs. Il était en Libye durant des mois. Avec deux autres Comoriens, il a été piégé par des passeurs, comoriens eux aussi.
 
« Du Soudan, on est allés en Libye, raconte-t-il. Pourtant, les Comoriens qui nous ont emmenés nous disaient que pour 3000 euros, on quitterait directement le Soudan pour l’Italie par la mer. En arrivant dans la dernière maison, on a trouvé d’autres gens qui se sont présentés comme des bandits. Ils nous ont demandé 5500 euros. On a dit qu’on ne les avait pas. Ils nous ont dit que sinon, ils nous tueraient. »
 
Pour Mohamed Youssouf, le plus difficile reste la violence extrême. Dès leur arrivée, ils ont dû creuser la tombe de deux détenus érythréens décédés la veille. Puis, les coups ont commencé à pleuvoir.
 
« Celui avec qui j’étais, a été allongé par terre sur le ventre, poursuit-il. À ce moment-là, l’un d’entre eux filmait avec son téléphone. Ils ont commencé à le frapper si fort qu’il criait ses dernières prières. Des violences, on en a vu, surtout les filles violées. On a passé plus de quatre mois dans cette prison : on ne dormait pas, on nous sortait brutalement, on nous jetait de l’eau dessus, on nous frappait avec des cordes et des câbles, on nous comptait la nuit pour vérifier que personne ne s’était pas évadé. C’était dur. »
 
Et durant son passage en Libye, Mohamed reste sans contact avec sa famille, pour la protéger. « Ils ont voulu qu’on envoie ces images aux Comores, poursuit-il. Moi, j’ai refusé parce que ça aurait pu tuer les plus fragiles, on ne sait jamais. Ma mère est morte pendant que j’étais en Libye et je n’en savais rien. C’est en rentrant que je l’ai découvert. En mourant, elle a dit aux gens que ce qui lui pesait, c’était de ne pas avoir de mes nouvelles. Ça lui a causé trop de peine, je ne l’ai su qu’après : ce chagrin de ne pas savoir l’a obsédé. À mon retour, certaines personnes, pas ma famille mais d’autres, m’appelaient pour me dire que c’était ma faute si elle était morte. Mais ça m’est égal ce qu’ils pensent. » L’important pour Mohamed est maintenant de se reconstruire une vie ici et il avoue timidement que ce n’est pas facile.

RFI

Dimanche 22 Mars 2020 - 14:25



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