C'est un des fléaux persistants qui menace les écosystèmes marins : la pollution plastique. L’Asie est notoirement connue pour être un des continents où les eaux sont les plus polluées, la Malaisie tout particulièrement. Malgré sa petite taille, ce pays est, d’après l’étude scientifique de référence en la matière, parmi les dix pays les plus touchés par cette menace, derrière des pays plus peuplés ou moins développés.
Mais sur la côte Est malaisienne, cette réalité reste en partie invisible à l'œil nue, à l'instar des micro-plastiques, qui ont pourtant déjà contaminés la chaine alimentaire de cette région où l'on consomme beaucoup de poissons et fruits de mer. D'ailleurs lorsqu’on arrive à Kuala Terengganu, le poisson s'invité tout naturellement dans la conversation. Devant la gare routière, Mohammed, chauffeur de taxi est ainsi le premier à vanter la gastronomie tournée vers la mer de sa région. « Vous ne pouvez pas partir sans acheter des kerepok. Nos délicieuses saucisses de poissons, assure-t-il. Vous allez en rapporter à votre famille, et vous verrez, vous en mangerez comme nous, toute la journée, en téléphonant, en regardant la télé ! »
Au marché Pasar Payang, le poisson est toujours là, sous toutes ses formes : grillé, frais, en brochette, en quenelle, en condiments… Devant un étalage, Lisa, n’a ,elle, pas encore fait son choix. « Alors voyons ce qu’il y a aujourd’hui, jauge-t-elle, des dorades, des maquereaux, des maquereaux grillés... » Si la pêche du jour rend Lisa indécise, cette mère de famille est catégorique sur un point : ses emplettes du jour seront bien sur du poisson, qu’elle assure consommer quotidiennement en se justifiant ainsi « je suis Malaisienne, et en plus je suis du Terengganu ! ».
Un peu plus loin sur la côte qui longe la mer de Chine, agitée en cette saison des pluies, à l’université malaisienne du Terengganu, des chercheurs ont eux aussi beaucoup à dire sur les poissons et fruits de mer. Le Microplastic Research Interest Group étudie la quantité de micro-plastiques présente dans les eaux de la côte orientale de la Malaisie. Le premier constat du biologiste marin Dr Yusof Shuaib Ibrahim est sans appel : « les microplastiques sont partout ».
Toute la chaîne alimentaire contaminée
Son équipe en a en effet trouvé jusque dans les eaux considérées comme vierges et non-polluées de l’estuaire de Setiu, et jusque dans les les tubes digestifs d’une des formes de vie les plus importantes et minuscules de ces écosystèmes: les vers marins polychètes. « Ils sont ce qu’on appelle une espèce 'clef de voûte' de leur milieu, explique-t-il. C'est-à-dire une espèce dont la disparition menacerait l'entièreté de l’écosystème. Et quand ces minuscules polychètes ingèrent des micro-plastiques, cela peut bloquer leur système digestif. Ils cesseront alors de s’alimenter, leur taille va diminuer, et leur mortalité va elle augmenter. Cela peut également modifier leur système de système de reproduction. Or le polychète est le premier maillon de la chaîne alimentaire de la mangrove. Certains organismes plus grands, comme les poissons, les crabes, vont manger ces polychètes. Et puis, nous, en tant que consommateurs tertiaires, nous mangeons ensuite ces crabes et poissons. »
Au bout de la chaîne alimentaire se trouve donc l’homme. Une réalité qui a, un jour, amené le Dr Yusof à se poser une grande question : « J’ai des problèmes d’ulcère à l’estomac, raconte-t-il. Un jour, je consultais pour cela le Dr Lee, professeur en gastro-entérologie, et j’avais une seule question en tête. “ Est ce qu’il n’y aurait pas du plastique dans mon estomac à moi aussi ? Il m’a dit qu’il ne savait pas, mais que nous pourrions en parler plus tard. Au final, je crois que nous avons parlé de mes problèmes d'estomac pendant cinq minutes et ensuite pendant une heure au moins des micro-plastiques.»
Intrigué, le Dr Lee décide alors de rejoindre l’équipe de chercheurs pour analyser des tissus humains récoltés après des ablations du colon. Leur découverte provoque une sidération générale. « Personne ne voulait nous croire au début, surtout les cliniciens, se rappelle-t-il. Nous avons trouvé en moyenne 300 particules de micro-plastiques dans chaque colon. Or l'on sait qu'elles peuvent libérer des substances comme le Bisphénol A, qui est un perturbateur endocrinien, et également que ces substances combinées peuvent causer des troubles inflammatoires des intestins, et des cancers également ».
S’il est impossible, sans recherches supplémentaires, d’établir pour l’instant une corrélation directe ou un lien de causalité, le Dr Lee commence donc par rappeler prudemment certains faits : « Nous avons ici une population qui mange quotidiennement des poissons et fruits de mer pollués, et nous observons également une hausse de dysfonctionnement métaboliques et de cancer chez les jeunes générations, qui sont nés dans un monde où la pollution plastique est exponentielle. Ma conviction profonde est qu’il y a un lien. »
D'homo sapiens à homo plasticus
Mais en plus de la toxicité propre au plastique, rappelle le Dr Wan Mohd Afiq, chimiste de l’équipe, dans les océans, les micro-plastiques attirent également tout un tas d’autres substances potentiellement nocives comme des métaux lourds. « Les micro-plastiques agissent comme des vecteurs et peuvent transporter à leur surface d’autres polluants. A cause de propriétés hydrophobes communes, ils s’agglomèrent avec les micro-plastiques dans l’eau, où ils ne sont pas fait pour rester ».
A l’échelle mondiale, la découverte de cette équipe de recherche s’inscrit dans une branche de la recherche qui tend vers un constat assez effrayant : l’homo sapiens semble prendre des tours d’homo plasticus ; des micro-plastiques ont en effet été retrouvé dans des selles humaines en Autriche, dans des placentas en Italie, dans des poumons au Brésil...
Mais dans le Terengganu, cette première découverte de micro-plastiques dans le système digestif de l’homme ne fait que poser encore plus de nouvelles questions : proviennent-ils seulement des milieux marins ? Combien de temps peuvent ils restent dans le système digestif ? Les micro-plastiques peuvent-il se scinder en nano-plastiques et voyager dans les muscles et le sang ? Peut-on faire un lien avec la recrudescence globale et assez mystérieuse de cancer du côlon parmi la jeunesse ?
L’équipe aimerait pouvoir répondre à toutes ces questions mais ce champ de la recherche est très coûteux et les fonds manquent aujourd’hui pour tout cela. Lorsqu’on demande cependant à ces scientifiques si certains gestes peuvent éviter une trop grande exposition aux micro-plastiques dans notre alimentation, des pistes de réponses émergentes comme de préférer les poissons, dont on enlève généralement le système digestif avant de les manger aux fruits de mer qu’on peut avaler entièrement. « Je pourrai également vous dire de toujours bien laver les aliments, ajoute le Dr Yusof, mais en fait on a également trouvé des micro-plastiques dans l’eau du robinet ».
Mais sur la côte Est malaisienne, cette réalité reste en partie invisible à l'œil nue, à l'instar des micro-plastiques, qui ont pourtant déjà contaminés la chaine alimentaire de cette région où l'on consomme beaucoup de poissons et fruits de mer. D'ailleurs lorsqu’on arrive à Kuala Terengganu, le poisson s'invité tout naturellement dans la conversation. Devant la gare routière, Mohammed, chauffeur de taxi est ainsi le premier à vanter la gastronomie tournée vers la mer de sa région. « Vous ne pouvez pas partir sans acheter des kerepok. Nos délicieuses saucisses de poissons, assure-t-il. Vous allez en rapporter à votre famille, et vous verrez, vous en mangerez comme nous, toute la journée, en téléphonant, en regardant la télé ! »
Au marché Pasar Payang, le poisson est toujours là, sous toutes ses formes : grillé, frais, en brochette, en quenelle, en condiments… Devant un étalage, Lisa, n’a ,elle, pas encore fait son choix. « Alors voyons ce qu’il y a aujourd’hui, jauge-t-elle, des dorades, des maquereaux, des maquereaux grillés... » Si la pêche du jour rend Lisa indécise, cette mère de famille est catégorique sur un point : ses emplettes du jour seront bien sur du poisson, qu’elle assure consommer quotidiennement en se justifiant ainsi « je suis Malaisienne, et en plus je suis du Terengganu ! ».
Un peu plus loin sur la côte qui longe la mer de Chine, agitée en cette saison des pluies, à l’université malaisienne du Terengganu, des chercheurs ont eux aussi beaucoup à dire sur les poissons et fruits de mer. Le Microplastic Research Interest Group étudie la quantité de micro-plastiques présente dans les eaux de la côte orientale de la Malaisie. Le premier constat du biologiste marin Dr Yusof Shuaib Ibrahim est sans appel : « les microplastiques sont partout ».
Toute la chaîne alimentaire contaminée
Son équipe en a en effet trouvé jusque dans les eaux considérées comme vierges et non-polluées de l’estuaire de Setiu, et jusque dans les les tubes digestifs d’une des formes de vie les plus importantes et minuscules de ces écosystèmes: les vers marins polychètes. « Ils sont ce qu’on appelle une espèce 'clef de voûte' de leur milieu, explique-t-il. C'est-à-dire une espèce dont la disparition menacerait l'entièreté de l’écosystème. Et quand ces minuscules polychètes ingèrent des micro-plastiques, cela peut bloquer leur système digestif. Ils cesseront alors de s’alimenter, leur taille va diminuer, et leur mortalité va elle augmenter. Cela peut également modifier leur système de système de reproduction. Or le polychète est le premier maillon de la chaîne alimentaire de la mangrove. Certains organismes plus grands, comme les poissons, les crabes, vont manger ces polychètes. Et puis, nous, en tant que consommateurs tertiaires, nous mangeons ensuite ces crabes et poissons. »
Au bout de la chaîne alimentaire se trouve donc l’homme. Une réalité qui a, un jour, amené le Dr Yusof à se poser une grande question : « J’ai des problèmes d’ulcère à l’estomac, raconte-t-il. Un jour, je consultais pour cela le Dr Lee, professeur en gastro-entérologie, et j’avais une seule question en tête. “ Est ce qu’il n’y aurait pas du plastique dans mon estomac à moi aussi ? Il m’a dit qu’il ne savait pas, mais que nous pourrions en parler plus tard. Au final, je crois que nous avons parlé de mes problèmes d'estomac pendant cinq minutes et ensuite pendant une heure au moins des micro-plastiques.»
Intrigué, le Dr Lee décide alors de rejoindre l’équipe de chercheurs pour analyser des tissus humains récoltés après des ablations du colon. Leur découverte provoque une sidération générale. « Personne ne voulait nous croire au début, surtout les cliniciens, se rappelle-t-il. Nous avons trouvé en moyenne 300 particules de micro-plastiques dans chaque colon. Or l'on sait qu'elles peuvent libérer des substances comme le Bisphénol A, qui est un perturbateur endocrinien, et également que ces substances combinées peuvent causer des troubles inflammatoires des intestins, et des cancers également ».
S’il est impossible, sans recherches supplémentaires, d’établir pour l’instant une corrélation directe ou un lien de causalité, le Dr Lee commence donc par rappeler prudemment certains faits : « Nous avons ici une population qui mange quotidiennement des poissons et fruits de mer pollués, et nous observons également une hausse de dysfonctionnement métaboliques et de cancer chez les jeunes générations, qui sont nés dans un monde où la pollution plastique est exponentielle. Ma conviction profonde est qu’il y a un lien. »
D'homo sapiens à homo plasticus
Mais en plus de la toxicité propre au plastique, rappelle le Dr Wan Mohd Afiq, chimiste de l’équipe, dans les océans, les micro-plastiques attirent également tout un tas d’autres substances potentiellement nocives comme des métaux lourds. « Les micro-plastiques agissent comme des vecteurs et peuvent transporter à leur surface d’autres polluants. A cause de propriétés hydrophobes communes, ils s’agglomèrent avec les micro-plastiques dans l’eau, où ils ne sont pas fait pour rester ».
A l’échelle mondiale, la découverte de cette équipe de recherche s’inscrit dans une branche de la recherche qui tend vers un constat assez effrayant : l’homo sapiens semble prendre des tours d’homo plasticus ; des micro-plastiques ont en effet été retrouvé dans des selles humaines en Autriche, dans des placentas en Italie, dans des poumons au Brésil...
Mais dans le Terengganu, cette première découverte de micro-plastiques dans le système digestif de l’homme ne fait que poser encore plus de nouvelles questions : proviennent-ils seulement des milieux marins ? Combien de temps peuvent ils restent dans le système digestif ? Les micro-plastiques peuvent-il se scinder en nano-plastiques et voyager dans les muscles et le sang ? Peut-on faire un lien avec la recrudescence globale et assez mystérieuse de cancer du côlon parmi la jeunesse ?
L’équipe aimerait pouvoir répondre à toutes ces questions mais ce champ de la recherche est très coûteux et les fonds manquent aujourd’hui pour tout cela. Lorsqu’on demande cependant à ces scientifiques si certains gestes peuvent éviter une trop grande exposition aux micro-plastiques dans notre alimentation, des pistes de réponses émergentes comme de préférer les poissons, dont on enlève généralement le système digestif avant de les manger aux fruits de mer qu’on peut avaler entièrement. « Je pourrai également vous dire de toujours bien laver les aliments, ajoute le Dr Yusof, mais en fait on a également trouvé des micro-plastiques dans l’eau du robinet ».
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