Dix jours après son « enlèvement » , la famille de Me Mountaga Tall ignore toujours l'identité de ses ravisseurs, ainsi que « le lieu et les conditions de sa séquestration ».
Le 1er mai, le procureur militaire de Bamako avait annoncé l'ouverture d'une enquête visant des militaires et anciens militaires soupçonnés de complicité dans les attaques du 25 avril , menées par les jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) et les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA). Le procureur soulignait que des personnalités politiques étaient également concernées.
Depuis, plus aucune communication officielle sur le sujet n'a été faite et, à ce jour, « aucune autorité judiciaire » n'a notifié à la famille l'existence de poursuites contre Mountaga Tall. Des poursuites qui, en tout état de cause, ne respecteraient pas les conditions légales liées à sa profession d'avocat, précise un communiqué de sa famille.
La famille de Mountaga Tall, « inquiète » pour sa « santé physique et psychologique », demande à « toutes les autorités » de permettre d'identifier « les auteurs de l'enlèvement » et de la « séquestration » de l'ancien ministre, et indique avoir constitué une équipe d'avocats afin de les poursuivre en justice pour ces « infractions ». Une autre procédure sera également initiée contre « les auteurs de diffamations et d'atteintes volontaires à l'honneur » de Mountaga Tall.
« Fabriquer des preuves »
Depuis quelques jours, une vidéo circule sur les réseaux sociaux, dans laquelle Soïba Diarra, militaire à la retraite accusé par la justice militaire d'être impliqué dans les attaques du 25 avril, met directement en cause Mountaga Tall, l'accusant notamment d'avoir voulu préparer « un changement urgent » dans le pays. Dans son communiqué du 1er mai, le procureur militaire citait Soïba Diarra parmi les premiers « présumés complices » interpelés.
« La vidéo a été enregistrée alors que Soïba Diarra est censé être en prison », s'indigne un proche de Mountaga Tall, persuadé que la sécurité d'État est en train de « fabriquer des preuves ». « Ils veulent le décrédibiliser, estime encore cette source, c'est parce qu'ils n'ont rien contre lui qu'ils l'ont enlevé au lieu de l'arrêter normalement. »
De nombreux observateurs avertis estiment que les autorités de transition utilisent les attaques du 25 avril comme prétexte pour se débarrasser de personnalités considérées comme gênantes. Mountaga Tall, qui s'affichait en défenseur de la démocratie malienne, avait notamment contesté devant la justice la dissolution de tous les partis politiques du pays, ou encore dirigé la défense de l'ancien Premier ministre Moussa Mara, voix critique de la Transition, lui-même emprisonné depuis près d'un an.
Youssouf Daba Diawara
Outre Mountaga Tall, au moins une dizaine de militaires et d'autres personnalités politiques ont été enlevés dans les mêmes conditions : Moussa Djiré, homme politique engagé pour la défense de la démocratie, quatre proches de l'opposant en exil Oumar Mariko, ou encore Youssouf Daba Diarra, proche de l'imam Mahmoud Dicko, l'un des principaux détracteurs des militaires au pouvoir, lui aussi en exil.
Dans un communiqué propre, la famille de Youssouf Daba Diawara, enlevé le 4 mai, indique également ne pas savoir « où il est détenu et dans quelles conditions », et avoir déjà porté plainte contre X pour « enlèvement et séquestration » devant le tribunal de la commune IV de Bamako et devant la Commission nationale des droits de l'homme.
Plusieurs organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou la Fédération internationale des droits humains, ont récemment condamné ces « disparitions forcées » d'opposants et appelé les autorités en place au Mali à « faire respecter sa propre Constitution ». L'ordre des avocats du Mali a, quant à lui, condamné le 5 mai un « acte extrajudiciaire », exigé « la libération immédiate et sans condition » de l'avocat, et appelé « les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances » de cet enlèvement.
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