Au Mali, les préparatifs de la Tabaski, qui sera célébrée mercredi 27 mai dans le pays, sont habituellement un moment de joie. Mais cette année, le blocus décrété sur Bamako à la fin du mois d'avril par les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, en ont fait un calvaire. Alors qu'ils empêchent les marchandises d'entrer dans la capitale, plusieurs dizaines de camions ont été incendiés ces dernières semaines. Et si le blocus n'est pas hermétique du fait que l'armée escorte certains convois, les moutons sont largement moins nombreux que les années passées et bien plus chers. D'autres aliments ont vu leurs prix augmenter alors que les familles manquent de moyens et, également, d'électricité.
Il y a des moutons à Bamako, mais beaucoup moins que d'habitude. « Peut-être moitié moins », estime un économiste malien. « Les marchés ont reçu environ 60% du nombre habituel », précise pour sa part un acteur majeur de la filière. Surtout, ils sont beaucoup plus chers. C'est ce dont témoignent unanimement les nombreux Bamakois joints par RFI, qui décrivent des prix « hors de portée », « stratosphériques ».
« Les autres années, on trouvait de petits moutons à 50 000 ou 75 000 francs CFA, cette année on commence à discuter à 120 000 », témoigne un habitant dépité. Dans la plupart des cas, il faut compter de 150 000 à 300 000 francs CFA pour un mouton, selon les tailles - certains prix peuvent être encore supérieurs. « J'ai l'habitude d'offrir des moutons à des proches, témoigne encore un Bamakois. Mais cette année, je ne pourrai pas le faire ».
« Difficultés logistiques et sécuritaires »
Le blocus instauré par les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, sur la capitale malienne n'est pas tout à fait hermétique. L'armée a été mobilisée pour y escorter des convois de bétail et certains parviennent bien à destination. Selon les chiffres du ministère de l'Élevage, cités par le quotidien d'État L'Essor, les autorités avaient prévu de transporter 12 000 moutons dans le district de Bamako. « Les difficultés logistiques et sécuritaires » imposées par les jihadistes n'avaient permis, dimanche 24 mai, à trois jours de la fête, d'en acheminer que 2 300. « Des camions supplémentaires sont attendus dans les prochains jours », rapporte le journal d'État.
Ces difficultés obligent certains à renoncer ou à s'adapter : « des chefs de famille se rabattent sur les chèvres, les boucs ou les jeunes bœufs, témoigne un professionnel de la viande. L'islam le permet, alors il y a des familles qui se cotisent à plusieurs et se partagent des taurillons, par exemple ». Un constat rapporté par plusieurs habitants de la capitale. « La pression sociale est immense, explique un Bamakois. Renoncer au sacrifice du mouton est très dur. Mais cette année, avec la situation sécuritaire et les difficultés économiques, ce n'est pas la même ambiance de fête. »
Oignons, lait, poisson, ciment
Habituellement, les préparatifs de la Tabaski, l'une des principales fêtes pour les musulmans, constituent un moment de joie. Mais cette année, les habitants de Bamako décrivent plutôt un calvaire. « La vie tourne au ralenti », commente sobrement un chef de famille. La Tabaski aussi.
D'autant que d'autres denrées alimentaires ont vu leur prix grimper, comme les oignons, les pommes de terre, le lait ou encore le poisson, dont les hausses constatées vont de 20% à 75%. « Le poisson de mer est importé du Sénégal. Le poisson d'eau douce vient de la région de Mopti. Les deux ont augmenté à cause des difficultés de transport », explique le même économiste malien. Les prix des matériaux de construction, notamment du ciment, se sont également envolés.
De nombreux habitants de la capitale, qui partent habituellement fêter la Tabaski au village, au sein de la grande famille, ont préféré renoncer cette année. « D'habitude, avant la Tabaski, Bamako se vide. Cette année on ne voit pas ça, les gens sont restés, décrit un Bamakois. Faire le déplacement n'est pas forcément impossible mais les gens ont peur d'aller sur les routes, explique un autre, alors beaucoup évitent, par précaution. » Si sortir de la capitale est facile, y revenir peut en revanche s'avérer très risqué, surtout sur certains axes comme la route reliant Bamako à Ségou. En témoignent les innombrables carcasses de véhicules laissées par les jihadistes derrière eux.
Coupures d'électricité
Quant à la fourniture d'électricité, elle ne s'améliore pas. Généralement, les Bamakois passent une quinzaine d'heures par jour sans courant, et jusqu'à deux ou trois jours entiers d'affilée dans certains quartiers, selon les témoignages recueillis. Les habitants s'y sont résignés. Le manque de courant pénalise toutes les activités, mais c'est désormais une donnée intégrée, la nouvelle norme du quotidien des habitants de la capitale.
Selon un communiqué gouvernemental, un nouveau convoi de plus de 600 camions citernes, sous escorte militaire, a pu entrer dans la capitale samedi 23 mai, suscitant l'espoir d'une amélioration pour le jour de la fête. « Les files d'attente sont toujours impressionnantes pour le gasoil », témoigne toutefois un Bamakois, confirmant les propos d'autres interlocuteurs.
La situation est très difficile à vivre pour les familles, mais également pour les éleveurs eux-mêmes. «Acheminer ses moutons à Bamako, c'est beaucoup de difficultés et le risque de tout perdre à cause des jihadistes », détaille un économiste malien. « Beaucoup d'éleveurs ont préféré exporter », confirme un important acteur de la filière viande. « Ceux de Kayes, Nara, Nioro ou Kita ont souvent mené leurs bêtes vers le Sénégal et la Mauritanie, ceux de Mopti vers la Côte d'ivoire, détaille encore cette source, mais ça a un coût significatif, surtout quand le blocus oblige à payer le carburant au marché noir. Cette Tabaski, c'est une catastrophe pour les éleveurs. »
Il y a des moutons à Bamako, mais beaucoup moins que d'habitude. « Peut-être moitié moins », estime un économiste malien. « Les marchés ont reçu environ 60% du nombre habituel », précise pour sa part un acteur majeur de la filière. Surtout, ils sont beaucoup plus chers. C'est ce dont témoignent unanimement les nombreux Bamakois joints par RFI, qui décrivent des prix « hors de portée », « stratosphériques ».
« Les autres années, on trouvait de petits moutons à 50 000 ou 75 000 francs CFA, cette année on commence à discuter à 120 000 », témoigne un habitant dépité. Dans la plupart des cas, il faut compter de 150 000 à 300 000 francs CFA pour un mouton, selon les tailles - certains prix peuvent être encore supérieurs. « J'ai l'habitude d'offrir des moutons à des proches, témoigne encore un Bamakois. Mais cette année, je ne pourrai pas le faire ».
« Difficultés logistiques et sécuritaires »
Le blocus instauré par les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, sur la capitale malienne n'est pas tout à fait hermétique. L'armée a été mobilisée pour y escorter des convois de bétail et certains parviennent bien à destination. Selon les chiffres du ministère de l'Élevage, cités par le quotidien d'État L'Essor, les autorités avaient prévu de transporter 12 000 moutons dans le district de Bamako. « Les difficultés logistiques et sécuritaires » imposées par les jihadistes n'avaient permis, dimanche 24 mai, à trois jours de la fête, d'en acheminer que 2 300. « Des camions supplémentaires sont attendus dans les prochains jours », rapporte le journal d'État.
Ces difficultés obligent certains à renoncer ou à s'adapter : « des chefs de famille se rabattent sur les chèvres, les boucs ou les jeunes bœufs, témoigne un professionnel de la viande. L'islam le permet, alors il y a des familles qui se cotisent à plusieurs et se partagent des taurillons, par exemple ». Un constat rapporté par plusieurs habitants de la capitale. « La pression sociale est immense, explique un Bamakois. Renoncer au sacrifice du mouton est très dur. Mais cette année, avec la situation sécuritaire et les difficultés économiques, ce n'est pas la même ambiance de fête. »
Oignons, lait, poisson, ciment
Habituellement, les préparatifs de la Tabaski, l'une des principales fêtes pour les musulmans, constituent un moment de joie. Mais cette année, les habitants de Bamako décrivent plutôt un calvaire. « La vie tourne au ralenti », commente sobrement un chef de famille. La Tabaski aussi.
D'autant que d'autres denrées alimentaires ont vu leur prix grimper, comme les oignons, les pommes de terre, le lait ou encore le poisson, dont les hausses constatées vont de 20% à 75%. « Le poisson de mer est importé du Sénégal. Le poisson d'eau douce vient de la région de Mopti. Les deux ont augmenté à cause des difficultés de transport », explique le même économiste malien. Les prix des matériaux de construction, notamment du ciment, se sont également envolés.
De nombreux habitants de la capitale, qui partent habituellement fêter la Tabaski au village, au sein de la grande famille, ont préféré renoncer cette année. « D'habitude, avant la Tabaski, Bamako se vide. Cette année on ne voit pas ça, les gens sont restés, décrit un Bamakois. Faire le déplacement n'est pas forcément impossible mais les gens ont peur d'aller sur les routes, explique un autre, alors beaucoup évitent, par précaution. » Si sortir de la capitale est facile, y revenir peut en revanche s'avérer très risqué, surtout sur certains axes comme la route reliant Bamako à Ségou. En témoignent les innombrables carcasses de véhicules laissées par les jihadistes derrière eux.
Coupures d'électricité
Quant à la fourniture d'électricité, elle ne s'améliore pas. Généralement, les Bamakois passent une quinzaine d'heures par jour sans courant, et jusqu'à deux ou trois jours entiers d'affilée dans certains quartiers, selon les témoignages recueillis. Les habitants s'y sont résignés. Le manque de courant pénalise toutes les activités, mais c'est désormais une donnée intégrée, la nouvelle norme du quotidien des habitants de la capitale.
Selon un communiqué gouvernemental, un nouveau convoi de plus de 600 camions citernes, sous escorte militaire, a pu entrer dans la capitale samedi 23 mai, suscitant l'espoir d'une amélioration pour le jour de la fête. « Les files d'attente sont toujours impressionnantes pour le gasoil », témoigne toutefois un Bamakois, confirmant les propos d'autres interlocuteurs.
La situation est très difficile à vivre pour les familles, mais également pour les éleveurs eux-mêmes. «Acheminer ses moutons à Bamako, c'est beaucoup de difficultés et le risque de tout perdre à cause des jihadistes », détaille un économiste malien. « Beaucoup d'éleveurs ont préféré exporter », confirme un important acteur de la filière viande. « Ceux de Kayes, Nara, Nioro ou Kita ont souvent mené leurs bêtes vers le Sénégal et la Mauritanie, ceux de Mopti vers la Côte d'ivoire, détaille encore cette source, mais ça a un coût significatif, surtout quand le blocus oblige à payer le carburant au marché noir. Cette Tabaski, c'est une catastrophe pour les éleveurs. »
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