Betty Lachgar, fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) au Maroc, est l'une des organisatrices de ce « kiss-in » de solidarité avec les adolescents de Nador, poursuivis en justice pour avoir posté la photo d'un de leurs baisers sur Facebook. Elle est consciente qu'un tel rassemblement, dans un pays conservateur comme le Maroc, peut être perçu comme une provocation. « Je suis consciente que nous heurtons les sensibilités des citoyens marocains. Mais il faut passer par là pour ouvrir le débat, provoquer pour changer les choses et délier les langues ».
« Nous sommes dans un pays islamique et s'embrasser en public est interdit ! »
Après avoir organisé la vingtaine de couples ayant répondu présents, c'est elle et son petit ami qui donnent le coup d'envoi du happening, devant une foule de caméras et de micros. Mais à peine se sont-ils pris dans les bras qu'un jeune homme sort de nulle part, renverse une table et brise un verre, à la stupéfaction générale. Il hurle à l'adresse des couples alignés, incrédules : « Vous êtes une honte ! Nous sommes dans un pays islamique et s'embrasser en public est interdit ! »
Le garçon est rapidement rejoint par une petite bande d'adolescents vindicatifs, qui prennent à partie les manifestants. Bousculades, injures, menaces. Des verres sont brisés, des chaises sont brandies et jetées. Un journaliste local explique que ce sont les « baltajias », un groupe de jeunes nationalistes, hackers à l'occasion, qui font régulièrement le coup de poing dans les manifestations similaires.
Chassés sous les injures et les huées
Un homme d'une soixantaine d'années, qui se présente comme « un simple citoyen marocain » a pris fait et cause pour eux. Il s'en prend, avec une apparente conviction, aux jeunes venus s'embrasser en public. « Qu'ils aillent faire ça en Amérique ou en Europe ! s'enflamme-t-il.Mais ici, nous ne laisserons jamais faire ! C'est d'abord un baiser, puis des caresses, puis le sexe. On ne fait pas ça dans la rue, ici ! »
Les couples cherchent d'abord à discuter, mais en vain. Ils sont repoussés dans les rues adjacentes, sous les quolibets, les injures et les huées. Repoussés jusque sur les hauteurs du centre-ville, ils avouent pour la plupart qu'ils s'attendaient à une réaction violente. « Nous n'avons pas peur de la police, avoue Riad, la trentaine. Nous avons beaucoup plus peur des schizophrènes, des défenseurs de la vertu qui draguent les filles dans la rue mais qui interdisent que l'on regarde sa sœur ». En épongeant la plaie qu'il porte au crâne après avoir reçu un verre, il soupire, désabusé : « Les Marocains, je ne les comprendrai jamais ».
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