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Phénomène des nervis: Cheikhna Keita dédouane la Police et la Gendarmerie et appelle l’Etat à "intervenir"

Au Sénégal, la présence des « gros bras », appelés "nervis" dans le cortège présidentiel continue de faire polémique. Tout a commencé en mars dernier, lors des manifestations liées à l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko. Et depuis, le phénomène prend de plus en plus de l'ampleur. La tournée du Président Macky Sall, au nord du Sénégal, a été surtout marquée par la présence de ces nervis dans ses rangs. Dans les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, on voit ces gros bras violenter des citoyens sous le regard des forces de l’ordre. Une attitude déplorée par le Commissaire à la retraite Cheikhna Keita, appelant à la mise en place d’un cadre juridique pour que ce problème soit réglé par l’Etat.



Phénomène des nervis: Cheikhna Keita dédouane la Police et la Gendarmerie et appelle l’Etat à "intervenir"
Sommes-nous au pays de la Téranga ou au pays des nervis ? Ces gros bras armés de bâtons, gourdins, matraques dictent la loi du plus fort dans les manifestations hostiles au régime en place. Ces événements se déroulent cette semaine dernier durant le déplacement du chef de l’Etat, Macky Sall au nord du Sénégal, dans le cadre d’une tournée économique. Des manifestants bastonnés, giflés et battus à coup de pieds par des nervis, ce sont les images qui circulent sur les réseaux sociaux.
 
Pour parler de ces questions avec PressAfrik, le Commissaire à la retraite Cheikhna Keita a d’abord voulu les situer par rapport au phénomène pour ne pas aller vers une analyse biaisée. « Le phénomène, c'est  l'utilisation de forces particulières par des responsables politiques dans les dispositifs de protection de leur personnalité ou de sécurisation de leurs manifestations. C'est un phénomène qui est là depuis l'aube des temps et qui a accompagné la vie politique du Sénégal depuis toujours. Il y a eu quelques fois des conséquences dramatiques dans le passé, sauf qu'elles n'ont pas été médiatisées autant qu'ils le sont aujourd'hui », dit-il. 

Tout de même, le Commissaire Keita reconnait qu’il y a effectivement problème. Mais, il estime qu’il ne faudrait pas croire que tout cela est organisé avec les forces de défense et de sécurité. « C'est un pan d'organisation des manifestations politiques qui est acté par les responsables politiques. Quel qu'en soient les conséquences, c'est un comportement qu'il faut revoir à la loupe. Il faut se poser la question de savoir comment on peut faire pour que ce besoin qui est là, depuis toujours, c'est-à-dire de sécurisation de personnalité qui est partout présent dans l'arène politique, soit réglé dans un cadre juridique de formation d'offres de service particulier pour répondre à cette demande ». 
C’est l'Etat qui doit intervenir 

Le Commissaire à la retraite ne pense pas que la Gendarmerie et la Police ont une part de responsabilité. Il croit que c’est l’Etat qui doit agir pour régler définitivement le problème. « Je crois que c'est là qu'il faut se poser des questions. Et dire c'est l'Etat qui doit intervenir aujourd'hui. Plus on en parle. Plus c'est médiatisé. Il faut trouver les moyens d'encadrer tout cela. Interdire ce qui doit l'être et autoriser ce qui doit être autorisé ».

Par ailleurs, il a déplore qu'il y ait des gens qui s'adonnent à des violences sur des civils. Selon lui, il faut analyser le fait et dire qu'il y a là, un recours à des personnes qui prêtent leur service à des autorités politiques ou organisations pour des raisons de sécurisation de leurs manifestations ou pour d'autres raisons. A l’en croire, l'État doit « intervenir pour trouver une mesure juste de réglementation et d'organisation de toute l'offre des personnes qui interviennent dans ce domaine afin que le désordre ne se développe pas davantage ». 

On ne peut pas incriminer les forces de défense et de sécurité

 

« La police et la gendarmerie interviennent dans des contextes où ils viennent avec leurs paquets de mission. Et ils trouvent sur place une organisation qui est portée par les responsables politiques aux environnements dans lesquels ils interviennent. Ils ne peuvent pas venir, exclure, évacuer et organiser un autre service au-dessus de cela », a réagi le Commissaire à la retraite pour défendre la passivité des forces de défense et de sécurité face aux exactions commises par les nervis.

Poursuivant dans cette position, il a soutenu que ceci est « un autre problème qui n'est pas dans l'ordre de leur mission ». « Je crois que quand on arrivera à avoir un cadre réglementaire précis par rapport à la présence de ces gens dans des situations, les forces de l'ordre auront un repère pour distinguer tout cela et aider les autres à organiser », a-t-il trouvé à dire.

Mais sans bases légales ou réglementaires, selon Commissaire Keita, « les forces de l'ordre ne peuvent pas intervenir ». Car, elles ont une mission de maintien de l'ordre dans laquelle elles interviennent parce qu'il y a une manifestation. « Elles font leur travail, quel que soient les situations qui se développent autour. Si elles peuvent intervenir, elles le feront. Mais elles ne peuvent pas dire aux politiciens, nous allons venir, mais n'amener pas ceci ou cela. C'est la loi qui doit les interdire et les autoriser ».

Dans une situation de désordre ou de trouble, Cheikhna Keita voudrait que les gens sachent dire quelle est la mission des forces de défense et de sécurité. Quel est l'événement ? Qu'est-ce qui se tient ? A partir de cet instant, c'est l'Etat qui doit intervenir pour régler ces questions, selon lui. « Ce n'est pas des instructions qu'on donne. C'est un cadre juridique d'autorisation de personnel qui ne soit pas de la police ou de l'armée dans le cadre de manifestation particulière. Le cadre juridique n'existant pas, on ne peut pas incriminer deux ou trois policiers qui sont venus faire leur travail », a-t-il conclu.
 
La gendarmerie s'en lave les mains
Interpellée par PressAfrik sur la présence des nervis dans les rangs du chef du l’Etat, la Gendarmerie a fait savoir que la sécurité des déplacements du Président n’est pas de son ressort exclusif. Tantôt, c’est une affaire de garde rapprochée, tantôt ils sont en zone de police ou de gendarmerie. Notre interlocuteur a fini par nous renvoyer auprès du Palais. Quant à la police, notre tentative de décrocher une réaction est restée vaine.

Salif SAKHANOKHO

Vendredi 18 Juin 2021 - 12:47


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