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Prêtres pédophiles: les victimes irlandaises attendent du pape des gestes forts

Le pape François entame ce samedi une visite de deux jours en Irlande, en clôture de la Rencontre mondiale des familles. Une visite historique pour un souverain pontife, la dernière remonte à Jean-Paul II en 1979. Et beaucoup d'Irlandais attendent un geste fort de sa part sur la question des prêtres pédophiles, une attente partagée par leur Premier ministre qui a demandé au souverain pontife d'user de sa « position » pour faire en sorte que « justice » soit rendue aux victimes.



Le pape François a évoqué ce samedi, dès son arrivée à Dublin, sa « honte » et sa « souffrance » face à « l'échec des autorités ecclésiastiques » pour affronter de manière adéquate les « crimes ignobles » du clergé en Irlande.

Mais au-delà des paroles, les victimes et leurs proches demandent des actes. Le pays a en effet connu de nombreuses révélations depuis le milieu des années 90 et il est temps, disent-ils, d'agir pour punir les responsables.

Marie Collins, célèbre militante irlandaise, violée par un chapelain quand elle avait 13 ans, faisait partie de la commission pontificale pour la protection des mineurs instaurée par le pape en 2014 avant d'en démissionner l'an dernier à cause de l'opposition que l'instance rencontrait à la Curie.

A la veille de l’arrivée en terres irlandaises du souverain pontife, elle expliquait à nouveau qu’il fallait plus que des excuses de l'Eglise pour avancer : « Je pense qu'il y a une peur de l'effet domino : si on enquête sur les évêques et qu'on commence à les révoquer, on va se demander combien encore vont tomber. Mais ce qui compte, c'est qu'on se débarrasse de chaque brebis galeuse et il faut le faire dès maintenant !»
Selon elle, le pape veut réellement réformer le Vatican mais se heurte à une forte opposition. Elle estime donc qu'il doit à présent prendre ses responsabilités. « Le pape a des pouvoirs et est au-dessus de n'importe qui d'autre. Il faut donc qu'il affronte cette opposition. Et si cela veut dire révoquer quelqu'un même de haut placé, il doit le faire. »

Car jusqu’ici, il n’y a rien eu de très concret, regrette Mark Healy, quinquagénaire qui a été violé par deux prêtres différents quand il avait 9 et 12 ans. « Pouvez-vous me lister les grands chantiers qu'a mis en place le Vatican depuis quatre ans pour apporter reconnaissance, soutien et solution à de si nombreuses victimes ? Moi je dis qu’il n'y a rien.»

Tolérance zéro

Comme lui, les associations d'aide aux victimes de viol reprochent à l'Eglise son manque d'action et de coopération. Ce qui freine leur travail juge Deirdre Kenny, chef du département juridique de l'ONG One in four. « Aux yeux des victimes, il y a cette impression que la loi ne les aide pas, que c'est à elles de prouver ce qui leur est arrivé, déplore ce dernier. Et elles savent que le Vatican a des dossiers sur les prêtres qui ont perpétré ces crimes mais refuse de les dévoiler. »

Marie Collins veut donc elle inverser totalement cette tendance et demande à ce que l’Eglise mette en place une politique de tolérance zéro contre les prédateurs sexuels dans le monde entier, sans attendre que l'actualité l'y invite.

« Ça a été mis en place aux Etats-Unis parce qu'il y avait eu un scandale au sein de l'Eglise, explique la sexagénaire. Mais est-ce qu'on va attendre qu'il y ait des crises, pays après pays, pour instaurer des règles appropriées ? Il faut l'appliquer partout ! »

Et pour Marie Collins il s'agit à la fois de résoudre d'anciennes affaires autant que d'en prévenir de nouvelles. Elle met d'ailleurs en garde contre la tentation de parler des scandales de pédophilie au passé...

rfi.fr

Samedi 25 Août 2018 - 15:30



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