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Recrutement de 59 universitaires sénégalais en Guinée : Pr Ibrahima Thioub appelle à mettre fin au cumul de postes des enseignants

Le Professeur ibrahima Thioub, ancien Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a réagi face à la polémique relative aux recrutements d’enseignants-chercheurs sénégalais dans certaines universités de la Guinée. Il explique que l’affaire du « recrutement » d’enseignants sénégalais par la Guinée n’est pas un vrai problème de salaires ou de conditions de travail, mais surtout une extension du « xar matt » internationalisé (travail au noir).

Pr Thioub estime que cette pratique affaiblit l’université sénégalaise et désorganise l’année académique. Selon lui, la solution est simple : interdire tout cumul et faire perdre leur poste public à ceux qui partent travailler ailleurs. Cette crise doit, à ses yeux, servir d’opportunité pour assainir durablement le système éducatif et améliorer la qualité de l’enseignement.

Ci dessous l'intégralité de son texte.



Au Sénégal on aime compliquer les problèmes avec de grandes théories et de belles phrases. Dans cette affaire de "recrutement" d'enseignants-chercheurs sénégalais par la Guinée, il s'agit simplement et surtout banalement de Xar Matt internationalisé. Les conditions de salaire ou de travail ont très peu à faire dans cette affaire. Des enseignants titulaires dans le public, bien payés (salaire, prise en charge sanitaire, prime de recherche, voyages d'études et perdiem biannuels, logement ou indemnité compensatrice, pension de retraite substantielle) y conservent leur poste, leurs revenus et avantages et vont travailler au noir dans le privé où ils sont moins bien payés (juste le salaire parfois même payé à l'heure après service fait). Ces pratiques ne sont possibles que parce que le salaire du public est payé quoi qu'il arrive, qu'on fasse cours ou non.

Ainsi les adeptes du Xar matt cumulent les deux postes. Conséquence : il travaille à minima pour le poste public, enseigne peu et irrégulièrement, oublie la recherche et estime que le service à la communauté n'a rien d'obligatoire. Ce sont ces pratiques que la Guinée organise aujourd'hui à grande échelle et publiquement. Jusqu'ici cela se faisait au cas par cas. Donc rien de nouveau sous le soleil.
 
Le ministère, soutenu par les enseignants et leurs syndicats, doit prendre une mesure simple : aucun cumul de poste ne sera autorisé ; ceux qui partent en Guinée perdent leur poste au Sénégal. Vous verrez qu'en dehors des vacataires et des retraités personne ne quittera son poste car, les revenus et l'environnement de travail, que procure le poste de titulaire au Sénégal, sont largement supérieurs au salaire que va donner la Guinée. Il en est de même avec le Xarr matt dans le privé national.
 
Le MESRI doit saisir cette "crise" très opportune pour régler définitivement l'usage partagé des ressources humaines entre privé et public au Sénégal. Quant au gouvernement guinéen il peut disposer d'enseignants sénégalais en toute régularité en passant par l'accord récemment signé avec le ministère des Sénégalais en charge des affaires étrangères.
 
Cette pratique du Xar matt (travail au noir) qu'elle soit nationale ou internationale contribue largement à mettre en crise notre système éducatif. Pour rappel, lors de la récente grève des étudiants, j'ai soutenu, sans être une seule fois contredit, que la bourse n'était pas le vrai problème. Qu'il fallait s'attaquer à ce phénomène de Xar matt pour rendre effectifs et réguliers les enseignements en vue d'une maîtrise du calendrier universitaire, le vrai problème auquel personne ne veut s'attaquer. Tant qu'on ne réglera pas ce problème de la relation public/privé dans l'utilisation des ressources humaines, on fera toutes les réformes qu'on voudra le système éducatif continuera de végéter dans la médiocrité que cachent les écoles de privilégiés. Le plus désolant reste que ce n'est pas difficile à faire, ne coûte rien et rapporte une école de qualité pour tous. Il ne demande qu'un peu de courage pour appliquer et faire appliquer la LOI dans toute sa rigueur et sans excès ! Quant au débat sur la mobilité des enseignants ce n'est ici que diversion. Celle-ci a toujours été bien réglementée et bien pratiquée comme cela se fait dans le reste du monde.

Vive l'École de la République !

Moussa Ndongo

Lundi 5 Janvier 2026 - 18:03


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