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Saisie d’armes blanches à l’Ucad : la psychose s'installe sur le campus, le Coud avertit (Reportage)



Saisie d’armes blanches à l’Ucad : la psychose s'installe sur le campus, le Coud avertit (Reportage)
L’adversité est vive à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. Tantôt ce sont les membres de listes différentes, autrement dit les différentes sections syndicales en présence, tantôt ce sont des belligérants de partis politiques différents. Cette tension vive et très souvent palpable est à son paroxysme à la veille où au lendemain de la visite d’un leader politique au sein du campus universitaire. La visite du leader du Pastef Les Patriotes a mis le feu aux poudres. Au lendemain d’une journée très électrique où le pire a été évité, les autorités universitaires ont déroulé une opération coup de poing. Elle s’est soldée par une saisine d’une armada d’armes blanches. PressAfrik a fait un tour au campus universitaire pour mieux édifier l’opinion. 

Lundi 11h au campus social de l’UCAD. L’ambiance est certes habituelle mais elle est marquée par l’actualité forte. La saisine dernièrement d’une «cargaison» d’armes blanches. Pendant que certains sont en pleine révision sous les arbres, d’autres commercent et vaquent correctement à leurs occupations. Toutefois, des groupuscules sont notés sous les bâtiments et certains arbres. Le sujet de discussion porte sur la violence ou la terreur au sein de l’université. 

Par rapport à cette actualité, la psychose se lit, en effet, sur certains visages. Il est ainsi, beaucoup questions des arrestations, des armes saisies. Les étudiants ont quasiment oublié les élections qui doivent opposer les différentes listes en opposition au sein du campus. 

Une phrase revient tel un leitmotiv. «La violence à l’université ne date pas d’aujourd’hui. Elle existe depuis longtemps». Tous les étudiants que nous avons rencontrés sont unanimes sur la question. Et ils sont nombreux à accuser les mouvements syndicaux d’être les principaux responsables et instigateurs de cette tension, de cette violence dans le temple du savoir.

Bassirou Tine. Il est étudiant en Master2. Par ailleurs, président de la commission Environnement et coordonnateur de la «liste orange». La vingtaine bien sonnée, le responsable syndical est catégorique. Sans ambages, l’étudiant dénonce la violence dans leur milieu. «J’ai été témoin de la fouille des agents de sécurité du COUD (Centre des œuvres universitaires de Dakar) dans les chambres. Ils ont visité ma chambre au pavillon B ainsi que d’autres pavillons ciblés notamment D, R, et S», a raconté Bassirou Tine, trouvé en pleine discussion avec les nouveaux bacheliers qui faisaient une longue queue pour les inscriptions pédagogiques. 

Le Coordonnateur de la «Liste Orange» déclare sans langue de bois : «je savais déjà qu’il y avait des armes. Il faut le dire, ce n’est pas nouveau». Et d’expliquer : «d’habitude, ce sont nous les syndicalistes et politiciens qui détenons ces armes blanches. Nous prônons le bien-être de tous mais la politique sous nos tropiques est très souvent teintée de violence et de terreur. Nous usons de la violence parfois pour régler nos comptes. Ce n’est pas bien mais, c’est ce qui se passe ici».

« C’est le COUD qui encourage certains actes de barbaries des étudiants», tonnent certains étudiants.

L’opération coup de poing des services de sécurité du COUD est diversement analysée par les étudiants. Beaucoup pointent du doigt le manque de sécurité et dénoncent un problème de volonté pour sécuriser le campus. C’est pourquoi, ils estiment, pour la plupart que «la présence d’armes blanches dans ce milieu social n’est pas une première. Et pourtant les autorités ont toujours gardé le mutisme, l’omerta autour de la question».

Un résident du pavillon B de lâcher : «ceux qui ont perquisitionné les chambres et trouvé ces armes savent bel et bien à qui elles appartiennent. Mais pourquoi, ils ne sont pas inquiétés, ni poursuivis ?». L’étudiant qui a requis l’anonymat de faire savoir : «c’est incompréhensible ce qui se passe ici. Et pour dire la vérité, le chef de la sécurité ne fait pas son travail correctement. Si les détenteurs d’armes blanches étaient sévèrement sanctionnés, aucun étudiant n’oserait aujourd’hui introduire une arme ou penser semer la violence dans l’enceinte du campus universitaire». L’étudiant, trouvé dans les couloirs du service médical en train de remplir quelques formalités, ne mâche pas ses mots et souligne : «c’est le COUD qui encourage certains actes de barbaries des étudiants». 

Violence à l’UCAD : Des étudiants se tirent dessus – Sonko au centre

La visite du leader du Parti Pastef, Ousmane Sonko aux étudiants blessés lors des manifestations du 8 février, qui ont suivi sa déclaration, a créé de vives tensions dans le campus entre les étudiants du parti au pouvoir et ceux de l’opposition. En effet, le Mouvement des Elèves et des Etudiants Républicains (MEER) a eu à organiser une conférence de presse pour dénoncer la visite de Sonko qu’ils considèrent comme une tentative de ‘’victimisation’’. 

Bassirou Tine commente autrement la venue de Sonko à l’UCAD. Pour lui, «cette visite n’est pas à l’origine des nouvelles querelles constatées au sein du campus social».  Le coordonnateur de la «Liste Orange» révèle que «ce contrôle était juste pour camoufler la situation qui était présente bien avant la visite de Sonko sur les lieux. Ils ont réagi tardivement et devraient être plus prudents».

Dans ce flot d’accusations et de contre accusations, des étudiants tentent de jouer le médiateur. L’étudiant au département de Géographie, par ailleurs, syndicaliste et coordonnateur de «Lux Mea Lex», Fadel Diouf réprouve cette spirale de violence. «L’université devrait être un temple d’excellence, où l’on acquiert de la connaissance, du savoir. Nous sommes appelés à devenir des leaders. A ce propos, nous devons montrer le bon exemple. Ces violences répétitives n’honorent pas notre crédo. Nous déplorons véritablement ce qui s’est passé. La violence a malheureusement toujours existé au sein de l’université». Fadel Diouf d’accuser les responsables de sections syndicales. «Ce sont les syndicalistes qui prônent cette terreur à cause de leur appartenance politique». Le Coordonnateur du Mouvement «Lux Mea Lex» lance ainsi un appel : «que les étudiants incriminés soient sanctionnés par le Rectorat et les services du COUD».

Les Nouveaux bacheliers dans l’inquiétude

Les étudiants en charge de l’accueil des nouveaux bacheliers sont aussi touchés par la situation. Ils regrettent l’acte qu’ils qualifient d’‘’irresponsables’’ de la part des dirigeants syndicaux vis-à-vis des autres. Selon eux, «les violences constatées dans le campus ne rassurent pas  les nouveaux étudiants qui s’inquiètent et qui ne cessent de demander s’il serait possible de leur trouver un logement en dehors du campus social». Aissatou Diallo. Elle est «bleue» à la faculté des Lettres et Sciences Humaines. «Je suis venue pour m’inscrire au département de Lettres Modernes, mais là je ne suis pas rassurée au vue des armes qui ont été trouvées dans le campus». La ressortissante de Richard Toll (380Km au nord du Sénégal) crache son dépit en ces termes : «je ne suis pas sûre de me loger. J’y songerai si peut-être bien une fois que ces querelles seront réglées et la situation plus apaisée». 

Saisie d’armes blanches à l’Ucad : la psychose s'installe sur le campus, le Coud avertit (Reportage)
« Le dossier des étudiants indexés sera transmis à la justice », déclare le Directeur adjoint du Coud  

Les propriétaires des armes blanches saisies dans les chambres d'étudiants mercredi passé, risquent gros, si l’on en croît au Directeur général adjoint du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud). Khalifa Diagne informe que « les auteurs identifiés seront sanctionnés et leur dossier transmis à la justice ».

« Les auteurs identifiés seront sanctionnés à  l’interne au niveau du Coud. Des sanctions qui peuvent aller jusqu’à l’exclusion des étudiants incriminés dans le campus social mais aussi nous allons nous plaindre auprès de la justice pour faire de sorte que la police puisse tirer les conséquences de droit », a-t-il déclaré.

 Et de poursuivre : « Nous ne comptons pas nous en limiter là parce que nous avons déjà échangé avec les autorités pédagogiques pour leur adresser systématiquement des requêtes concernant les étudiants identifiés aux fins de sanctions disciplinaires au plan pédagogique ».

M. Diagne rappelle que l'opération de sécurisation lancée par le Coud mercredi passé suite à la bataille rangée entre étudiants de Pastef Les patriotes et ceux du camp du pouvoir, s'inscrit dans le cadre d'une campagne pour faire des universités du Sénégal "des lieux de bataille d'idées et non des lieux où l'on exhibe des armes blanches".


Adja Loly Diallo (stagiaire)

Mardi 23 Février 2021 - 18:48


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