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Samatar Abdi Osman, le monsieur TIC de Djibouti parle: "nous avons créé un incubateur de Start-ups pour renforcer le capital humain local"

Il est juste âgé de 40 ans, mais Samatar Abdi Osman a déjà apporté une grosse part dans la révolution numérique de son pays Djibouti et du continent africain. Il a créé, il y a de cela cinq (5 ) ans le CTID (Centre de Technologie et d'Innovation pour le Développement), un incubateur pour Start-ups qui accompagne les porteurs de projets et aide à former les jeunes et les femmes dans le but de renforcer le capital humain local. A Dakar pour participer à une rencontre d'Afric'Innov, qui fédère une communauté de Structures d'Accompagnement à l'Entrepreneuriat Innovant (SAEI), monsieur Osman a accepté d'échanger avec PressAfrik sur les grands enjeux du moment en matière de TIC et comment la formation des jeunes et des femmes dans le domaine aide son pays à mieux insérer les jeunes et femmes dans la société, à prévenir les heurts intercommunautaires. Mais également à mettre en valeur la main d'œuvre locale dans le but de répondre aux différents besoins des multinationales et autres investisseurs qui viennent s'implanter à Djibouti. Ce passionné des TIC s'est aussi exprimé sur une éventuel partage d'expériences sur son Centre d'incubateurs avec d'autres pays africains comme le Sénégal, sur la forte communauté d'étudiants djiboutiens à Dakar et sur le secret qui préserve son pays de l'instabilité qui rythme des Etats qui l'entourent dans la corne est de l'Afrique. Entretien !



Qui est Samatar Abdi Osman ?
Je suis Djiboutien. J'ai fait un premier parcours estudiantin en France. Je suis retourné au Djibouti travailler au Centre d'études et de recherches en tant que Chercheur. En 2016, je me suis lancé dans l'entrepreneuriat. Plus précisément dans ce que l'on appelle l'entrepreneuriat social en lançant le premier incubateur dénommé Centre de technologie, d'innovation et de développement, plus connu sous le nom de CTID à Djibouti.

Pourquoi le CTID ?
Nous avons voulu apporter notre petite pierre à l'édifice en créant une espèce de plateforme au centre d'intelligence collective pour appuyer, former, sensibiliser les jeunes à l'entrepreneuriat pour ensuite créer des richesses, créer des emplois. Parce que j'estime que ce n'est pas l'apanage des services publics. Je pense qu'en tant que privé, on peut également faire quelque chose. C'est pourquoi cette initiative a vu le jour en 2017. Nous sommes présentement à notre 5e année. Je pense qu'au niveau de l'impact, nous avons réussi à atteindre nos objectifs qui étaient de disséminer la culture de l'entrepreneuriat à Djibouti. Modestement, notre slogan, c'est "La Fabrique des talents". Donc, nous avons su détecter certains talents, qui aujourd'hui, sont là à impacter l'écosystème de Djibouti à travers leurs structures et leurs associations. Nous travaillons avec les Etats, les services publics, les organisations de développement, les entreprises et les grands groupes. Nous formons des jeunes au Numérique dans l'objectif de créer derrière des projets qui ont un impact social. Le Numérique étant juste un moyen et non une fin, l'idée c'est de trouver des solutions pour renforcer l'accès à l'eau, l'accès l'énergie à l'éducation etc. En tout cas de faire en sorte que chaque porteur de projet puisse se lancer dans un domaine précis pour trouver des solutions aux défis sociaux que Djibouti connait. Nous avons aussi lancé, il y a un an, le Horn Digital Academy, qui est projet destiné à former des Codeurs dans les domaines du développement Web et de la Communication digitale. Et nous avons travaillé avec différentes structures privées pour former des jeunes issus des communautés les plus vulnérables.

Qu'entendez-vous par communautés vulnérables ?
Quand je dis des gens issus de communautés vulnérables, je pense aux femmes, aux personnes handicapées, les personnes qui n'ont ni moyen ni ressources et qui n'ont pas été à l'école ou fait de longues études. Donc le Numérique a cette particularité de pouvoir les aider aussi à transformer leur vie, à créer des solutions, au pire à travailler dans des entreprises. La formation dure quatre mois et au bout des quatre mois, on les insère en stage professionnel. Et on essaie aussi de les insérer dans des projets entrepreneuriaux ou dans des entreprises. On a aussi un programme de renforcement des capacités sur le Numérique pour les filles.
"nos cibles principales sont les femmes et les jeunes"
Nous travaillons aussi sur une initiative de cohésion sociale des jeunes aussi. C'est des initiatives innovantes pour renforcer la cohésion sociale intercommunautaire en s'appuyant sur les femmes et les jeunes. Il est important de changer les paradigmes des logiciels de jeunes pour qu'ils puissent penser comme des pourvoyeurs d'emplois et non des chercheurs d'emploi. Il faut qu'ils se mettent dans la tête qu'ils sont des solutions et non des problèmes. Donc nos cibles principales sont les femmes et les jeunes. Nous n'excluons pas les personnes âgées si elles ont des projet. Mais nous nous focalisons plus sur les jeunes parce que Djibouti est un pays composé de 65% de jeunes de moins de 25 ans.

Et qu'est-ce qui vous emmène à Dakar présentement ?
Je suis à Dakar pour participer à l'événement organisé par Afric'Innov qui est la fédération de structures d'accompagnement innovantes comme le CTID principalement basées en Afrique francophone. Nous sommes à Dakar depuis 3 jours, pour la première fois après la création de cette structure juste avant le Covid-19. C'est le premier forum de cette envergure où nous avons discuté, échangé de nos problématiques sur le terrain. Des structures comme le CTID qui sont basés au Sénégal, au Mali, en Côte d'Ivoire, Bénin etc., une vingtaine de pays. L'idée c'était de faire un retour d'expériences. Comment nous pouvons faire pour consolider nos missions, comment pérenniser nos structures. Parce que quand on essaie d'accompagner les jeunes et les Start-ups, il faut nous aussi penser à notre propre model-business. Tu ne peux pas appuyer des entrepreneurs si toi-même tu n'es pas outillé. Je suis donc ravi de sortir de cet événement avec de nouvelles initiatives, de nouvelles visions qu'on va mettre en place prochainement sur le terrain.

Il y a également 3 semaines de cela, vous étiez à Dakar pour rencontrer le Président Macky Sall avec les Jeunes leaders africains, qu'avez-vous pu tirer de cette rencontre ?
C'est vrai, je suis venu à Dakar il y a 3 semaines avec une autre casquette. Je suis lauréat de la French African Foundation 2021. C'est une organisation qui a pour objectif de fédérer un certain nombre d'acteurs africains et européens, notamment français. Qui crée de l'impact et met en place des programmes de co-construction avec une vision gagnant-gagnant entre les deux continents. Et à ce titre, il s'avère que la promotion 2021 avait pour parrains, messieurs Emmanuel Macron et Macky Sall. Nous avions fait une mission en octobre dernier à Paris et cette fois-ci, c'était la deuxième mission s'inscrivait dans ce cadre. Nous avons été reçu par notre co-parrain, le Président Macky Sall, après avoir rencontré et échangé dans la semaine avec beaucoup d'autres acteurs du monde de l’entrepreneuriat, l’innovation, les industries créatives et culturelles, le sport etc.... Mais le point d'orgue de la mission, c'était le dîner et la réception organisée par le Président Macky Sall avec un discours marquant qui a mis en exergue l'importance de shifter le paradigme, sortir de l'Afro-pessimisme et aller vers l'Afro-optimisme. Ils nous fait un discours sur tous les enjeux, l'accès à l'énergie, le rôle des femmes, le rôle des jeunes, l'entrepreneuriat comme moyen de sortir de cette pauvreté, qui n'est pas une fatalité etc. L'Afrique est le continent le plus vieux, mais également celui qui a le plus d'opportunités. Donc si toutes ces multinationales et toutes les forces de la planète sont en Afrique, c'est que quelque part, il y a des opportunités à saisir et c'est nous les jeunes qui doivent les saisir.

Au-delà de ça, est-ce que vous avez des projets avec votre structure à Djibouti de créer des relations avec le Sénégal ?

Personnellement, j'ai une affinité particulière avec le Sénégal qui remonte à mes années universitaires en France où j'avais beaucoup d'amis sénégalais. Ensuite, j'ai beaucoup de partenaires avec qui je collabore et qui sont établis au Sénégal. Là, c'est ma quatrième mission au Sénégal. La dernière fois que je suis venu, j'avais rencontré beaucoup de jeunes compatriotes étudiant ici au Sénégal. Il se trouve qu'il y a un nombre incroyable de jeunes djiboutiens qui étudient ici au Sénégal. Qui sont naturellement un relais entre nos deux pays. J'ai eu à échanger avec un certain nombre d'entre eux.
"Il y a près de 3000 étudiants djiboutiens qui arrivent au Sénégal par an et il n'y a pas d'ambassades dans les deux pays"
L'idée, c'est en tant que structure d'accompagnement axée sur les talents, de pouvoir travailler en amont avec ces jeunes ici même pendant leur séjour pour qu'ils puissent arriver sur le sol djiboutien, prêt à exercer des activités liées à l'entrepreneuriat. Ce sera gagnant-gagnant, parce que l'objectif du gouvernement, c'est que une fois rentrés au pays que ces jeunes puissent s'insérer. Donc raison de plus de pouvoir les appuyer avec leurs universités et nos programmes qu'on veut monter ici au Sénégal. Je pense que ça va renforcer le partenariat qui est d'abord entre les jeunes et les femmes. Avant que cela se transforme un jour en partenariat diplomatique. Parce que nous n'avons pas encore d'ambassades dans les deux pays. Il y a une dame très dynamique qui sert de consul honoraire et avec qui on a discuté. On parle de 2000 à 3000 étudiants Djiboutiens qui viennent au Sénégal par an. C'est un contingent assez impressionnant qui est un relais naturel. Et Vice-versa, il y a pas mal de diaspora sénégalaise à Djibouti qui s'active dans l'entrepreneuriat, le commerce, bijouterie etc.


 

Samatar Abdi Osman, le monsieur TIC de Djibouti parle: "nous avons créé un incubateur de Start-ups pour renforcer le capital humain local"
Revenons à l'intérêt de l'incubateur de Start-up que vous avez créé à Djibouti
En fait, le CTID est un outil qui exerce une sorte de mission de service public dans la mesure où nous travaillons sur la culture d'entreprise avec les jeunes qui sortent des universités avec peu d'expériences. C'est une niche de populations avec très peu d'options si ce n'est d'aller l'entrepreneuriat. Parce que l'administration ne résorbe plus le gap d'emplois créés. Donc, il est important qu'il y ait des initiatives comme ça. A la base, l'idée c'était de pouvoir apporter de la valeur à ce niveau. Il se trouve que quelques années après, nous avons même inspiré l'Etat à créer un incubateur public. Et là cette mission publique régalienne a trouvé son sens parce que l'Etat a voulu aussi avoir sa structure pour ne pas phagocyter le travail existant d'acteurs comme le CTID. Mais rendre complémentaire ces efforts-là, parce que ce qu'on attend de l'Etat c'est de réguler, consolider un écosystème. C'est-à-dire un environnement pour créer des entreprises et pour que ces entreprises puissent exister sur de long terme. Donc le rôle du CTID, c'est d'inculquer la culture d'entreprise, accompagner certains projets porteurs dans des secteurs comme la technologie, mais également dans les secteurs clés de l'économie comme la logistique, les services, l'environnement, l'agrobusiness.
"L'enjeu du CTID, c'est de renforcer la capital humain local pour concurrencer la main d'oeuvre des multinationales étrangères"

Après quand il y a des investissements direct à l'étrangers, les structures qui financent amènent aussi leur main d'oeuvre. C'est pour cela qu'on s'est modestement attribué le slogan de "Fabrique de talents". C'est-à-dire de mettre à disposition des talents locaux formés sur place qui remplissent tous les critères, quelque soit le domaine sur lequel ils sont sollicités. L'enjeu, c'est de renforcer le capital humain local. Et c'est ce que j'apprécie quand je viens ici au Sénégal, c'est qu'il y a un capital humain assez conséquent sur pas mal de secteurs. La particularité au Djibouti c'est qu'il y a qu'un million d'habitants. Donc, le pool est beaucoup plus petit. Déjà l'échantillon général de la population est petit et dans ça, l'échantillon de ceux qui ont un diplômes ou formations professionnelles qualifiées est encore plus réduit. Donc l'enjeu, il est là, c'est que toutes les initiatives puissent renforcer le capital humain local pour pourvoir les entreprises étrangères ou les investisseurs qui viennent s'implanter chez nous. Qu'ils soient Chinois, Arabes, du Golfe. C'est pourquoi nos programmes sont souvent faits en ligne ou en présentiel, mais à Djibouti.

Et combien de jeunes ont été formés depuis la création du CTID et combien ont réussi à intégrer des structures publiques ou privées ?
On a formé, en 5 ans, entre 1500 et 1700 personnes qui sont de différents âges. On a formé des garçons qui ont entre 9 et 15 ans. Donc des collégiens qui sont encore en train d'étudier. C'est pourquoi je disais plus haut qu'on les prend très en amont pour leur inculquer la culture de l'entrepreneuriat à travers différents outils comme la robotique, le Coding, l'entrepreneuriat social, la technologie etc. Il y a aussi des lycéens et des universitaires qui sont encore à l'école. Ce que je peux dire, c'est que certains ont créé leurs structures, des Start-ups, ont gagné des prix, des concours. D'autres ont créé des associations et opèrent dans des domaines précis. Et parmi eux, il y a des hommes et des femmes. Après pour savoir l'impact exact, c'est-à-dire le nombre d'emplois qui ont été créés, le nombre d'entreprises ou de structures, on est en train de faire le travail de recoupement nécessaire pour avoir ls chiffres exacts.

Est-ce que l'environnement est favorable des métiers du Web et des TIC ?
De par sa position géographique, Djibouti possède les atouts nécessaires pour que l’environnement des métiers du numérique soit favorables aux entrepreneurs et aux acteurs de l’innovation grâce, entre autres, aux 9 câbles sous-marins qui y transitent. Toutefois, il reste  beaucoup à faire pour Djibouti puisse réussir sa transformation numérique profitable à tous. Je dirais que sur le plan politique, le Gouvernement a mis en place un ministère depuis un an, le ministère de l'Economie numérique et de l'Innovation qui a justement pour mandat de promouvoir un écosystème numérique et avec lequel nous collaborons et essayons d'apporter des conseils. Le ministère a mis en place une feuille de route pour la transformation digitale. Ils sont en train de voir eux-mêmes les forces et les faiblesses de l'écosystème numérique, quels acteurs, qui fait quoi et comment. C'est une volonté politique qu'on salue parce qu'il y en avait pas avant.

Peut-on s'attendre à l'implantation d'un CTID ici à Dakar ?
Pourquoi pas ! Nous sommes en train de réfléchir sur une stratégie, une feuille de route sur les cinq prochaines années. On va voir, par rapport à nos secteurs d'activités, comme s'implanter ou se consolider ou se restructurer.

On sait que Djibouti est la porte d'entrée de l'Afrique de l'Est dans une zone où il y a un fort climat d'insécurité et de conflits. qu'est-ce qui fait que Djibouti est épargné de ces tensions ?
Il y a peut-être une volonté divine. Mais je pense qu'il y a d'abord une vision de nos autorités. Je pense aussi que la position de hub de Djibouti est un intérêt stratégique pour les voisins qui sont en crise. Parce que nous leur servons de corridor. Donc il y a un intérêt pour Djibouti de consolider sa situation sécuritaire, mais il y a aussi l'intérêt des pays voisins et des puissances mondiales de faire en sorte que le pays soit stable.
"L'économie mondiale a intérêt à ce que Djibouti reste stable"

Djibouti c'est 1/3 du volume marchand maritime qui passe sur le Détroit de Bab el Mandeb (détroit séparant Djibouti et le Yemen, se traduit littéralement par "La Porte des lamentations", Ndlr). Donc s'il y a des problème à Djibouti, c'est l'économie mondiale qui peut être touchée. Il y a donc un intérêt pour tous les acteurs que Djibouti reste stable. Après il y a la volonté intrinsèque de la population qui est pacifique. C'est un pays très sécurisé où on peut circuler à n'importe quelle heure de la nuit sans être inquiéter. Je voudrais quand souligner qu'il y a quelques risques de violence qui sont importés. Par exemple, un pays comme l'Ethiopie qui est voisin avec Djibouti. Un géant de 105 millions d'habitants qui a toujours connu des crises. Beaucoup de populations de Djibouti viennent de la migration entre l'Ethiopie et la Somalie. Ils se trouvent que depuis une année, les crises communautaire éthiopiennes sont importées vers Djibouti. Et les communautés de Djibouti originaires de ces pays, dès qu'ils se passe quelque chose, commencent aussi à nourrir des animosités entre elles.
"Le CTID aide, par la formation, à prévenir les heurts communautaires"
Et d'ailleurs le programme sur lequel le CTID appuie le ministère de l'Intérieur avec le concours du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), c'est de mettre en place des activités, des initiatives pérennes portées par des hommes et des femmes pour lutter contre les heurts intercommunautaires, à travers l'art, la culture, le sport, l'entrepreneuriat pour faire comprendre aux jeunes qu'ils doivent être la solution et non le problème. Mais là où le bât blesse, c'est au niveau de la pauvreté. Imagine un ventre qui a faim, il peut faire n'importe quoi. Mais des jeunes qui ont une occupation et un travail n'auront pas le temps de se taper dessus. Heureusement l'Etat, à travers le ministère de l'Intérieur nous a suivi. Et j'espère que cela va déboucher sur des stratégies de cohésion sociale beaucoup plus large. Nous, en tant qu'incubateur, structure d'accompagnement et plateforme d'idées innovantes, pouvons aider les zones intercommunautaires à se développer et à se pacifier.

AYOBA FAYE

Samedi 18 Juin 2022 - 08:52


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