Sierra Leone: l'élection de Maada Bio, un tournant et une situation inédite

En Sierra Leone, l’opposant Julius Maada Bio vient d’être élu président de la République avec 51,81% des voix, contre 48,19% pour Samura Kamara, candidat du parti au pouvoir. Le moment de l'alternance a, semble-t-il, sonné après dix ans de pouvoir de l'APC. Le président Ernest Bai Koroma quitte son poste après ses deux mandats constitutionnels. C'est aussi un retour pour l'ancien militaire, qui a brièvement goûté au pouvoir en 1996 pendant la guerre civile, et le dénouement d’un scrutin particulièrement serré. Mais le SLPP ne dispose pas encore d’une majorité absolue au Parlement, une situation « inédite » selon plusieurs observateurs. Les résultats des élections générales marquent-ils un tournant dans la vie politique en Sierra Leone ?



C’est un véritable revirement dans les districts de Kono et de Freetown, analyse Andrew Lavali de l’Institut pour la réforme de la gouvernance. Ces deux fiefs traditionnels de l’APC auraient selon lui joué un rôle clef dans l’élection du leader du SLPP Julius Maada Bio.
 
« Même si vous pouvez voir des investissements très visibles à Freetown, comme la construction de routes, un grand nombre d'électeurs ont basculé en faveur de l'opposition en raison des faibles progrès dans la lutte contre la corruption, les injustices et de l'impunité qui règne », explique-t-il.
 
Mais alors, comment expliquer la victoire de l’APC aux élections locales et législatives ? Pour le politologue, il y a deux raisons principales : « Il y a encore 5 ans, les gens votaient pour le même parti, quelle que soit l'élection. Mais aujourd'hui ce n'est plus le cas. La deuxième raison, c'est le recensement de 2015 qui est problématique car tout a été fait pour gonfler les chiffres des zones favorables au gouvernement et faire baisser celles de l'opposition ».
 
Des heurts à Kenema et à Freetown
 
En tout cas, la situation est inédite avec un pouvoir exécutif qui pour l’instant ne bénéficie pas d’une majorité absolue au Parlement. A moins que les 16 leaders traditionnels, élus au suffrage indirect et qui siègent également à la chambre, ne prennent parti pour le nouveau pouvoir renversant ainsi la tendance.
 
« Comme nous sommes dans un régime présidentiel, le SLPP contrôlera l'exécutif, souligne Ibrahim Tommy, directeur exécutif du Centre pour la responsabilité et l'Etat de droit (CARL). Cependant, pour faire passer certaines lois comme le budget par exemple, les accords internationaux ou autre, il lui faudra la majorité des deux tiers. Donc si les 14 chefs traditionnels prennent parti pour le SLPP et qu'ils récupèrent les sièges controversés ainsi que les voix du C4C et du NGC, on arrive à 72, c'est-à-dire une majorité simple, pas une majorité des deux tiers, puisque le Parlement compte 124 sièges. Donc pour toutes les lois qui nécessitent une majorité des deux tiers, ils auront besoin du soutien de l'APC, c'est pourquoi je pense qu'il y aura beaucoup de tractations au sein du Parlement. »
 
Violences
 
Des affrontements ont éclaté jeudi 5 avril à Kenema dans le sud du pays, faisant au moins 6 blessés parmi les forces de l'ordre et plusieurs autres parmi les membres du SLPP blessés par balle. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent des policiers faisant usage d'armes à feu, poursuivis par une foule, certains violemment battus.
 
Selon une note d'Amnesty International, des tensions existent à Kenema entre la police et les militants du SLPP depuis 2015. L'ONG rappelle que les balles réelles ne devraient être utilisées qu'en ultime recours et demande une enquête, ainsi qu'un meilleur entrainement et équipement des forces de l'ordre.

Rfi.fr

Vendredi 6 Avril 2018 - 11:34



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