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Turquie: l’accident de Soma attise la tension sociale

Combien sont-ils encore bloqués sous terre ? Combien de mineurs sont encore en vie dans la mine de charbon de Soma ? Quarante-huit heures après le terrible accident, les recherches se poursuivent, mais les espoirs de retrouver des survivants sont de plus en plus minces. En Turquie, l’incendie de la mine de Soma a en tout cas ravivé les braises de la contestation.



Le bilan des victimes continue d’augmenter. Il est à présent de 282 morts, et les secouristes redescendent dans la mine. Un important dispositif est en train de se mettre en place, indiquant que les secouristes vont enfin pouvoir reprendre leurs recherches. Toute la nuit, ils se sont battus contre des fumées épaisses et irrespirables qui montaient de ces galeries et des deux puits de la mine de Soma.
Ce jeudi matin, après un important travail de ventilation, il semble que les équipes soient prêtes à repasser à l’assaut, en quelque sorte, des flammes de cet incendie. Il y a des dizaines de secouristes, avec leurs uniformes de toutes les couleurs, leurs casques, leurs lampes frontales et puis beaucoup de forces de sécurité, qui ont établi des cordons entre la sortie du puits et les premières ambulances.
Abdullah Gül attendu sur le carreau de la mine
Une trentaine d’ambulances sont prêtes à recevoir les premiers blessés ou peut-être, malheureusement, les prochains morts, puisqu’on ne sait toujours pas s’il reste des mineurs vivants au fond de cette mine de Soma.
Ce jeudi 15 mai le président Abdullah Gül est attendu sur le carreau de la mine. Hier le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’est rendu sur place. Une visite mouvementée, le chef du gouvernement ayant été vivement pris à partie. C’est probablement pour cette raison d’ailleurs, que d’importantes forces de police sont en train d’être déployées, forces de police, les forces antiémeutes, gendarmerie et même l’armée. L’heure de l’arrivée d’Abdullah Gül n’a pas été communiquée pour des raisons peut-être de sécurité, même si le président n’attirera pas sur lui autant d’animosité que le Premier ministre Erdogan.
Montée de la contestation
Pour la première fois depuis le début de son mandat probablement, le Premier ministre Erdogan a eu à affronter des incidents le visant personnellement physiquement dans le centre de la ville de Soma hier. Il a été pris à partie et quasiment molesté et il y a eu des bagarres entre ses assistants et les habitants de la ville.
Cette photo montrant un conseiller du Premier ministre Erdogan, Yusuf Yerkel, frappant un manifestant à Soma le 14 mai 2014 a fortement choqué le pays.REUTERS/Mehmet Emin Al/Depo Photo
La ville de mineurs, des militants de gauche aussi, lui reprochent une politique ultralibérale, de privatisations inacceptable pour les forces de gauche et les syndicats, qui ont décidé de prendre la contestation à bras le corps.
La contestation pourrait d’ailleurs bien reprendre aujourd'hui, avec un appel à la grève lancé par quatre syndicats, dont l'un des grands syndicats de la fonction publique. Des manifestations ont eu lieu sporadiquement à Istanbul et Ankara, la capitale, les participants ayant été appelés à se vêtir en noir.
Zone de turbulence
La contestation est nourrie par les déclarations de Recep Tayyip Erdogan qui a voulu déresponsabiliser son gouvernement en évoquant un accident de travail. Elle est amplifiée par ailleurs par les informations qui circulent, sur la proximité des propriétaires de la mine avec le pouvoir politique, les méthodes de travail douteuses sous terre depuis la privatisation des mines, et sur le refus du gouvernement de se pencher sur les conditions de travail des mineurs, ce qui avait été demandé par l'opposition il y a à peine deux semaines.
La Turquie entre donc dans une zone de turbulence. Début juin ce sera le premier anniversaire de la répression des grandes manifestations de Gezi, et en août s’ouvrira une période électorale, avec le scrutin présidentiel auquel devrait se présenter, sauf énorme surprise, le Premier ministre Erdogan.
La catastrophe de la mine de Soma pourrait bien polariser davantage la société turque, déjà divisée entre partisans et adversaires du Premier ministre.

RFI

Jeudi 15 Mai 2014 - 12:18