PressAfrik : Louise Mushikiwabo dirige l’OIF depuis 2019. Qu’a-t-elle réussi, selon vous ? Quelle appréciation faites-vous de son mandat ?
Dacian Cioloș : Elle a réussi à améliorer le fonctionnement interne de l’OIF. Certains textes élaborés au cours de ses mandats ont clarifié le mode de fonctionnement de l’organisation. Un processus de transparence a également été engagé.
Ce que je propose dans mon programme, c’est de m’appuyer sur ces acquis pour faire passer la Francophonie à une étape supérieure et rendre cette organisation encore plus efficace. Je souhaite que nous ayons, au sein de la Francophonie, un travail encore plus collectif, un véritable travail d’équipe, avec des États membres davantage impliqués.
Il existe donc déjà une bonne base, y compris grâce à la contribution de Mme Mushikiwabo. En réalité, chacun des Secrétaires généraux de la Francophonie a apporté une contribution spécifique. Mme Mushikiwabo a exercé deux mandats. Je pense qu’il est maintenant temps de passer à une étape supérieure.
Votre candidature est-elle une candidature de continuité, de correction ou de rupture ?
Ce que je propose, c’est de faire passer la Francophonie à une étape supérieure, avec une vision plus tournée vers l’avenir, une approche plus pragmatique, plus réaliste et davantage centrée sur les jeunes.
Je souhaite qu’au sein de la Francophonie, les États membres et tous les opérateurs soient davantage associés au travail collectif. Pour moi, le Secrétaire général de la Francophonie ne représente pas seulement l’OIF, qui est l’un des opérateurs de la Francophonie. Il doit représenter l’ensemble de la Francophonie.
J’aimerais donc que, dans cette nouvelle étape, le Secrétaire général joue davantage un rôle de modérateur et de coordinateur entre les opérateurs, les organisations, les associations et les États membres. Il faut faire de la Francophonie un véritable espace de coopération, et non seulement un espace d’écoute où l’OIF met des textes sur la table que les États membres discutent et améliorent.
Je souhaite que nous entrions dans un processus de co-construction, où les États membres soient davantage responsabilisés et impliqués dans le processus décisionnel de l’organisation, en lien avec les autres opérateurs de la Francophonie. C’est cela, ma vision d’une étape supérieure.
Votre programme promet une gouvernance plus transparente, un meilleur suivi des projets et une réduction des doublons institutionnels. Quels indicateurs publics proposeriez-vous pour mesurer l’efficacité de l’OIF ?
Il existe déjà des indicateurs. Ces dernières années, des améliorations ont été apportées en matière de transparence et de mise en œuvre des projets. Ce que je souhaite, c’est que nous soyons davantage orientés vers l’évaluation des résultats, avec des indicateurs permettant de mesurer l’impact concret des projets sur les bénéficiaires.
Bien sûr, le rôle du Secrétaire général n’est pas de faire du micro-management. L’organisation dispose de personnes compétentes. Mais je souhaite donner cette orientation à l’ensemble de la Francophonie, et pas seulement à l’OIF. Il existe parfois des doublons : des projets similaires sont financés par l’OIF, par l’Agence universitaire de la Francophonie ou conduits par d’autres organisations et associations du réseau francophone.
J’aimerais que nous ayons une meilleure visibilité de l’ensemble du tableau francophone, et que le Secrétaire général encourage davantage la collaboration, la coopération et la coordination entre les différents opérateurs et acteurs. Nous devons mettre en place des indicateurs permettant de mesurer les résultats de toutes ces actions coordonnées.
Par exemple, si l’OIF développe des programmes de formation, il faut s’assurer que ces programmes soient connectés à des projets de coopération économique pouvant être stimulés par les associations patronales ou les fédérations d’entrepreneurs francophones. L’OIF, comme organisation faîtière, pourrait assurer le suivi de ces différents projets et renforcer leur complémentarité. L’objectif est que les ressources utilisées produisent des résultats mesurables. Les instruments existent ; il faut les mettre en pratique et les appliquer à l’ensemble du réseau francophone.
Seriez-vous prêt à publier chaque année les budgets, les bénéficiaires et les évaluations indépendantes ?
À ma connaissance, certaines de ces informations sont déjà publiées sur le site de l’OIF et d’autres sont présentées aux États membres. Ce que je souhaite, c’est que cette publication ne se limite pas au nombre de projets financés, au nombre de bénéficiaires ou aux montants alloués. Il faut établir un fil rouge entre l’idée qui a justifié le lancement d’un projet, sa mise en œuvre et les résultats obtenus sur le terrain.
Par exemple, si des femmes entrepreneures sont formées, il faut pouvoir dire en quoi cette formation les a concrètement aidées à améliorer leur activité ou à lancer une activité entrepreneuriale. Il faut donc aller vers des indicateurs et des publications de données davantage orientés vers les résultats concrets.
Louise Mushikiwabo est candidate à un troisième mandat dans un contexte de tensions entre le Rwanda et la RDC autour de l’Est congolais. Comment éviter que l’élection du Secrétaire général ne devienne le prolongement de rivalités d’États ?
Je viens d’un pays qui n’a pas de conflit avec d’autres pays de la Francophonie. La Roumanie a toujours entretenu des relations de partenariat d’égal à égal avec les autres pays francophones, notamment avec les pays africains. Je suis un candidat qui vient avec une vision. Je pense que c’est la meilleure manière de s’assurer que les décisions au sein de la Francophonie soient prises sur la base d’une vision et du profil d’un candidat, et non en important à la tête de la Francophonie des tensions politiques propres à une région ou à une autre.
Cette neutralité permettrait aussi au Secrétaire général ou à la Secrétaire générale de jouer véritablement un rôle de médiateur crédible. Lorsque l’on dispose de cette neutralité et de cette capacité à discuter ouvertement, d’égal à égal, avec tous les États membres et toutes les régions de la Francophonie, l’organisation peut jouer un rôle de médiation. C’est ainsi que je vois ma candidature.
Je ne suis pas là pour juger les autres candidatures. Je suis là pour présenter la mienne. Il appartiendra aux chefs d’État et de gouvernement de juger et de prendre la décision finale.
L’OIF fait face à une double crise : celle du multilatéralisme et celle du financement. Où trouverez-vous de nouvelles ressources et comment éviter que les priorités soient fixées par les donateurs plutôt que par les États et les populations francophones ?
Au sein de la Francophonie, nous définissons nos objectifs avec les États membres, les opérateurs et les réseaux francophones. Une fois ces objectifs établis, rien ne nous empêche de chercher les moyens de financer des projets qui s’inscrivent dans ces priorités. Ces financements peuvent provenir des contributions des États membres, y compris de contributions volontaires, ou de bailleurs de fonds extérieurs.
Tant qu’il existe une convergence entre les objectifs de l’organisation et ceux de bailleurs externes, je ne vois pas de problème. Cela ne signifie pas que quelqu’un de l’extérieur impose ses priorités à la Francophonie, puisque c’est nous qui décidons d’aller, ou non, vers un bailleur de fonds.
D’après mon expérience, plusieurs bailleurs internationaux poursuivent des objectifs généraux qui rejoignent ceux de la Francophonie. Il est donc possible d’aller discuter avec eux, de négocier des partenariats stratégiques pluriannuels et de les convaincre de financer des projets conformes aux intérêts de la Francophonie.
Faut-il créer un mécanisme autonome de financement alimenté par les États membres eux-mêmes ?
Je ne vois pas précisément quel type de mécanisme autonome supplémentaire pourrait être créé. La Francophonie dispose déjà d’un budget soutenu par les États membres et approuvé par eux. Ce budget est ensuite réparti entre les différents opérateurs, qui assurent la mise en œuvre des programmes.
Avec les donateurs, comme je l’ai expliqué, il faut partir des objectifs définis au sein de la Francophonie. Lorsque nous constatons des convergences entre nos objectifs et ceux de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de la Commission européenne ou d’autres bailleurs internationaux, nous pouvons négocier avec eux.
Nous pouvons leur proposer que, sur certains objectifs qu’ils poursuivent aussi en Afrique, en Asie ou ailleurs, la Francophonie soit prête, à travers ses opérateurs, à assurer la mise en œuvre de projets communs. Il faut ensuite négocier les conditions dans lesquelles ces bailleurs transfèrent les financements nécessaires à des projets correspondant à des priorités arrêtées ensemble dans le cadre de programmes stratégiques pluriannuels.
Mais personne ne donnera de l’argent sans savoir où il va, quel est le degré d’efficacité du financement et quels résultats sont obtenus. C’est pourquoi il faut d’abord améliorer la gouvernance interne. Cela permettra d’attirer ce type de financement et de convaincre les bailleurs que les opérateurs de la Francophonie peuvent assurer une mise en œuvre efficace des projets convenus.
Vous connaissez les grands bailleurs européens. Quelle place donneriez-vous à l’Union européenne dans le financement des projets francophones en Afrique, sans que la Francophonie soit perçue comme un relais d’agendas européens ?
La Francophonie ne doit être perçue comme le relais de l’agenda d’aucune organisation internationale, pas seulement de la Commission européenne. J’ai aussi travaillé avec la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, ainsi qu’avec la Banque européenne d’investissement.
Il ne s’agit donc pas seulement de la Commission européenne. Il faut évaluer les agendas de plusieurs bailleurs internationaux, voir dans quelle mesure ils correspondent à certains objectifs de la Francophonie, puis négocier avec chacun d’eux des partenariats autour de priorités clairement définies.
Tant que nous définissons d’abord nos propres objectifs avant d’aller discuter avec ces partenaires, personne ne peut dire qu’un agenda extérieur nous est imposé. Nous n’allons pas leur demander ce qu’ils souhaitent financer pour décider ensuite ce que nous voulons faire. Nous définissons d’abord nos priorités, puis nous recherchons les organisations dont les objectifs sont similaires ou proches dans l’espace francophone, afin de leur proposer des mécanismes de partenariat.
Dans un contexte de recul démocratique dans plusieurs pays francophones, notamment avec des transitions militaires, des crises politiques et des tensions autour des libertés publiques, quelle doit être la ligne rouge de l’OIF ?
La ligne rouge, à mon avis, c’est de toujours maintenir ouverts les canaux diplomatiques, de communication et d’échange avec les pays francophones. Il faut d’abord traiter chaque cas de manière spécifique, en tenant compte de ses particularités, sans généraliser. Je pense que c’est ce que la Francophonie et l’OIF ont fait jusqu’à présent, et c’est ainsi que je vois les choses.
Il faut toujours garder des liens, y compris avec des pays qui traversent des difficultés du point de vue de l’OIF, et ne jamais empêcher les peuples francophones de continuer à échanger et à travailler ensemble.
L’OIF est une organisation de représentation politique, avec des valeurs et des principes à respecter et à faire respecter dans l’espace francophone. Mais il existe aussi d’autres opérateurs qui financent des projets très concrets. Je pense qu’il faut leur permettre de continuer à dérouler leurs programmes en lien avec les peuples et les communautés francophones, au-delà des difficultés politiques qui peuvent exister avec tel ou tel gouvernement.
La liberté de la presse, la viabilité économique des médias et la lutte contre la désinformation sont des enjeux cruciaux pour les médias francophones africains. Seriez-vous favorable à un fonds francophone dédié à l’innovation éditoriale, à la formation des journalistes et à la sécurité de la presse ?
Oui, je suis favorable à tout instrument pouvant aider la presse à mieux jouer son rôle, à être mieux informée et à lutter contre la désinformation. À ma connaissance, il existe déjà au sein de la Francophonie des instruments qui vont dans ce sens.
S’il faut discuter d’un instrument spécifique, comme vous le proposez, cela doit être fait avec les États membres, car ce sont eux qui décident du type d’outil financier qui peut être créé au sein de la Francophonie. Une telle proposition doit aussi être précédée d’une évaluation de ce qui existe déjà, afin de voir si les instruments actuels sont efficaces et comment ils peuvent être améliorés. Si un nouvel instrument est nécessaire, il devra être discuté avec les États membres.
Vous affirmez que l’Afrique est au centre de votre vision. Êtes-vous prêt à défendre une plus grande africanisation des postes de responsabilité, des centres de décision et des budgets opérationnels de l’OIF ?
Je l’ai déjà dit dès le début de la présentation de ma candidature : si je suis élu Secrétaire général, il me paraît normal et naturel de travailler en binôme avec une Africaine qui assurerait le rôle d’administratrice de l’OIF. Cela relève du choix du Secrétaire général, et je peux déjà l’assumer publiquement, comme je l’ai déjà fait.
Ensuite, au sein de l’OIF, je pense que nous devons veiller à une représentation équilibrée des nationalités des fonctionnaires, en fonction des États membres et des régions de la Francophonie. Mais cela doit aller de pair avec la compétence.
J’ai l’expérience de ce type de gestion. Lorsque j’ai exercé des responsabilités au niveau européen, dans une organisation qui comptait alors 28 États membres, je me suis assuré, dans les structures administratives placées sous ma responsabilité, qu’il y ait un équilibre entre les femmes et les hommes, ainsi qu’une représentation équilibrée des différentes nationalités. Mais le recrutement devait aussi reposer sur des critères de compétence très clairs. C’est de la même manière que je souhaite gérer les choses si je suis élu Secrétaire général.
Il faudra procéder en toute transparence, avec des critères de recrutement clairs. Parmi ces critères devra aussi figurer la proportionnalité de la représentation des différents pays membres de la Francophonie.
Comment éviter que cela ne reste une promesse de campagne ?
Par la redevabilité à laquelle je me suis engagé. Il faut communiquer sur ce qui est fait, expliquer pourquoi certaines décisions sont prises, puis soumettre l’organisation à des évaluations par les États membres ou à des évaluations externes dont les résultats seraient présentés.
Votre programme fait de l’autonomisation des femmes une priorité transversale. Quels indicateurs mesurables, quels budgets et quelle représentation des femmes dans la direction de l’OIF proposez-vous concrètement ?
Comme je l’ai expliqué, la représentation au sein des organisations doit reposer sur plusieurs critères, y compris l’équilibre entre les femmes et les hommes. Ensuite, à côté des jeunes, l’autonomisation des femmes est effectivement pour moi un objectif prioritaire.
Un programme très important a déjà été lancé par l’actuelle Secrétaire générale : « La Francophonie avec Elles ». Il doit être poursuivi, et je m’engage à le continuer. Il faut aussi voir comment l’améliorer, en l’orientant de manière plus pratique vers les opportunités économiques et entrepreneuriales, des domaines dans lesquels les femmes doivent être davantage présentes et soutenues.
Ma méthode de travail consiste à agir en partenariat avec les autres acteurs. Je serai donc ouvert aux idées venant du terrain, notamment de groupes de femmes qui estiment que la Francophonie peut les accompagner. Certains programmes doivent être poursuivis ; d’autres peuvent être mis en place, notamment dans les domaines de la formation, de l’employabilité et de l’implication économique des femmes.
Certains pourraient dire que votre candidature est celle d’un Européen venu expliquer à l’Afrique ce que doit devenir la Francophonie. Que leur répondez-vous ?
Je n’explique à personne ce que la Francophonie doit être. Je présente simplement ma vision et la manière dont j’envisage de travailler en équipe et en partenariat avec les autres, d’abord avec les États membres, puis avec les opérateurs, les organisations et les associations de la Francophonie.
J’explique aussi comment j’envisage le rôle du Secrétaire général. Le Secrétaire général n’est pas un président de la Francophonie. Il est au service des chefs d’État et de gouvernement, qui disposent du pouvoir de décision politique et fixent la ligne politique.
C’est ainsi que j’ai travaillé dans toutes les responsabilités que j’ai exercées, au niveau national en Roumanie comme au niveau international. Je ne viens pas comme représentant de l’Europe. D’ailleurs, je ne suis pas le candidat de l’Europe. Je suis un candidat présenté par la Roumanie, mais je sais très bien que si je suis élu Secrétaire général, je ne représenterai plus la Roumanie ni une région. Je représenterai l’ensemble de la Francophonie. C’est avec cet état d’esprit que je présente ma candidature et ma vision.
Si vous êtes élu, quels seraient, en 2030, les trois résultats incontestables qui justifieraient votre mandat ?
Je vous ai exposé ma vision et ce que j’ai l’intention de faire. Mais je ne serai pas un président qui décide seul et qui assume seul les résultats. Je serai un Secrétaire général qui proposera un travail d’action collective. Les résultats obtenus ne seront donc pas seulement ceux du Secrétaire général, mais ceux d’une équipe pilotée par lui.
Ce que je peux dire, c’est que je souhaite que, dans quatre ans, la Francophonie soit plus présente sur la scène internationale, avec une vision claire du multilinguisme et du multiculturalisme, afin que la Francophonie et la langue française aient toute leur place au niveau international.
Je souhaite aussi faire tout ce qui dépend de moi pour que les États membres qui le souhaitent puissent mieux travailler ensemble, ouvrir des espaces de coopération économique et commerciale, et faire de la Francophonie un espace d’opportunités.
Enfin, les jeunes et les femmes seront les catégories sociales prioritaires de mon mandat. Le focus restera sur l’Afrique, tout en veillant à ce que l’ensemble des pays francophones soient présents et impliqués.
Quel message souhaitez-vous faire passer aux Sénégalais et à l’ensemble des Africains ?
Ayez confiance dans la Francophonie et dans la langue française. Le français est un instrument de communication entre nos pays. Saisissez cette opportunité de travailler ensemble grâce à cette langue, avec des pays qui viennent de cultures et de continents différents, et qui peuvent aussi vous apporter des opportunités nouvelles que vous n’auriez pas autrement.
Dacian Cioloș : Elle a réussi à améliorer le fonctionnement interne de l’OIF. Certains textes élaborés au cours de ses mandats ont clarifié le mode de fonctionnement de l’organisation. Un processus de transparence a également été engagé.
Ce que je propose dans mon programme, c’est de m’appuyer sur ces acquis pour faire passer la Francophonie à une étape supérieure et rendre cette organisation encore plus efficace. Je souhaite que nous ayons, au sein de la Francophonie, un travail encore plus collectif, un véritable travail d’équipe, avec des États membres davantage impliqués.
Il existe donc déjà une bonne base, y compris grâce à la contribution de Mme Mushikiwabo. En réalité, chacun des Secrétaires généraux de la Francophonie a apporté une contribution spécifique. Mme Mushikiwabo a exercé deux mandats. Je pense qu’il est maintenant temps de passer à une étape supérieure.
Votre candidature est-elle une candidature de continuité, de correction ou de rupture ?
Ce que je propose, c’est de faire passer la Francophonie à une étape supérieure, avec une vision plus tournée vers l’avenir, une approche plus pragmatique, plus réaliste et davantage centrée sur les jeunes.
Je souhaite qu’au sein de la Francophonie, les États membres et tous les opérateurs soient davantage associés au travail collectif. Pour moi, le Secrétaire général de la Francophonie ne représente pas seulement l’OIF, qui est l’un des opérateurs de la Francophonie. Il doit représenter l’ensemble de la Francophonie.
J’aimerais donc que, dans cette nouvelle étape, le Secrétaire général joue davantage un rôle de modérateur et de coordinateur entre les opérateurs, les organisations, les associations et les États membres. Il faut faire de la Francophonie un véritable espace de coopération, et non seulement un espace d’écoute où l’OIF met des textes sur la table que les États membres discutent et améliorent.
Je souhaite que nous entrions dans un processus de co-construction, où les États membres soient davantage responsabilisés et impliqués dans le processus décisionnel de l’organisation, en lien avec les autres opérateurs de la Francophonie. C’est cela, ma vision d’une étape supérieure.
Votre programme promet une gouvernance plus transparente, un meilleur suivi des projets et une réduction des doublons institutionnels. Quels indicateurs publics proposeriez-vous pour mesurer l’efficacité de l’OIF ?
Il existe déjà des indicateurs. Ces dernières années, des améliorations ont été apportées en matière de transparence et de mise en œuvre des projets. Ce que je souhaite, c’est que nous soyons davantage orientés vers l’évaluation des résultats, avec des indicateurs permettant de mesurer l’impact concret des projets sur les bénéficiaires.
Bien sûr, le rôle du Secrétaire général n’est pas de faire du micro-management. L’organisation dispose de personnes compétentes. Mais je souhaite donner cette orientation à l’ensemble de la Francophonie, et pas seulement à l’OIF. Il existe parfois des doublons : des projets similaires sont financés par l’OIF, par l’Agence universitaire de la Francophonie ou conduits par d’autres organisations et associations du réseau francophone.
J’aimerais que nous ayons une meilleure visibilité de l’ensemble du tableau francophone, et que le Secrétaire général encourage davantage la collaboration, la coopération et la coordination entre les différents opérateurs et acteurs. Nous devons mettre en place des indicateurs permettant de mesurer les résultats de toutes ces actions coordonnées.
Par exemple, si l’OIF développe des programmes de formation, il faut s’assurer que ces programmes soient connectés à des projets de coopération économique pouvant être stimulés par les associations patronales ou les fédérations d’entrepreneurs francophones. L’OIF, comme organisation faîtière, pourrait assurer le suivi de ces différents projets et renforcer leur complémentarité. L’objectif est que les ressources utilisées produisent des résultats mesurables. Les instruments existent ; il faut les mettre en pratique et les appliquer à l’ensemble du réseau francophone.
Seriez-vous prêt à publier chaque année les budgets, les bénéficiaires et les évaluations indépendantes ?
À ma connaissance, certaines de ces informations sont déjà publiées sur le site de l’OIF et d’autres sont présentées aux États membres. Ce que je souhaite, c’est que cette publication ne se limite pas au nombre de projets financés, au nombre de bénéficiaires ou aux montants alloués. Il faut établir un fil rouge entre l’idée qui a justifié le lancement d’un projet, sa mise en œuvre et les résultats obtenus sur le terrain.
Par exemple, si des femmes entrepreneures sont formées, il faut pouvoir dire en quoi cette formation les a concrètement aidées à améliorer leur activité ou à lancer une activité entrepreneuriale. Il faut donc aller vers des indicateurs et des publications de données davantage orientés vers les résultats concrets.
Louise Mushikiwabo est candidate à un troisième mandat dans un contexte de tensions entre le Rwanda et la RDC autour de l’Est congolais. Comment éviter que l’élection du Secrétaire général ne devienne le prolongement de rivalités d’États ?
Je viens d’un pays qui n’a pas de conflit avec d’autres pays de la Francophonie. La Roumanie a toujours entretenu des relations de partenariat d’égal à égal avec les autres pays francophones, notamment avec les pays africains. Je suis un candidat qui vient avec une vision. Je pense que c’est la meilleure manière de s’assurer que les décisions au sein de la Francophonie soient prises sur la base d’une vision et du profil d’un candidat, et non en important à la tête de la Francophonie des tensions politiques propres à une région ou à une autre.
Cette neutralité permettrait aussi au Secrétaire général ou à la Secrétaire générale de jouer véritablement un rôle de médiateur crédible. Lorsque l’on dispose de cette neutralité et de cette capacité à discuter ouvertement, d’égal à égal, avec tous les États membres et toutes les régions de la Francophonie, l’organisation peut jouer un rôle de médiation. C’est ainsi que je vois ma candidature.
Je ne suis pas là pour juger les autres candidatures. Je suis là pour présenter la mienne. Il appartiendra aux chefs d’État et de gouvernement de juger et de prendre la décision finale.
L’OIF fait face à une double crise : celle du multilatéralisme et celle du financement. Où trouverez-vous de nouvelles ressources et comment éviter que les priorités soient fixées par les donateurs plutôt que par les États et les populations francophones ?
Au sein de la Francophonie, nous définissons nos objectifs avec les États membres, les opérateurs et les réseaux francophones. Une fois ces objectifs établis, rien ne nous empêche de chercher les moyens de financer des projets qui s’inscrivent dans ces priorités. Ces financements peuvent provenir des contributions des États membres, y compris de contributions volontaires, ou de bailleurs de fonds extérieurs.
Tant qu’il existe une convergence entre les objectifs de l’organisation et ceux de bailleurs externes, je ne vois pas de problème. Cela ne signifie pas que quelqu’un de l’extérieur impose ses priorités à la Francophonie, puisque c’est nous qui décidons d’aller, ou non, vers un bailleur de fonds.
D’après mon expérience, plusieurs bailleurs internationaux poursuivent des objectifs généraux qui rejoignent ceux de la Francophonie. Il est donc possible d’aller discuter avec eux, de négocier des partenariats stratégiques pluriannuels et de les convaincre de financer des projets conformes aux intérêts de la Francophonie.
Faut-il créer un mécanisme autonome de financement alimenté par les États membres eux-mêmes ?
Je ne vois pas précisément quel type de mécanisme autonome supplémentaire pourrait être créé. La Francophonie dispose déjà d’un budget soutenu par les États membres et approuvé par eux. Ce budget est ensuite réparti entre les différents opérateurs, qui assurent la mise en œuvre des programmes.
Avec les donateurs, comme je l’ai expliqué, il faut partir des objectifs définis au sein de la Francophonie. Lorsque nous constatons des convergences entre nos objectifs et ceux de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de la Commission européenne ou d’autres bailleurs internationaux, nous pouvons négocier avec eux.
Nous pouvons leur proposer que, sur certains objectifs qu’ils poursuivent aussi en Afrique, en Asie ou ailleurs, la Francophonie soit prête, à travers ses opérateurs, à assurer la mise en œuvre de projets communs. Il faut ensuite négocier les conditions dans lesquelles ces bailleurs transfèrent les financements nécessaires à des projets correspondant à des priorités arrêtées ensemble dans le cadre de programmes stratégiques pluriannuels.
Mais personne ne donnera de l’argent sans savoir où il va, quel est le degré d’efficacité du financement et quels résultats sont obtenus. C’est pourquoi il faut d’abord améliorer la gouvernance interne. Cela permettra d’attirer ce type de financement et de convaincre les bailleurs que les opérateurs de la Francophonie peuvent assurer une mise en œuvre efficace des projets convenus.
Vous connaissez les grands bailleurs européens. Quelle place donneriez-vous à l’Union européenne dans le financement des projets francophones en Afrique, sans que la Francophonie soit perçue comme un relais d’agendas européens ?
La Francophonie ne doit être perçue comme le relais de l’agenda d’aucune organisation internationale, pas seulement de la Commission européenne. J’ai aussi travaillé avec la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, ainsi qu’avec la Banque européenne d’investissement.
Il ne s’agit donc pas seulement de la Commission européenne. Il faut évaluer les agendas de plusieurs bailleurs internationaux, voir dans quelle mesure ils correspondent à certains objectifs de la Francophonie, puis négocier avec chacun d’eux des partenariats autour de priorités clairement définies.
Tant que nous définissons d’abord nos propres objectifs avant d’aller discuter avec ces partenaires, personne ne peut dire qu’un agenda extérieur nous est imposé. Nous n’allons pas leur demander ce qu’ils souhaitent financer pour décider ensuite ce que nous voulons faire. Nous définissons d’abord nos priorités, puis nous recherchons les organisations dont les objectifs sont similaires ou proches dans l’espace francophone, afin de leur proposer des mécanismes de partenariat.
Dans un contexte de recul démocratique dans plusieurs pays francophones, notamment avec des transitions militaires, des crises politiques et des tensions autour des libertés publiques, quelle doit être la ligne rouge de l’OIF ?
La ligne rouge, à mon avis, c’est de toujours maintenir ouverts les canaux diplomatiques, de communication et d’échange avec les pays francophones. Il faut d’abord traiter chaque cas de manière spécifique, en tenant compte de ses particularités, sans généraliser. Je pense que c’est ce que la Francophonie et l’OIF ont fait jusqu’à présent, et c’est ainsi que je vois les choses.
Il faut toujours garder des liens, y compris avec des pays qui traversent des difficultés du point de vue de l’OIF, et ne jamais empêcher les peuples francophones de continuer à échanger et à travailler ensemble.
L’OIF est une organisation de représentation politique, avec des valeurs et des principes à respecter et à faire respecter dans l’espace francophone. Mais il existe aussi d’autres opérateurs qui financent des projets très concrets. Je pense qu’il faut leur permettre de continuer à dérouler leurs programmes en lien avec les peuples et les communautés francophones, au-delà des difficultés politiques qui peuvent exister avec tel ou tel gouvernement.
La liberté de la presse, la viabilité économique des médias et la lutte contre la désinformation sont des enjeux cruciaux pour les médias francophones africains. Seriez-vous favorable à un fonds francophone dédié à l’innovation éditoriale, à la formation des journalistes et à la sécurité de la presse ?
Oui, je suis favorable à tout instrument pouvant aider la presse à mieux jouer son rôle, à être mieux informée et à lutter contre la désinformation. À ma connaissance, il existe déjà au sein de la Francophonie des instruments qui vont dans ce sens.
S’il faut discuter d’un instrument spécifique, comme vous le proposez, cela doit être fait avec les États membres, car ce sont eux qui décident du type d’outil financier qui peut être créé au sein de la Francophonie. Une telle proposition doit aussi être précédée d’une évaluation de ce qui existe déjà, afin de voir si les instruments actuels sont efficaces et comment ils peuvent être améliorés. Si un nouvel instrument est nécessaire, il devra être discuté avec les États membres.
Vous affirmez que l’Afrique est au centre de votre vision. Êtes-vous prêt à défendre une plus grande africanisation des postes de responsabilité, des centres de décision et des budgets opérationnels de l’OIF ?
Je l’ai déjà dit dès le début de la présentation de ma candidature : si je suis élu Secrétaire général, il me paraît normal et naturel de travailler en binôme avec une Africaine qui assurerait le rôle d’administratrice de l’OIF. Cela relève du choix du Secrétaire général, et je peux déjà l’assumer publiquement, comme je l’ai déjà fait.
Ensuite, au sein de l’OIF, je pense que nous devons veiller à une représentation équilibrée des nationalités des fonctionnaires, en fonction des États membres et des régions de la Francophonie. Mais cela doit aller de pair avec la compétence.
J’ai l’expérience de ce type de gestion. Lorsque j’ai exercé des responsabilités au niveau européen, dans une organisation qui comptait alors 28 États membres, je me suis assuré, dans les structures administratives placées sous ma responsabilité, qu’il y ait un équilibre entre les femmes et les hommes, ainsi qu’une représentation équilibrée des différentes nationalités. Mais le recrutement devait aussi reposer sur des critères de compétence très clairs. C’est de la même manière que je souhaite gérer les choses si je suis élu Secrétaire général.
Il faudra procéder en toute transparence, avec des critères de recrutement clairs. Parmi ces critères devra aussi figurer la proportionnalité de la représentation des différents pays membres de la Francophonie.
Comment éviter que cela ne reste une promesse de campagne ?
Par la redevabilité à laquelle je me suis engagé. Il faut communiquer sur ce qui est fait, expliquer pourquoi certaines décisions sont prises, puis soumettre l’organisation à des évaluations par les États membres ou à des évaluations externes dont les résultats seraient présentés.
Votre programme fait de l’autonomisation des femmes une priorité transversale. Quels indicateurs mesurables, quels budgets et quelle représentation des femmes dans la direction de l’OIF proposez-vous concrètement ?
Comme je l’ai expliqué, la représentation au sein des organisations doit reposer sur plusieurs critères, y compris l’équilibre entre les femmes et les hommes. Ensuite, à côté des jeunes, l’autonomisation des femmes est effectivement pour moi un objectif prioritaire.
Un programme très important a déjà été lancé par l’actuelle Secrétaire générale : « La Francophonie avec Elles ». Il doit être poursuivi, et je m’engage à le continuer. Il faut aussi voir comment l’améliorer, en l’orientant de manière plus pratique vers les opportunités économiques et entrepreneuriales, des domaines dans lesquels les femmes doivent être davantage présentes et soutenues.
Ma méthode de travail consiste à agir en partenariat avec les autres acteurs. Je serai donc ouvert aux idées venant du terrain, notamment de groupes de femmes qui estiment que la Francophonie peut les accompagner. Certains programmes doivent être poursuivis ; d’autres peuvent être mis en place, notamment dans les domaines de la formation, de l’employabilité et de l’implication économique des femmes.
Certains pourraient dire que votre candidature est celle d’un Européen venu expliquer à l’Afrique ce que doit devenir la Francophonie. Que leur répondez-vous ?
Je n’explique à personne ce que la Francophonie doit être. Je présente simplement ma vision et la manière dont j’envisage de travailler en équipe et en partenariat avec les autres, d’abord avec les États membres, puis avec les opérateurs, les organisations et les associations de la Francophonie.
J’explique aussi comment j’envisage le rôle du Secrétaire général. Le Secrétaire général n’est pas un président de la Francophonie. Il est au service des chefs d’État et de gouvernement, qui disposent du pouvoir de décision politique et fixent la ligne politique.
C’est ainsi que j’ai travaillé dans toutes les responsabilités que j’ai exercées, au niveau national en Roumanie comme au niveau international. Je ne viens pas comme représentant de l’Europe. D’ailleurs, je ne suis pas le candidat de l’Europe. Je suis un candidat présenté par la Roumanie, mais je sais très bien que si je suis élu Secrétaire général, je ne représenterai plus la Roumanie ni une région. Je représenterai l’ensemble de la Francophonie. C’est avec cet état d’esprit que je présente ma candidature et ma vision.
Si vous êtes élu, quels seraient, en 2030, les trois résultats incontestables qui justifieraient votre mandat ?
Je vous ai exposé ma vision et ce que j’ai l’intention de faire. Mais je ne serai pas un président qui décide seul et qui assume seul les résultats. Je serai un Secrétaire général qui proposera un travail d’action collective. Les résultats obtenus ne seront donc pas seulement ceux du Secrétaire général, mais ceux d’une équipe pilotée par lui.
Ce que je peux dire, c’est que je souhaite que, dans quatre ans, la Francophonie soit plus présente sur la scène internationale, avec une vision claire du multilinguisme et du multiculturalisme, afin que la Francophonie et la langue française aient toute leur place au niveau international.
Je souhaite aussi faire tout ce qui dépend de moi pour que les États membres qui le souhaitent puissent mieux travailler ensemble, ouvrir des espaces de coopération économique et commerciale, et faire de la Francophonie un espace d’opportunités.
Enfin, les jeunes et les femmes seront les catégories sociales prioritaires de mon mandat. Le focus restera sur l’Afrique, tout en veillant à ce que l’ensemble des pays francophones soient présents et impliqués.
Quel message souhaitez-vous faire passer aux Sénégalais et à l’ensemble des Africains ?
Ayez confiance dans la Francophonie et dans la langue française. Le français est un instrument de communication entre nos pays. Saisissez cette opportunité de travailler ensemble grâce à cette langue, avec des pays qui viennent de cultures et de continents différents, et qui peuvent aussi vous apporter des opportunités nouvelles que vous n’auriez pas autrement.
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Éducation : L'Inspection d'académie de Pikine-Guédiawaye dévoile le calendrier officiel du CFEE 2026





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