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Accès des femmes aux crédits et mécanismes de financement: Réelle volonté politique ou chantage électoral déguisé

Alors que le Sénégal s'apprête à choisir un homme, parmi cinq candidats, pour présider aux destinées de la République les cinq (5) prochaines années, PressAfrik a cherché à savoir comment et pourquoi les femmes de cette nation sont financées. Surtout à l'approche d'un événement aussi crucial que l'élection présidentielle. Souvent qualifiées de "championnes de la mobilisation", par les leaders politiques, ces femmes échappent difficilement aux subterfuges de ces derniers pour les enrôler. Par exemple, l'accès des femmes aux financements de La Délégation générale d'entrepreneuriat rapide (DER), lancée par le Président Macky Sall en 2018, a suscité notre curiosité.



Les financements qui ont pour objectif d’appuyer et de dynamiser l’entrepreneuriat de toute personne demandeuse, sont-ils un instrument de campagne ? Ceux octroyés aux femmes par la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide (DER) à moins d’un an de la présidentielle 2019, ont attiré notre attention.

Vendredi 1er février 2019, la campagne électorale va s'ouvrir dans moins de 48 heures, le jardin public de Rufisque, situé en face de l’hôtel de la ville, accueille des milliers de femmes, toutes des membres de partis ou de mouvements politiques. Venues nombreuses à la cérémonie de lancement, ces femmes informent avoir reçu un message de ladite Délégation, leur informant que leur demande d’accès au crédit a été acceptée. 
"Les financements ont débuté pendant la période du parrainage"
Interrogée, une responsable d’un mouvement politique au niveau de Rufisque,  explique le procédé par lequel elle est passée pour valider son financement par la DER.

« L’histoire des financements a démarré lorsqu’on a commencé à collecter les signatures pour le parrainage (la collecte des signatures pour le parrainage a débuté le lundi 27 août 2019, ndlr). Nous avons reçu des fiches pour y mettre le nom, le numéro de la carte d’identité et les signatures de 10 personnes sur chaque fiche pour après les déposer au niveau de la DER, via notre président du mouvement. Et, c’est le 1er février 2018, qu’on nous a invité dans ce jardin public, pour procéder au lancement de ce financement-là», raconte-t-elle. 

Sous couvert de l’anonymat, cette jeune femme, environ la trentaine d’ajouter : «On nous a financés sur la base de notre mouvement politique qui soutient le pouvoir en place (Alliance pour la République). Si c’est une demande individuelle, la personne peut recevoir entre 100 000 jusqu’à 500 000 F Cfa. Mais, par contre, si, c’est des groupements ou projets bancables, les financements peuvent aller de 5 à 10 millions de F Cfa, mais ce n’est pas notre cas». 

Et, poursuit-elle : « d’habitude, les dossiers des demandes de financement déposés (auprès des structures étatiques) prennent trop de temps avant que le demandeur ne reçoive l’argent, mais cette fois-ci, cela n’a même pas pris cinq (5) mois, entre la date d'inscription sur ces listes-là, et le réception du message pour nous informer que la DER a accepté notre demande ».

Sa copine, habillée en tee-shirt marron-beige sur lequel on voit aisément la photo de la Première dame, Marième Faye Sall et qui requiert l’anonymat, explique que, « les retards étaient souvent causés par le fait que tous les responsables de l’Apr voulaient tous intégrer leurs militants et avoir des financements». 
« J’ai décidé d’intégrer les partis politiques pour uniquement bénéficier des financements de l’Etat»

Pis, informe-t-elle : « si vous n’avez pas d’appui, c’est-à-dire, un bras long faisant parti du camp présidentiel, vous n’accédez pas facilement à ces crédits». La jeune femme de renseigner : «J’ai une copine qui habite aux Parcelles Assainies et avait déposé une demande depuis des années, mais jusque-là, elle n’a pas eu de retour. Et c’est la raison , pour laquelle moi, personnellement, j’ai décidé d’adhérer à ces mouvements politiques uniquement pour accéder à ces financements». 

Accès des femmes aux crédits et mécanismes de financement: Réelle volonté politique ou chantage électoral déguisé
«Nous n'allons pas voter pour le président sortant, si l’argent que la DER nous a promis n’est pas versé. »
Des femmes rencontrées dans les quartiers périphériques de Rufisque et qui avaient reçu un message de la DER depuis le 1er février, ruent sur les brancards. À moins d’une semaine du scrutin présidentiel, ces femmes âgées entre 25 et 60 ans, font des allers-retours auprès des établissements financiers chargés de décaisser ces financements (Crédit mutuel du Sénégal), implantées dans le département de Rufisque, pour vérifier si l’argent a été viré ou non. Que nenni. On les informe que leurs noms ne figurent pas toujours sur la liste. Et, qu’elles devaient encore passer le mercredi 20 février pour vérifications. 

Très, en verve, ces dames se disent prêtes à ne pas voter pour le Président sortant, si l’argent que la DER leur a promis, n’est pas versé. Parce que, expliquent-elles, « c’est à cause de cette élection que leur demande a été acceptée ».
Des avis divers des leaders politiques sur les financements de la Der

L’accès aux crédits octroyés par la DER a été au cœur du débat organisé par a la Fondation Rosa Luxemburg, en partenariat avec l’ONG Femmes Éducation Culture Santé et Développement en Afrique (FECSDA), entre les responsables jeunes des 5 candidats en lice pour la présidentielle du 24 février 2019. Lors de cette audition, un des responsables jeunes, du camp de l’opposition a vivement dénoncé le modus operandi de la DER.

« La DER ne finance que ceux qui font partie de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY). On n'a jamais vu un membre de l’opposition ou une personne lambda bénéficier des financements de cet organisme», peste Moustapha Koundoul, représentant de la coalition Madické 2019. 
Venu défendre le programme du président Macky Sall, Zator Mbaye de rétorquer : « C’est faux. La DER est là pour tout le monde ».

Accès des femmes aux crédits et mécanismes de financement: Réelle volonté politique ou chantage électoral déguisé
« Faire miroiter des financements ou des crédits aux femmes en période de veille électorale, c’est une forme de corruption »
Sagar Diouf Traoré, Chargée des élections, Secrétaire nationale chargée des Relations internationales dans le parti And/Jef PADS, et membre de la commission nationale de la coalition Idy 2019, donne son avis par rapport à ces financements pré-électoraux. 

«Le fait que l’Etat finance des Femmes dans des projets ou des programmes relavant d’un ministère, c’est une chose tout à fait normale et naturelle, parce que dans les plans de certains ministères surtout celui de la Femme ou de l’Entrepreneuriat, il est constamment prévu des financements pour assurer l’autonomisation ». 
«Ce qui peut semer le doute dans les esprits, c’est de devoir attendre la veille d’élection dans un pays, pour se lancer de façon effrénée dans une course de financement aux femmes ». 
« Nous savons tous que la femme est une sorte d’actrice dans le vote, c’est elle qui se charge souvent de la mobilisation, donc, la femme est assez importante dans ce cadre-là. Alors passer par ce biais pour octroyer des financements pour attirer la femme dans tel ou tel camp, cela pourrait un peu semer le doute ». 

«Si on va jusqu’à remettre aux femmes des crédits ou des financements en veille d’élection, c’est une sorte de corruption, elle peut être active ou passive. Sur ce, j’appelle ces femmes à être extrêmement vigilantes. Qu’on ne puisse pas abuser de leur naïveté, qu’elles soient très regardantes par rapport à ce qu’elles font en période pré-électorale et de ne pas donner à n’importe qui, sa pièce d’identité. Parce que lorsqu’on a envie de financer une femme, on n’a pas besoin systématiquement de garder par-devers soi la pièce d’identité de la personne concernée ».

Oumar Ndoye , Directeur des études de la Der:  «Aucunement la DER n’est liée à la politique »
 
 «Des études faites par l’ANSD ont montré que 44% de la population sénégalaise sont jeunes. Et, du point de vue genre, 51% sont des femmes. Et, sur cette base, l’Etat a mis en place, après le Fongip (le Fonds de garantie d’investissement prioritaire) et l’Anpej (Agence Nationale pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes), un nouveau outil qui est la DER pour accompagner les jeunes et les femmes», tient à préciser le Directeur des études de ladite Délégation. 

Oumar Ndoye, d’expliquer : «Nous avons des guichets au niveau de la DER, le premier, c’est le guichet d'automatisation où l'on peut financer de 10 000 à 500 000 F Cfa et pour en bénéficier, il demande des informations factuelles, c’est-à-dire, le nom, prénom, l’activité, c’est des informations élémentaires qu’on demande à la personne».

A la question de savoir pourquoi des fiches de 10 personnes ont été distribuées durant la période du parrainage pour des inscriptions sur la liste des financements de la DER, M. Ndoye de répondre : « ce n'est pas lié au parrainage parce qu’on a démarré les dépôts des dossiers depuis le 15 mai 2018 alors que le parrainage, c’était au mois d’août (le 26 août). Et, on a clôturé les dépôts officiellement le 6 août (2018) et il fallait arrêter les dépôts, traiter les dossiers , financer et ensuite ré-ouvrir les dépôts. On a fait le tour des 45 départements. Et, après, on a mis des comités d’investissement régionaux dans les 14 régions et après ça, il fallait faire des cérémonies de remises de financement. On procédait par département, Dakar, Pikine, Guédiawaye. Et, c'est dans ce cadre qu'on a organisé une cérémonie de lancement des financements au niveau de Rufisque le 1er février dernier». 

«Ceux qui font un mauvais procès à la DER, et dire que la DER a fait des financements politiques, c’est tout à fait faux. Premièrement, ce ne sont pas des financements politiques, deuxièmement, les financements seront remboursés par A ou B, troisièmement, notre objectif, c’est de créer des emplois. Et les lenteurs dans la distribution de l’argent, sont liées au fait qu’il faut vérifier d’abord le profil du bénéficiaire avant de lui remettre l’argent, c’est tout un processus. Aucunement, la DER n’est liée au politique ». 
 

Aminata Diouf

Samedi 23 Février 2019 - 12:39



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