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Birmanie: la jeunesse en première ligne, la démocratie à tout prix

La jeunesse birmane connectée n'hésite pas à protester avec des slogans percutants, qui trouvent un large écho sur les réseaux sociaux. Les jeunes manifestants qui défilent dans les rues contre le coup d'État du 1er février gagnent l’attention de la communauté internationale grâce à leurs costumes ou encore leurs affiches colorées, lourdes de sens. RFI a pu s’entretenir avec certains d’entre eux.



« Nous voulons juste retrouver notre liberté, explique Lucas, un étudiant de 23 ans, qui manifeste tous les jours depuis une semaine, mais non sans craintes. Ils peuvent venir chez nous la nuit pour nous arrêter, et nous avons tellement peur. Peur d’être arrêté ou pire encore. Regardez cette jeune fille qui manifestait et qui s’est pris une balle dans la tête l’autre jour. Ça pourrait être n’importe qui, ça pourrait être moi, ça pourrait être mon ami. »
 
Lucas, comme un grand nombre de Birmans aujourd’hui, manifeste contre le coup d'État de l’armée et le régime que les militaires souhaitent établir.
 
« Ce n’est pas ce que nous voulons, confie-t-il. Nous ne voulons pas vivre dans la peur. C’est une question de vie ou de mort à ce stade. Si nous perdons, nous allons vivre sous un nouveau régime militaire et nous vivrons dans la peur et nous n’aurons pas d’avenir. Si nous gagnons, on se débarrassera des militaires une bonne fois pour toute et nous aurons un avenir meilleur. »
 
Génération connectée
Un avenir meilleur, c’est une des raisons pour lesquelles les jeunes descendent dans les rues du pays. Et pour être sûr que l’on parle d’eux, ils n’hésitent pas à revêtir robes de princesses et costumes de Spiderman. C’est une génération connectée à internet et ils le revendiquent.
 
« Nous avons vu ça lors de manifestations en Thaïlande ou à Hong Kong, afin d’attirer l’attention des médias internationaux, raconte Tom, un étudiant de 21 ans. Les trois doigts en l’air, ça vient du film Hunger Games. En tant que jeune génération connectée au monde entier, ce geste des trois doigts est un symbole de résistance contre le coup d'État militaire. »
 
Ces jeunes font preuve d’une grande créativité lors des manifestations, notamment avec des pancartes pleines d’esprit.
 
« On sait bien que les manifestations traditionnelles font moins de "buzz", explique l’auteur Frédéric Debomy. Là, c’est très intéressant effectivement : quand on voit un couple de mariés avec une femme en robe de mariée blanche afficher sur un panneau devant sa robe : "Notre mariage peut attendre, mais pas la démocratie", des choses comme ça, c’est très porteur et du coup c’est très relayé sur la toile. »
 
Inspirés des films américains, tels ceux de la franchise Marvel, ce sont des jeunes qui ont grandi en Birmanie à un moment où l’accès à la culture, notamment occidentale, était permis tout comme l’ouverture des réseaux sociaux. « Il y a vraiment cette volonté de montrer qu’ils font partie d’une culture mondialisée, explique Chloé Baills, doctorante en sociologie politique à l'École pratique des hautes études. Ils refusent de retourner dans un âge sombre de la dictature fermée du reste du monde comme cela a été le cas dans le passé. »
 
Frédéric Debomy assure par ailleurs qu’il y a une conscience évidente que le monde regarde et qu’il faut que le monde continue à regarder « puisque tout cela est écrit très largement en anglais. Il y a une inventivité très frappante sur le côté un peu pop culture ce qui est très malin. »
 
Soif de liberté
Malins, audacieux, et « impertinents », précise l’anthropologue et enseignante-chercheuse à l’Inalco, Alexandra de Mersan. « Ce sont des personnes qui ont grandi, qui se sont construites en tant qu’adultes dans un pays où ils avaient la possibilité de s’exprimer sans avoir peur. Ils sont moins obéissants, et ils sont provoc’. »
 
Pour la chercheuse, leurs références sont plus nombreuses comparé aux générations précédentes qui ne bénéficiaient pas d’une telle ouverture sur le monde. « Ce mouvement de désobéissance civile - il n’y a pas d’expression en Birman pour "désobéissance civile" - ils sont en train d’inventer, d’aller puiser, ils se sont nourri d’ailleurs. Et ils ont des références qui dépassent le cadre de la Birmanie. Cette idée de désobéissance civile, c’est nouveau. »
 
Cependant, la peur d’une répression violente est omniprésente. C’est la raison pour laquelle « ils changent de stratégie au fur et à mesure que le mouvement avance », selon Chloé Baills. Ils investissent l’espace public en s’asseyant par terre, en se déguisant, en se mettant sur des canapés, ou dans des piscines gonflables, posées à même le sol.
 
« Ils organisent des pique-niques dans les parcs en tenant des pancartes anti-coup d’État, anti-dictature. C’est une autre façon d’investir l’espace public. C’est assez intéressant et assez créatif et cela s’inscrit dans une volonté de continuer à manifester mais d’une autre forme et d’éviter d’être la cible de violence de la part des militaires. »
 
La colère est palpable chez les jeunes. Malgré la peur de l’armée, leur besoin de liberté et surtout de démocratie leur donne l’élan nécessaire pour poursuivre la contestation.
 
« J’ai un peu peur, mais je pense que c’est notre devoir. C’est le moment de tout donner. Car si nous n’allons manifester pas dans la rue, ils ne partiront jamais du pouvoir », conclut Lucas.

RFI

Vendredi 12 Février 2021 - 10:49


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