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Ces États clés que Biden veut faire revenir dans le giron démocrate

Le candidat démocrate à la Maison Blanche, Joe Biden, qui reste favori dans les sondages à ce jour face à Donald Trump, espère récupérer trois États clés qui avaient basculé côté républicain en 2016 : le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.



Ces États clés que Biden veut faire revenir dans le giron démocrate
Depuis une semaine, Joe Biden est de retour sur le terrain. Le candidat démocrate à la Maison Blanche, qui avait depuis le début de la pandémie de coronavirus décidé de faire campagne dans le sous-sol de sa maison du Delaware, ne pouvait plus se contenter de messages vidéo ou de petites sorties dans sa ville de Wilmington. Son équipe a prévenu qu'il allait concentrer ses déplacements dans les États clés de cette présidentielle. Sa colistière Kamala Harris fera de même.

Les démocrates ont notamment les yeux rivés sur trois États perdus sur le fil en 2016 : le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Les sondages de ces derniers mois montrent que ce morceau de "mur bleu" brisé par Donald Trump il y a quatre ans pourrait bien être reconstruit. Mais il reste moins de deux mois de bataille acharnée avant le 3 novembre. Et si Joe Biden a appris une chose de la précédente campagne, c'est qu'il faut s'attendre à tout, surtout dans ces États-là.

Donald Trump va chercher à recruter davantage d'électeurs parmi les blancs et les ouvriers [blancs], tandis que Joe Biden aura besoin d'une participation solide dans les grandes villes, notamment de la part des Afro-Américains et des Latinos. La bataille se jouera aussi dans les banlieues, où les démocrates grignotent de plus en plus le vote républicain.

Sept points d'avance au niveau national

Au niveau national, les sondages se sont légèrement resserrés, mais l'ex-vice-président de Barack Obama maintient environ 7 points d'avance sur son rival républicain. L'écart n'est en revanche que de 3 points en moyenne dans les États clés, selon les données compilées par le site RealClearPolitics. La campagne de Joe Biden a dévoilé vendredi sa stratégie globale pour la dernière ligne droite : continuer à concentrer son message sur la crise économique et la crise sanitaire. Il s'agit de convaincre les électeurs que ces deux fléaux sont liés à la mauvaise gestion du président.

Ces thèmes résonnent plutôt bien en Pennsylvanie, où Joe Biden dispose d'une avance de 3,9 points en moyenne. Il est notamment donné favori parmi les retraités et les habitants des banlieues – des électorats qui s'étaient pourtant tournés vers Donald Trump en 2016. Pour Robert Speel, professeur de science politique à l'université Penn State Behrend, le candidat doit faire attention aux spécificités géographiques de ce grand État très divers qui fournit 20 grands électeurs sur les 270 nécessaires pour l'emporter en novembre.

"Dans la région de Philadelphie, il va devoir se concentrer sur le danger que représenteraient quatre années supplémentaires de Donald Trump, affirme-t-il à France 24. Dans la région de Pittsburgh, en revanche, il doit mettre l'accent sur le fait qu'il n'est pas pour l'interdiction pure et simple de la fracturation hydraulique [technique utilisée pour extraire le gaz de schiste, NDLR], malgré les accusations des républicains en ce sens." Kamala Harris, elle, a exprimé son soutien à l'interdiction de cette technique. Un positionnement qui rend la tâche compliquée pour la campagne démocrate.

Le terrain avant tout

Le politologue estime toutefois qu'au-delà des thèmes de campagne, c'est la présence sur le terrain qui comptera le plus. "Il faut qu'il trouve un moyen, malgré la pandémie, de visiter davantage de régions de Pennsylvanie que Hillary Clinton en 2016. Elle a passé son temps entre Philadelphie et Pittsburgh, les deux agglomérations les plus peuplées, alors que Donald Trump a fait campagne dans beaucoup de petites villes." Or ce sont ces petites villes qui lui ont offert sa marge de victoire (44 000 voix seulement) il y a quatre ans, note Robert Speel.

En Pennsylvanie, Joe Biden a pour atout d'être né dans la ville ouvrière de Scranton. C'est aussi une figure bien moins haïe que celle de Hillary Clinton, et il est plutôt modéré idéologiquement. Il s'est déjà rendu plusieurs fois dans cet État situé de l'autre côté du fleuve Delaware. Et les démocrates ont décroché trois nouveaux sièges en Pennsylvanie lors des élections de mi-mandat en 2018, signe que l'État pourrait basculer à nouveau.

"Joe Biden a vraiment une chance [d'être le vainqueur en Pennsylvanie en novembre]", estime Robert Speel. Dans le comté d'Erie, où se trouve son université, dans le nord-ouest de l'État, les démocrates dominaient entre 1988 et 2012 et Donald Trump l'a emporté sur le fil en 2016. Cette année, selon Robert Speel, "la ville d'Erie votera très fortement pour Biden, les zones rurales du comté voteront fortement pour Trump, mais ce dernier bénéficie d'un soutien moindre qu'il y a quatre ans dans les banlieues. Cela correspond à la tendance qu'on observe à travers la Pennsylvanie et le pays entier."

Vote par correspondance

La question du vote par correspondance pourrait cependant créer des difficultés en Pennsylvanie. Cet État a adopté une loi l'année dernière permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter par courrier, sans en expliquer la raison. La pandémie a poussé beaucoup d'habitants, en particulier des démocrates, à faire ce choix. Ce sera donc la première fois qu'un si grand nombre de bulletins devront être comptés en Pennsylvanie, explique Robert Speel. Difficulté supplémentaire : le dépouillement ne pourra s'effectuer que le jour du vote, pas avant. "Si jamais les résultats de la présidentielle devaient dépendre de la Pennsylvanie, un délai de deux semaines pour annoncer un vainqueur pourrait créer le chaos au niveau local et national", estime le politologue.

Le même problème pourrait survenir dans le Wisconsin, où là aussi les bulletins doivent rester scellés jusqu'au jour J. "Les chiffres du vote en personne seront annoncés d'abord, et le 'vainqueur' pourrait donc changer une fois que les votes par courrier sont comptés", explique à France 24 Thomas M. Holbrook, professeur de sciences politique à la l'université du Wisconsin-Milwaukee.

Joe Biden dispose d'une avance assez confortable sur Donald Trump dans cet État : 5 points en moyenne, selon Real Clear Politics. Là encore, c'est surtout sur le dispositif de terrain que le candidat fera la différence, selon Thomas M. Holbrook. "Le travail de terrain de Hillary Clinton [qui a perdu l'État à moins d'un point d'écart face à Donald Trump, NDLR]  n'était pas aussi appuyé que celui de Barack Obama quatre ans plus tôt", relève-t-il. À vrai dire, la candidate n'y a jamais fait campagne en 2016 et a préféré envoyer son colistier Tim Kaine à sa place.

Kenosha dans toutes les têtes

Le Wisconsin, qui comprend les villes progressistes de Milwaukee et de Madison, des zones rurales au nord et à l'ouest de l'État et des banlieues blanches dans les interstices, a été le théâtre de violences ces dernières semaines. C'est là que se situe la ville de Kenosha, où Jacob Blake, un Afro-Américain, a été paralysé après s'être fait tirer dessus par la police. Son histoire a provoqué de vives manifestations qui ont dégénéré en affrontements avec des milices d'autodéfense. Deux personnes ont ainsi été tuées par un jeune de 17 ans lourdement armé.

Donald Trump s'est appuyé sur ces événements pour marteler son slogan, "la loi et l'ordre", et pour accuser les villes gérées par les démocrates d'être débordées par les "anarchistes". Si le soutien au mouvement Black Lives Matter a diminué dans les sondages menés dans le Wisconsin à la suite de l'épisode de Kenosha, la popularité de Donald Trump n'a pas re-décollé pour autant.

"Le problème pour le président, c'est que les émeutes à Kenosha et dans d'autres parties du pays se déroulent sous son mandat, analyse Thomas M. Holbrook. C'est donc bien plus facile pour Biden de dire que Trump est en partie à l'origine de ce chaos que pour Trump de renverser l'accusation. Cette tactique de Trump vise peut-être moins à lier Biden aux émeutes qu'à envoyer un message de soutien à certains éléments de la communauté blanche."


Les cols bleus du Michigan

Dans l'État voisin du Michigan, Joe Biden dispose d'une avance de 3,3 points en moyenne. Cet État représente un traumatisme pour les démocrates : Hillary Clinton l'a perdu à 10 704 voix près en 2016. "Si Joe Biden perd le Michigan, cela sera une preuve supplémentaire que le parti aura du pain sur la planche dans le futur pour rallier les, jadis, fidèles électeurs démocrates du Midwest industriel, estime Robert Yoon, professeur de journalisme à l'université du Michigan interrogé par France 24. L'enjeu pour Trump est encore plus grand. S'il perd le Michigan cette année, il aura du mal à être réélu."

Comme en Pennsylvanie et dans le Wisconsin, Joe Biden tente dans le Michigan de ramener à lui les cols bleus syndiqués, des électeurs traditionnellement démocrates, mais qui ont voté pour Donald Trump en 2016, continue Robert Yoon. "Il mentionne souvent ses propres origines ouvrières et attaque Donald Trump sur les effets dévastateurs sur l'économie de sa gestion de la pandémie. Bien que Biden soit plus modéré que beaucoup dans son parti sur les sujets du commerce et de la Chine, il se doit de répondre aux attaques de Trump qui estime que son programme provoquera des délocalisations."

Comme dans beaucoup de centres urbains du pays, la façon dont Joe Biden s'adresse à la communauté afro-américaine des villes de Detroit et de Flint sera elle aussi cruciale, ajoute Robert Yoon. "Il s'agit en général d'un électorat plutôt fidèle, mais en 2016, ils ont beaucoup moins voté et ont contribué à la défaite d'Hillary Clinton. Joe Biden va devoir faire en sorte de motiver ces électeurs et de ne pas considérer leur soutien comme acquis." Le comté de Wayne, qui comprend Detroit, sera ainsi crucial pour les démocrates : Barack Obama l'avait emporté avec 382 032 voix en 2012, contre 290 388 voix pour Hillary Clinton en 2016. En poussant la participation dans ce comté, Joe Biden pourrait donc ravir le Michigan.

Le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie ne sont pas les seuls États clés cette année. Les observateurs s'intéressent aussi à l'Arizona, la Caroline du Nord, la Floride, la Georgie, l'Ohio et peut-être même le Texas. Joe Biden a réservé des spots publicitaires dans une quinzaine d'États tandis que Donald Trump a fait de même dans 11 États, signe que le terrain de jeu est vaste et que le démocrate joue davantage en attaque qu'en défense.

France24

Jeudi 10 Septembre 2020 - 09:38



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