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«Chine – Afrique» au Centre Pompidou: «Une histoire qui nous concerne»

Comment composer une histoire globale de l’histoire de l’art ? Aujourd’hui, il ne suffit plus d’intégrer les arts extra-occidentaux dans le récit de l’art occidental. Mercredi 4 mars ouvre au Centre Pompidou-Paris « Chine-Afrique ». L’exposition explore les relations entre plusieurs ailleurs – qui nous bouleversent aussi.



Chine – Afrique n’est pas une exposition-fleuve avec une centaine d’œuvres, mais plutôt une fenêtre ouverte pour découvrir un laboratoire de recherche. Une dizaine d’artistes venus d’Afrique, de Chine, mais aussi de France, de Taïwan et de Thaïlande, proposent des œuvres très conceptuelles pour déconstruire les imaginaires autour de la notion Chine – Afrique. Entretien avec Alicia Knock, une des deux commissaires de l’exposition.
 
RFI : 30 ans après Les Magiciens de la Terre qui avait fait tomber les frontières de l’art occidental, est-ce que Chine – Afrique souhaite devenir à son tour une exposition de « rupture » ?
 
Alicia Knock : Chine – Afrique s’inscrit effectivement dans une histoire qui est aussi celle du Centre Pompidou, où il y a eu Les Magiciens de la Terre en 1989, mais surtout Africa Remix en 2006 et Modernités plurielles en 2013, qui essayait de redéfinir et d’ouvrir la notion de modernité à des territoires extra-occidentaux. Donc, Chine – Afrique continue l’histoire et essaie de la reprendre. Il s’agit d’affirmer un axe de travail qui réfléchit à l’articulation de récits extra-occidentaux.
 
Vous vous intéressez particulièrement à l’art moderne et contemporain africain ?
 
Oui, ce projet-là est aussi un manifeste dans ce sens, puisque Chine –Afrique s’intéresse aussi à une histoire transnationale. Quand on s’intéresse à une histoire qui semble être ancrée géographiquement, finalement, cela nous amène toujours à nous questionner sur nous-mêmes. Au départ, ce qui nous a vraiment motivés pour lancer ce projet, c’était d’interroger un lien qui a l’air de nous mettre de côté - nous, le monde occidental. Chine – Afrique, c’est l’histoire d’une amitié d’abord idéologique, politique, qui s’inscrit dans l’histoire marxiste, puisque le monde asiatique et le monde africain se sont mis main dans la main pour essayer de sortir de l’ingérence et de la colonisation occidentale. C’est l’histoire d’une amitié qui essaie de se dégager du monde occidental et du paradigme colonial.
 
De quelle façon cela nous concerne-t-il en France ou en Europe ?
 
C’est une histoire qui s’inscrit dans le contexte colonial occidental. Cette histoire-là nous concerne. On a l’impression de parler de quelque chose qui est loin – cette alliance de deux Sud, de la Chine et de l’Afrique, de l’Asie et de l’Afrique – et que c’est une histoire qui ne nous concerne plus, mais, en fait, elle nous concerne.
 
Le projet d’exposition fait la part belle à un travail de contextualisation historique. Il ne se veut pas exhaustif, on n’est pas dans une notion géopolitique, mais on cherche à ancrer l’histoire de ce lien qui va beaucoup plus loin qu’une présence économique des Chinois en Afrique, qui date d’une dizaine d’années, et qu’on entend beaucoup dans les médias.
 
Le projet va nous montrer, de manière non exhaustive, que cette histoire existe et qu’elle a traversé tout le XXe siècle. Elle remonte même à plus loin : l’œuvre de Musquiqui Chihying fait référence à la présence de monnaies chinoises du XVe siècle de la dynastie Ming au Kenya. Cette œuvre essaie de rejouer, de retraduire cette découverte archéologique qui montre que la présence chinoise était réelle en Afrique depuis de nombreux siècles. Et elle essaie de la retraduire pour le contexte actuel de la présence chinoise en Afrique.

RFI

Jeudi 5 Mars 2020 - 08:22



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