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Chronique : Quand le monde s’est retrouvé autour d’un ballon Par Marie Barboza MENDY - Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise



Chronique : Quand le monde s’est retrouvé autour d’un ballon Par Marie Barboza MENDY - Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise

Pendant un mois, la planète a respiré au même rythme. Les fuseaux horaires se sont effacés derrière les mêmes affiches, les langues se sont tues devant les mêmes écrans et les frontières ont semblé perdre, l'espace de quelques semaines, leur pouvoir de séparer les hommes. À chaque coup d'envoi, des milliards de regards convergeaient vers une même pelouse. Puis le dernier coup de sifflet a retenti. Les tribunes se sont vidées. Les confettis ont été balayés. L'Espagne est devenue championne du monde. Et le monde a repris sa course.
 

Pourtant, cette Coupe du monde nous laisse bien davantage qu'un vainqueur. Elle nous laisse une question essentielle : qu'avons-nous appris de nous-mêmes ?


Il y a quelque chose de profondément fascinant dans une Coupe du monde. Pendant quelques semaines, l'humanité accomplit ce qu'elle échoue si souvent à réaliser le reste du temps : regarder dans la même direction.


Des milliards de personnes, parlant des milliers de langues, priant des dieux différents, vivant sous des régimes politiques parfois opposés, vibrent pourtant au même instant pour un ballon qui roule sur une pelouse.


Le football n'efface pas les différences. Il leur offre simplement un terrain où elles cessent d'être des menaces pour devenir des couleurs. Là où les diplomates négocient parfois durant des années sans parvenir à rapprocher les peuples, un simple échange de maillots rappelle que le respect peut franchir toutes les frontières.


Cette Coupe du monde l'a magnifiquement démontré.

Comment ne pas penser au Cap-Vert ? Cette petite nation insulaire, modeste par sa géographie mais immense par sa fierté, a offert l'une des plus belles images de cette compétition. Les rues de Praia, de Mindelo et des autres îles vibraient d'une même émotion. Les drapeaux flottaient aux balcons, les chants résonnaient jusque tard dans la nuit et un peuple entier redécouvrait ce sentiment précieux d'exister ensemble. Pendant quelques semaines, le Cap-Vert n'a pas seulement joué au football ; il a rappelé qu'il n'est pas nécessaire d'être une grande puissance pour écrire une grande histoire.


À l'autre extrémité de l'Atlantique, l'Argentine nous a donné une autre leçon. Combien de fois l'a-t-on crue vacillante ? Combien de fois l'a-t-on annoncée éliminée avant qu'elle ne trouve, presque miraculeusement, les ressources pour renaître ? Cette sélection a rappelé que la résilience n'est pas un slogan. C'est cette force discrète qui refuse d'abandonner lorsque tout semble perdu. Les plus grandes victoires naissent souvent de ceux qui acceptent de tomber sans jamais renoncer à se relever.


La France, elle aussi, semblait marcher vers son destin. Talentueuse, ambitieuse, convaincante, elle apparaissait comme l'une des favorites naturelles de cette compétition. Beaucoup la voyaient déjà soulever le trophée. Puis vint cette demi-finale face à une Espagne souveraine. En quelques minutes, les certitudes se sont effondrées. Le football possède cette justice implacable : il ne récompense jamais les pronostics, seulement la vérité du terrain.


Et pendant que la France découvrait la douleur des rêves interrompus, l'Espagne vivait une ivresse collective exceptionnelle. Les places publiques sont devenues des océans de drapeaux rouges et jaunes, les embrassades ont remplacé les discours, une nation entière s'est retrouvée derrière une même équipe. Cette victoire récompense bien davantage qu'un groupe de joueurs. Elle consacre une idée du football fondée sur l'intelligence collective, la patience, le travail et la confiance dans le jeu.


Au Sénégal, le réveil fut plus difficile. L'élimination a laissé une immense frustration. Très vite, les réseaux sociaux se sont transformés en tribunaux populaires où chacun cherchait un coupable. Les analyses ont parfois laissé place aux accusations, les débats aux règlements de comptes. Comme si une défaite devait forcément avoir un responsable unique. Pourtant, la grandeur d'un peuple sportif ne se mesure pas seulement à sa capacité de célébrer les victoires. Elle se révèle surtout dans sa manière d'accompagner ses équipes lorsque le vent tourne.


Cette Coupe du monde nous rappelle une vérité universelle : les favoris tombent, les outsiders surprennent, les héros d'hier deviennent parfois les oubliés du lendemain et des inconnus écrivent les plus belles pages de l'histoire. Comme dans la vie, les certitudes sont souvent éliminées avant les surprises.


Le football est probablement le seul domaine où une erreur de quelques secondes peut effacer des années de préparation. N'est-ce pas aussi le miroir de nos existences ? Nous passons notre vie à croire que tout est sous contrôle avant qu'un événement imprévu ne redessine entièrement notre histoire.


Mais cette Coupe du monde nous a aussi montré autre chose.


Nous avons vu des joueurs pleurer après une victoire. Pleurer après une défaite. Pleurer pendant leur hymne national. Pleurer en pensant à leurs parents, à leur enfance ou à leur pays.


Dans un monde où l'on enseigne encore trop souvent que l'émotion serait une faiblesse, ces larmes nous rappellent qu'il existe une immense force dans la sensibilité. Derrière chaque numéro inscrit sur un maillot se cache un enfant qui jouait, un jour, pieds nus dans une rue, un terrain vague ou une cour d'école. Le football est peut-être le dernier endroit où les rêves d'enfants continuent d'être pris au sérieux.

Pourtant, cette compétition a également tendu un miroir à notre époque.


Nous fabriquons des héros avec une facilité déconcertante avant de les condamner au premier faux pas. Nous applaudissons le courage sur le terrain mais pratiquons parfois la cruauté derrière un écran. Nous exigeons la perfection de sportifs auxquels nous refusons le droit à l'erreur que nous nous accordons chaque jour.


Au fond, une Coupe du monde révèle moins les joueurs qu'elle ne révèle les spectateurs.

Elle montre notre rapport à la victoire, notre difficulté à accepter l'échec, notre besoin permanent de héros et notre obsession de désigner des coupables.


Elle rappelle surtout qu'aucun succès n'est individuel. Derrière chaque but se cachent des milliers d'heures invisibles. Derrière chaque trophée, des éducateurs, des parents, des entraîneurs, des médecins, des bénévoles et des sacrifices silencieux. La gloire est toujours collective, même lorsqu'un seul capitaine soulève la coupe.


Puis arrive inévitablement le dernier coup de sifflet.

Les projecteurs s'éteignent. Les champions rentrent chez eux. Les vaincus aussi. Le trophée attend déjà son prochain propriétaire.


Comme si le football voulait nous rappeler une ultime vérité : rien n'est jamais définitivement acquis. Pas même la victoire.


Le monde, lui, continue son véritable match. Celui contre les guerres, les inégalités, les replis identitaires, les dérèglements climatiques, les discours de haine et les fractures sociales.


Si nous étions capables d'apporter à ces combats la même passion, la même discipline, le même esprit d'équipe et le même respect des règles que ceux admirés sur un terrain de football, alors le plus beau trophée de l'humanité ne serait peut-être pas une coupe en or. Il porterait un nom infiniment plus précieux. La paix. Parce qu'au-delà du jeu, il y a toujours l'Homme.


Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
 mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25

 

 

Moussa Ndongo

Mercredi 22 Juillet 2026 - 02:15


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