Le Sénégal vit une situation inédite depuis plus de deux ans, à la suite de la troisième alternance politique survenue en mars 2024. Là où on avait promis le changement systémique, on a assisté à une remise en cause de tous les fondements de la République. Aujourd’hui, le pays est économiquement exsangue, financièrement décrédibilisé, socialement déstructuré, institutionnellement fragilisé, politiquement dans l’impasse. Alors que le Sénégal traverse cette crise multidimensionnelle, la reconstruction d'une presse libre, forte et économiquement viable pourrait devenir l'un des leviers majeurs du redressement démocratique, économique et social.
Mirage de l’alternance politique
Le système politique sénégalais a permis trois alternances par les urnes, en faisant l’économie de guerre civile et de coup d’État. Mais, lors de nos trois alternances politiques, c’était plus le rejet du régime précédent, incarné par une figure charismatique, qu’une vision de ce dernier ou de son parti d’une stratégie de développement du Sénégal. Il fallait juste se débarrasser d’un régime qui, peu à peu, symbolisait la mal-gouvernance, le détournement des deniers publics, la corruption, le népotisme ou même l’aliénation de notre souveraineté nationale. À la décharge des deux premières alternances, l’ordre républicain et institutionnel a été préservé dans un État de droit encore fragile. Mais, l’avènement de la troisième alternance semble tout remettre en cause jusqu’aux fondements de la République. Cette expérience douloureuse en cours mérite qu’on redéfinisse notre système politique, notamment dans le mode de désignation de nos gouvernants et de notre représentation nationale, au niveau central et local.
Bâillonnement de la presse privée
Le Premier ministre démis a instauré un climat de terreur au Sénégal pendant plus de deux ans : emprisonnements arbitraires à la pelle de responsables politiques, de leaders d’opinions, de journalistes, irruption musclée des forces de l’ordre dans les rédactions, tentatives de fermeture de 381 médias selon les chiffres mêmes du ministère de la Communication, arrêt des chantiers dans le BTP, blocage des paiements des dettes de l’État aux entreprises privées, discrédit du Sénégal auprès des institutions financières internationales d’où le blocage des négociations avec le FMI, tâtonnements et incompétences dans la gestion des politiques publiques.
Pour réaliser ces desseins machiavéliques, l’ancien PM a même tenté de théoriser le Parti-État. Pour cela, il fallait faire taire toute velléité de résistance. Pour le nouveau régime et son Gouvernement, depuis plus de deux ans, il fallait neutraliser la presse privée, dépeinte comme le suppôt de l’ancien régime, une mafia qui bénéficiait d’avantages indus, un regroupement de bandits fiscaux. Il fallait donc asphyxier économiquement et fiscalement la presse privée, la discréditer aux yeux de l’opinion, lui nier toute existence juridique qui ne serait pas validée par l’autorité administrative.
Heureusement, les plus hautes institutions judiciaires ont permis de préserver l’État de droit. Jamais, dans l’histoire politique du Sénégal, un régime n’a subi autant de désaveux du Conseil constitutionnel (loi CNRM retoquée), de la Cour suprême (trois arrêtés du ministre de la Communication annulés sur l’autorisation préalable pour créer un média). Les prisonniers politiques et d’opinions sont tous sortis des geôles, faute de preuves contre les graves accusations qui pesaient sur eux. La presse privée au Sénégal, en favorisant la diversité d’opinions, a incontestablement contribué aux alternances, à la stabilité politique et sociale, à la lutte contre les pandémies, au renforcement du sentiment national, à la vulgarisation des politiques publiques, à la promotion des langues et de la culture nationales, à la promotion de l’image positive du Sénégal à l’international, etc.
C’est cet élan des médias qui a été brisé à l’avènement de la troisième alternance politique.
Aujourd’hui, la presse privée, qui a subi de plein fouet les conséquences désastreuses de la pandémie du Covid-19, a été enfoncée dans la crise économique et sociale par le premier gouvernement de la troisième alternance politique. Les entreprises de la presse privée sont au bord de la banqueroute, vidées de leurs plus grandes compétences parties vers des cieux plus rémunérateurs. Les conséquences sociales sont tout aussi dramatiques pour les travailleurs du secteur des médias : licenciements économiques, gel des recrutements, arriérés de salaires de plus d’un an en moyenne, familles disloquées, enfants déscolarisés, perte de la couverture maladie, retards dans les cotisations pour la retraite…
L’information comme arme de développement
Dans un pays arriéré économiquement, où la moitié de la population est analphabète, la presse pourrait aider à faire reculer l’ignorance, à vulgariser les connaissances, les techniques et les sciences, le savoir-faire, le savoir-être, la conscience civique, à sortir de la pauvreté et du sous-développement.
Notre agriculture demeure insuffisamment mécanisée et peu productive, ce qui contribue à une forte dépendance alimentaire, au moment où le Sénégal importe tout ce qu’il mange. La lutte contre les pandémies a aussi démontré que la presse a son rôle à jouer en matière de santé publique.
En matière d’éducation, les langues nationales vulgarisées par les médias seraient un vecteur pour l’acquisition des connaissances face aux ressources limitées des budgets publics. D’autres enjeux comme le respect des normes les plus élémentaires en matière de construction d’habitats pour lutter contre les effondrements des bâtiments et les incendies liés à des défauts d’installations électriques, les incivismes qui provoquent les accidents mortels et favorisent l’occupation anarchique de la voie publique. La résolution de tous ces défis serait intégrée à un cahier de charges pour les médias qu’ils veulent bénéficier de subventions publiques. C’est toute la matérialisation de la mission de service public des médias, que l’État seul n’a pas les moyens de réaliser.
Dans ce sens, le Sénégal a particulièrement besoin de définir sa STRATÉGIE NATIONALE D’INFORMATION ET DE COMMUNICATION (SNIC), en rapport avec son niveau de développement économique et social, les politiques publiques, ses ambitions de souveraineté économique et culturelle, son intégration sous-régionale et continentale.
L’État, la communauté scientifique, le monde des médias, les citoyens permettraient de définir les axes de la SNIC :
1. réforme économique des médias ;
2. souveraineté numérique ;
3. intelligence artificielle ;
4. protection des contenus ;
5. éducation aux médias ;
6. langues nationales ;
7. recherche scientifique ;
8. audiovisuel public ;
9. financement ;
10. diplomatie de l'information.
La SNIC suppose des préalables tels que la mutation technologique des médias, une fiscalité propre aux secteurs stratégiques et névralgiques, un financement adéquat pour l’émergence de champions nationaux d’entreprises de presse et de télécommunications, une formation plus poussée des professionnels des médias, etc.
Le monde des médias, en Afrique et au Sénégal en particulier, est déjà dominé ou le sera de plus en plus par le digital. Les médias au Sénégal produisent des contenus sur le digital, mais qui ne sont pas monétisés par ces mêmes médias. Certains médias, qui ne sont pas directement présents sur internet, voient même leurs contenus pillés par les sites d’information. Toute cette production des médias est en réalité plus mise à profit par les GAFAM qui donnent du contenu à leurs moteurs de recherche ou à l’intelligence artificielle.
La résolution de ce problème est essentielle pour l’existence et la survie des médias sénégalais et africains, pas seulement d’un point de vue économique. Aujourd’hui, la presse écrite est agonisante, tout comme les autres médias dits traditionnels (radio et télé), en l’absence de la publicité qui a migré sur le digital. Tous ces médias dits traditionnels sont restés dans le 20ème siècle et n’ont pas ou peu réalisé la mutation technologique du 21ème siècle.Mais, il ne s’agit pas seulement de la spoliation des contenus des médias africains, mais aussi la domination de plus en plus croissante par les médias occidentaux ou chinois et les GAFAM sur les plans idéologique, technique et scientifique, économique, culturel, géopolitique et militaire. Les populations des pays africains et des pays les moins développés sont façonnées selon les valeurs et les intérêts des puissances étrangères.
L’information est devenue l’arme de destruction massive au 21ème siècle. Il faut aujourd’hui plus de professionnels des médias pour défendre sa souveraineté dans tous les domaines. C’est pourquoi le secteur de la presse nationale est aussi stratégique et névralgique que l’éducation, dont il est un volet important, la santé, l’agriculture, la défense nationale, la sécurité intérieure, etc.
C’est tout le sens qu’il faut redonner au Nouvel Ordre mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC), prônée par l’UNESCO dans les années 70-80 sous l’impulsion de son Directeur général, notre compatriote Amadou Mahtar Mbow. Selon son niveau de développement économique et social, chaque pays en développement doit traduire le NOMIC en Stratégie nationale de l’Information et de la Communication (SNIC). En plus de l’éducation, le SNIC permettrait des raccourcis dans tous les secteurs d’activités pour l’émergence d’un nouvel Homo Senegalensis. Malheureusement, nos gouvernants au Sénégal ont une vision politicienne de la presse et, de l’indépendance à aujourd’hui, la réprime pour étouffer toute contestation politique ou critique de leurs régimes dont les médias sont les relais. Pourtant les médias sénégalais, avec une ligne éditoriale indépendante et républicaine, ont favorisé trois alternances politiques, facteurs de stabilité politique et sociale.
Comment sortir de la crise au Sénégal
Ce ne sont pas tant les journalistes et les techniciens des médias qui ont fait à eux seuls la presse, mais aussi et surtout les citoyens, le monde universitaire, les opérateurs économiques, l’Église et les confréries, les partis politiques, divers acteurs sociaux, le mouvement associatif, les syndicats, la société civile dans son ensemble. C’est tout le sens de faire revivre cette presse qui nous a valu autant de satisfactions, pas seulement pour les alternances politiques.
Ce 21ème siècle consacre l’ère du savoir, rempart contre toute forme de domination. Aujourd’hui, l’information est justement devenue un moyen de domination, particulièrement à l’ère des plateformes numériques et des réseaux sociaux. L’émergence d’une presse nationale est justement le moyen de défendre sa souveraineté face au diktat des puissances étrangères.
Face aux difficultés qui sont les nôtres, la presse permettrait un débat public et contradictoire sur les enjeux nationaux et la place de l’Afrique dans le monde. Une nation qui abandonne sa presse abandonne progressivement sa capacité à penser par elle-même. Les armées protègent les frontières ; une presse libre protège la démocratie, éclaire les citoyens, protège de la colonisation des cerveaux et nourrit l'intelligence collective. Investir dans la presse n'est donc pas une dépense de confort, mais un investissement stratégique. Si le Sénégal veut retrouver le chemin de la stabilité, de la prospérité et de la souveraineté, sauver sa presse n'est pas un luxe : c'est une nécessité nationale.
Mamadou Ibra KANE , journaliste, entrepreneur de presse
Mirage de l’alternance politique
Le système politique sénégalais a permis trois alternances par les urnes, en faisant l’économie de guerre civile et de coup d’État. Mais, lors de nos trois alternances politiques, c’était plus le rejet du régime précédent, incarné par une figure charismatique, qu’une vision de ce dernier ou de son parti d’une stratégie de développement du Sénégal. Il fallait juste se débarrasser d’un régime qui, peu à peu, symbolisait la mal-gouvernance, le détournement des deniers publics, la corruption, le népotisme ou même l’aliénation de notre souveraineté nationale. À la décharge des deux premières alternances, l’ordre républicain et institutionnel a été préservé dans un État de droit encore fragile. Mais, l’avènement de la troisième alternance semble tout remettre en cause jusqu’aux fondements de la République. Cette expérience douloureuse en cours mérite qu’on redéfinisse notre système politique, notamment dans le mode de désignation de nos gouvernants et de notre représentation nationale, au niveau central et local.
Bâillonnement de la presse privée
Le Premier ministre démis a instauré un climat de terreur au Sénégal pendant plus de deux ans : emprisonnements arbitraires à la pelle de responsables politiques, de leaders d’opinions, de journalistes, irruption musclée des forces de l’ordre dans les rédactions, tentatives de fermeture de 381 médias selon les chiffres mêmes du ministère de la Communication, arrêt des chantiers dans le BTP, blocage des paiements des dettes de l’État aux entreprises privées, discrédit du Sénégal auprès des institutions financières internationales d’où le blocage des négociations avec le FMI, tâtonnements et incompétences dans la gestion des politiques publiques.
Pour réaliser ces desseins machiavéliques, l’ancien PM a même tenté de théoriser le Parti-État. Pour cela, il fallait faire taire toute velléité de résistance. Pour le nouveau régime et son Gouvernement, depuis plus de deux ans, il fallait neutraliser la presse privée, dépeinte comme le suppôt de l’ancien régime, une mafia qui bénéficiait d’avantages indus, un regroupement de bandits fiscaux. Il fallait donc asphyxier économiquement et fiscalement la presse privée, la discréditer aux yeux de l’opinion, lui nier toute existence juridique qui ne serait pas validée par l’autorité administrative.
Heureusement, les plus hautes institutions judiciaires ont permis de préserver l’État de droit. Jamais, dans l’histoire politique du Sénégal, un régime n’a subi autant de désaveux du Conseil constitutionnel (loi CNRM retoquée), de la Cour suprême (trois arrêtés du ministre de la Communication annulés sur l’autorisation préalable pour créer un média). Les prisonniers politiques et d’opinions sont tous sortis des geôles, faute de preuves contre les graves accusations qui pesaient sur eux. La presse privée au Sénégal, en favorisant la diversité d’opinions, a incontestablement contribué aux alternances, à la stabilité politique et sociale, à la lutte contre les pandémies, au renforcement du sentiment national, à la vulgarisation des politiques publiques, à la promotion des langues et de la culture nationales, à la promotion de l’image positive du Sénégal à l’international, etc.
C’est cet élan des médias qui a été brisé à l’avènement de la troisième alternance politique.
Aujourd’hui, la presse privée, qui a subi de plein fouet les conséquences désastreuses de la pandémie du Covid-19, a été enfoncée dans la crise économique et sociale par le premier gouvernement de la troisième alternance politique. Les entreprises de la presse privée sont au bord de la banqueroute, vidées de leurs plus grandes compétences parties vers des cieux plus rémunérateurs. Les conséquences sociales sont tout aussi dramatiques pour les travailleurs du secteur des médias : licenciements économiques, gel des recrutements, arriérés de salaires de plus d’un an en moyenne, familles disloquées, enfants déscolarisés, perte de la couverture maladie, retards dans les cotisations pour la retraite…
L’information comme arme de développement
Dans un pays arriéré économiquement, où la moitié de la population est analphabète, la presse pourrait aider à faire reculer l’ignorance, à vulgariser les connaissances, les techniques et les sciences, le savoir-faire, le savoir-être, la conscience civique, à sortir de la pauvreté et du sous-développement.
Notre agriculture demeure insuffisamment mécanisée et peu productive, ce qui contribue à une forte dépendance alimentaire, au moment où le Sénégal importe tout ce qu’il mange. La lutte contre les pandémies a aussi démontré que la presse a son rôle à jouer en matière de santé publique.
En matière d’éducation, les langues nationales vulgarisées par les médias seraient un vecteur pour l’acquisition des connaissances face aux ressources limitées des budgets publics. D’autres enjeux comme le respect des normes les plus élémentaires en matière de construction d’habitats pour lutter contre les effondrements des bâtiments et les incendies liés à des défauts d’installations électriques, les incivismes qui provoquent les accidents mortels et favorisent l’occupation anarchique de la voie publique. La résolution de tous ces défis serait intégrée à un cahier de charges pour les médias qu’ils veulent bénéficier de subventions publiques. C’est toute la matérialisation de la mission de service public des médias, que l’État seul n’a pas les moyens de réaliser.
Dans ce sens, le Sénégal a particulièrement besoin de définir sa STRATÉGIE NATIONALE D’INFORMATION ET DE COMMUNICATION (SNIC), en rapport avec son niveau de développement économique et social, les politiques publiques, ses ambitions de souveraineté économique et culturelle, son intégration sous-régionale et continentale.
L’État, la communauté scientifique, le monde des médias, les citoyens permettraient de définir les axes de la SNIC :
1. réforme économique des médias ;
2. souveraineté numérique ;
3. intelligence artificielle ;
4. protection des contenus ;
5. éducation aux médias ;
6. langues nationales ;
7. recherche scientifique ;
8. audiovisuel public ;
9. financement ;
10. diplomatie de l'information.
La SNIC suppose des préalables tels que la mutation technologique des médias, une fiscalité propre aux secteurs stratégiques et névralgiques, un financement adéquat pour l’émergence de champions nationaux d’entreprises de presse et de télécommunications, une formation plus poussée des professionnels des médias, etc.
Le monde des médias, en Afrique et au Sénégal en particulier, est déjà dominé ou le sera de plus en plus par le digital. Les médias au Sénégal produisent des contenus sur le digital, mais qui ne sont pas monétisés par ces mêmes médias. Certains médias, qui ne sont pas directement présents sur internet, voient même leurs contenus pillés par les sites d’information. Toute cette production des médias est en réalité plus mise à profit par les GAFAM qui donnent du contenu à leurs moteurs de recherche ou à l’intelligence artificielle.
La résolution de ce problème est essentielle pour l’existence et la survie des médias sénégalais et africains, pas seulement d’un point de vue économique. Aujourd’hui, la presse écrite est agonisante, tout comme les autres médias dits traditionnels (radio et télé), en l’absence de la publicité qui a migré sur le digital. Tous ces médias dits traditionnels sont restés dans le 20ème siècle et n’ont pas ou peu réalisé la mutation technologique du 21ème siècle.Mais, il ne s’agit pas seulement de la spoliation des contenus des médias africains, mais aussi la domination de plus en plus croissante par les médias occidentaux ou chinois et les GAFAM sur les plans idéologique, technique et scientifique, économique, culturel, géopolitique et militaire. Les populations des pays africains et des pays les moins développés sont façonnées selon les valeurs et les intérêts des puissances étrangères.
L’information est devenue l’arme de destruction massive au 21ème siècle. Il faut aujourd’hui plus de professionnels des médias pour défendre sa souveraineté dans tous les domaines. C’est pourquoi le secteur de la presse nationale est aussi stratégique et névralgique que l’éducation, dont il est un volet important, la santé, l’agriculture, la défense nationale, la sécurité intérieure, etc.
C’est tout le sens qu’il faut redonner au Nouvel Ordre mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC), prônée par l’UNESCO dans les années 70-80 sous l’impulsion de son Directeur général, notre compatriote Amadou Mahtar Mbow. Selon son niveau de développement économique et social, chaque pays en développement doit traduire le NOMIC en Stratégie nationale de l’Information et de la Communication (SNIC). En plus de l’éducation, le SNIC permettrait des raccourcis dans tous les secteurs d’activités pour l’émergence d’un nouvel Homo Senegalensis. Malheureusement, nos gouvernants au Sénégal ont une vision politicienne de la presse et, de l’indépendance à aujourd’hui, la réprime pour étouffer toute contestation politique ou critique de leurs régimes dont les médias sont les relais. Pourtant les médias sénégalais, avec une ligne éditoriale indépendante et républicaine, ont favorisé trois alternances politiques, facteurs de stabilité politique et sociale.
Comment sortir de la crise au Sénégal
Ce ne sont pas tant les journalistes et les techniciens des médias qui ont fait à eux seuls la presse, mais aussi et surtout les citoyens, le monde universitaire, les opérateurs économiques, l’Église et les confréries, les partis politiques, divers acteurs sociaux, le mouvement associatif, les syndicats, la société civile dans son ensemble. C’est tout le sens de faire revivre cette presse qui nous a valu autant de satisfactions, pas seulement pour les alternances politiques.
Ce 21ème siècle consacre l’ère du savoir, rempart contre toute forme de domination. Aujourd’hui, l’information est justement devenue un moyen de domination, particulièrement à l’ère des plateformes numériques et des réseaux sociaux. L’émergence d’une presse nationale est justement le moyen de défendre sa souveraineté face au diktat des puissances étrangères.
Face aux difficultés qui sont les nôtres, la presse permettrait un débat public et contradictoire sur les enjeux nationaux et la place de l’Afrique dans le monde. Une nation qui abandonne sa presse abandonne progressivement sa capacité à penser par elle-même. Les armées protègent les frontières ; une presse libre protège la démocratie, éclaire les citoyens, protège de la colonisation des cerveaux et nourrit l'intelligence collective. Investir dans la presse n'est donc pas une dépense de confort, mais un investissement stratégique. Si le Sénégal veut retrouver le chemin de la stabilité, de la prospérité et de la souveraineté, sauver sa presse n'est pas un luxe : c'est une nécessité nationale.
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