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Comment préserver les minorités vivant au Moyen-Orient?

Ce mardi 8 septembre, la France mobilise à Paris une soixantaine de pays pour tenter de sauver les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient. Une conférence internationale est organisée ; elle est coprésidée par la France et la Jordanie et se tient dans un contexte délicat. En pleine crise des migrants en Europe, le président François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel, veulent mettre en place un mécanisme d’accueil permanent et obligatoire. Mais les objectifs de la conférence de Paris sont différents.



Des chrétiens syriens pendant un concert de Noël dans l'église Ibrahim al-Khalil à Damas. LOUAI BESHARA / AFP
Des chrétiens syriens pendant un concert de Noël dans l'église Ibrahim al-Khalil à Damas. LOUAI BESHARA / AFP

Au Quai d’Orsay le message est clair : « Hors de question de vider le Moyen-Orient de ses minorités ethniques et religieuses », martèle le porte-parole du ministère des Affaires étrangères lors de son point de presse hebdomadaire. Face aux journalistes, Romain Nadal détaille les objectifs de la conférence internationale sur les victimes de violences ethnique ou religieuses : « Le plan d’action qui sera adopté mardi sera articulé autour de trois axes : humanitaire, judiciaire et politique. »

Sur le plan humanitaire l’idée est de faciliter le retour durable et en sécurité des refugiés et des déplacés. Pour y parvenir, la communauté internationale doit donc agir sur le plan judiciaire. Les crimes des terroristes, engagés notamment dans une purification ethnique, ne doivent pas rester impunis. Sur le plan politique, les pays du Moyen-Orient doivent obligatoirement intégrer la diversité ethnique et religieuse dans leur composition gouvernementale. « Ce dernier point est essentiel pour préserver la stabilité de ces Etats », explique encore Romain Nadal.

Ces initiatives sont saluées par la Coordination des chrétiens d’Orient (Chredo). « On parle en ce moment de l’accueil des migrants. Qu’ils soient chrétiens ou non certains pensent qu’il faut leur ouvrir nos portes. D’autres refusent de les aider mais à mon avis le débat est tronqué », explique Patrick Karam, le président de la Chredo. « Les migrants syriens qui arrivent dans notre pays sont généralement des hommes et des femmes qui ont un métier. Ces gens là manqueront à leur pays lorsque la paix sera revenue. Ce sont des gens qui ne participeront pas à la reconstruction de leur pays. Leur départ appauvrit leur pays. Nous devons, sur le court terme, accepter de les accueillir mais il faut se préparer à les renvoyer chez eux quand la guerre sera terminée. Dans le cas contraire nous serons complices de cette fuite des cerveaux et donc de l’affaiblissement de ces pays du Moyen-Orient », affirme l’ancien délégué ministériel, qui exprime par ailleurs d’autres réserves par rapport à cette Conférence de Paris.

« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde »

Pour la Coordination des chrétiens d’Orient, cette citation d’Albert Camus exprime parfaitement la réalité de la conférence de Paris. Ce grand rassemblement concerne les minorités ethniques et religieuses persécutées au Moyen-Orient. Mais la Chredo aurait préféré un intitulé plus précis : « Les chrétiens persécutés au Moyen-Orient ». Chiffre à l’appui Patrick Karam, compte bien défendre son point de vue lors de la conférence de mardi. « Il y a des dizaines d’années les chrétiens constituaient entre 15% et 20% des populations au Moyen-Orient, aujourd’hui ils représentent 3% seulement », s’indigne celui qui doit participer à la conférence en tant qu’observateur. « La question des chrétiens d’Orient est centrale pourtant on ne les nomme pas comme si on en avait honte », regrette Patrick Karam. « C’est comme si on évoquait les génocides de la Seconde Guerre mondiale sans parler des juifs ou celui de 1915 sans parler des Arméniens », s’indigne le président de la Chredo, qui reproche également aux pays arabes leur inertie face à la détresse des chrétiens d’Orient. « Nous en France, nous nous occupons de nos musulmans. L’armée ou la police protègent actuellement près de trois cents ou quatre cents mosquées. Nous demandons donc aux pays arabo-musulmans de s’occuper de leurs chrétiens », exige Patrick Karam.

Pas sûr toutefois que son message soit entendu. Même si la conférence de Paris est coprésidée par la Jordanie, peu de pays arabes et musulmans agissent en faveur des réfugiés syriens et irakiens. Les riches monarchies du Golfe qui ont œuvré à la libération du peuple syrien du « dictateur Bachar el-Assad » claquent, aujourd’hui, leur porte aussi bien au nez des réfugiés qu’ils soient musulmans ou chrétiens.


Rfi

Mardi 8 Septembre 2015 - 09:19