Il y a des divorces qui font du bruit. Et puis il y a ceux qui s’installent dans le silence, mais laissent derrière eux des vies durablement fracturées.
Dans les couples mixtes, lorsque l’amour se défait et que des enfants sont pris dans la séparation, le divorce dépasse largement le cadre intime. Il devient identitaire, culturel, juridique, émotionnel — profondément humain. Ce qui devait être une promesse d’ouverture au monde se transforme parfois en champ de tensions durables.
Ces couples s’étaient pourtant construits sur une ambition noble : dépasser les frontières, les différences de langue, de culture, de religion parfois, pour fonder une famille métissée, riche de deux héritages. Mais lorsque la rupture survient, cette richesse peut devenir une ligne de fracture brutale.
Un traumatisme partagé, mais vécu différemment
Le divorce dans un couple mixte n’est presque jamais neutre.
Pour l’homme, il est souvent vécu comme une dépossession : perte du foyer, éloignement géographique des enfants, éloignement affectif progressif, sentiment de devenir un étranger dans la vie de ceux qu’il a engendrés. À cela s’ajoute parfois une fragilité juridique, culturelle, linguistique, qui renforce le sentiment d’impuissance.
Mais il serait injuste et réducteur d’ignorer le traumatisme profond vécu par de nombreuses femmes détentrices de la garde. Cette réalité est trop souvent passée sous silence. Être mère gardienne, dans un contexte de divorce conflictuel, c’est porter une charge écrasante : solitude éducative, pression sociale, fatigue émotionnelle, responsabilité exclusive du quotidien, peur de l’avenir, peur du jugement, peur de l’abandon. Certaines femmes vivent le divorce comme une survie, pas comme une victoire.
Et parfois, cette souffrance, lorsqu’elle n’est pas accompagnée, se transforme.
Quand la douleur se mue en contrôle
Dans certains cas — pas tous, mais suffisamment fréquents pour être nommés — la mère détentrice de la garde développe une relation de dépendance affective inversée : l’enfant devient à la fois refuge, preuve de valeur, et dernier rempart contre l’effondrement.
C’est ici que surgissent des mécanismes dangereux : le chantage affectif, la revanche émotionnelle, la confiscation du futur de l’autre.
L’ex-conjoint n’est plus seulement un ancien partenaire : il devient un adversaire à neutraliser. Aucune autre femme ne doit l’approcher. Aucune nouvelle vie ne doit émerger. Aucune reconstruction ne doit être tolérée.
L’enfant devient alors le pivot d’un système de contrôle : « Tu ne verras pas tes enfants si… » « Tant que tu refais ta vie, ils souffriront… » « Je suis la seule stabilité qu’ils aient… »
Ce n’est plus un lien parental. C’est une prise d’otage émotionnelle, souvent inconsciente, parfois assumée.
Le triangle amoureux : une vie à trois imposée
Dans ces configurations, un phénomène insidieux apparaît : le triangle amoureux post-divorce. L’ex-conjoint n’est jamais vraiment libéré. La mère, le père et l’enfant restent enfermés dans une relation à trois, figée, conflictuelle, toxique.
L’homme ne peut avancer sans être accusé de trahison. La femme ne peut lâcher prise sans avoir le sentiment de disparaître. L’enfant devient le lien, le messager, parfois le surveillant émotionnel.
Cette “vie à trois” empêche toute reconstruction saine. Elle fige le temps, empêche le deuil du couple, empêche l’émergence d’un nouvel équilibre.
Aspects culturels, symboliques et parfois mystiques
Dans certains contextes culturels — africains, européens ou métissés — s’ajoutent des dimensions symboliques ou mystiques rarement abordées publiquement : peur de la perte de l’âme de l’enfant, croyances liées à l’influence, pratiques récurrentes visant à maintenir un lien invisible, à “retenir”, à “attacher”, à empêcher la séparation définitive.
Qu’elles soient réelles ou symboliques, ces pratiques traduisent surtout une angoisse profonde : celle de perdre le contrôle, de perdre sa place, de perdre son rôle dans une histoire qui s’achève.
Les enfants, grands oubliés des conflits
Et au milieu de tout cela, il y a les enfants. Silencieux. Lucides. Hyper-adaptés.
Ils comprennent très tôt qu’aimer leur père peut blesser leur mère. Que poser des questions dérange. Que le silence est une stratégie de survie.
Ils apprennent à compartimenter leurs émotions, à se couper d’une partie d’eux-mêmes. À long terme, les traces sont lourdes : troubles de l’attachement, culpabilité chronique, difficulté à construire des relations stables, peur de l’abandon, rejet inconscient de l’un ou des deux modèles parentaux.
Un enfant pris en otage affectif devient souvent un adulte cabossé.
Sortir de la logique de vengeance
Il est urgent de le dire, sans complaisance mais sans accusation : on ne protège pas un enfant en l’utilisant contre l’autre parent. On ne guérit pas une blessure en empêchant l’autre de vivre.
La parentalité ne doit jamais devenir un champ de bataille émotionnel, culturel ou symbolique. Aimer un enfant, c’est accepter qu’il ait le droit d’aimer ses deux parents, même séparés, même imparfaits, même différents.
Les couples mixtes portent une responsabilité particulière : celle de ne pas faire payer aux enfants l’échec d’un amour adulte.
Une question de maturité humaine
Cette chronique n’est ni un procès, ni une excuse. C’est un appel à la conscience.
Le divorce peut être une fin. Il ne doit jamais être une destruction. Et surtout pas celle de l’enfance. Car un enfant n’est ni un trophée, ni une monnaie d’échange, ni une revanche affective. Il est un pont entre deux histoires. Et brûler ce pont, c’est condamner l’avenir.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
Dans les couples mixtes, lorsque l’amour se défait et que des enfants sont pris dans la séparation, le divorce dépasse largement le cadre intime. Il devient identitaire, culturel, juridique, émotionnel — profondément humain. Ce qui devait être une promesse d’ouverture au monde se transforme parfois en champ de tensions durables.
Ces couples s’étaient pourtant construits sur une ambition noble : dépasser les frontières, les différences de langue, de culture, de religion parfois, pour fonder une famille métissée, riche de deux héritages. Mais lorsque la rupture survient, cette richesse peut devenir une ligne de fracture brutale.
Un traumatisme partagé, mais vécu différemment
Le divorce dans un couple mixte n’est presque jamais neutre.
Pour l’homme, il est souvent vécu comme une dépossession : perte du foyer, éloignement géographique des enfants, éloignement affectif progressif, sentiment de devenir un étranger dans la vie de ceux qu’il a engendrés. À cela s’ajoute parfois une fragilité juridique, culturelle, linguistique, qui renforce le sentiment d’impuissance.
Mais il serait injuste et réducteur d’ignorer le traumatisme profond vécu par de nombreuses femmes détentrices de la garde. Cette réalité est trop souvent passée sous silence. Être mère gardienne, dans un contexte de divorce conflictuel, c’est porter une charge écrasante : solitude éducative, pression sociale, fatigue émotionnelle, responsabilité exclusive du quotidien, peur de l’avenir, peur du jugement, peur de l’abandon. Certaines femmes vivent le divorce comme une survie, pas comme une victoire.
Et parfois, cette souffrance, lorsqu’elle n’est pas accompagnée, se transforme.
Quand la douleur se mue en contrôle
Dans certains cas — pas tous, mais suffisamment fréquents pour être nommés — la mère détentrice de la garde développe une relation de dépendance affective inversée : l’enfant devient à la fois refuge, preuve de valeur, et dernier rempart contre l’effondrement.
C’est ici que surgissent des mécanismes dangereux : le chantage affectif, la revanche émotionnelle, la confiscation du futur de l’autre.
L’ex-conjoint n’est plus seulement un ancien partenaire : il devient un adversaire à neutraliser. Aucune autre femme ne doit l’approcher. Aucune nouvelle vie ne doit émerger. Aucune reconstruction ne doit être tolérée.
L’enfant devient alors le pivot d’un système de contrôle : « Tu ne verras pas tes enfants si… » « Tant que tu refais ta vie, ils souffriront… » « Je suis la seule stabilité qu’ils aient… »
Ce n’est plus un lien parental. C’est une prise d’otage émotionnelle, souvent inconsciente, parfois assumée.
Le triangle amoureux : une vie à trois imposée
Dans ces configurations, un phénomène insidieux apparaît : le triangle amoureux post-divorce. L’ex-conjoint n’est jamais vraiment libéré. La mère, le père et l’enfant restent enfermés dans une relation à trois, figée, conflictuelle, toxique.
L’homme ne peut avancer sans être accusé de trahison. La femme ne peut lâcher prise sans avoir le sentiment de disparaître. L’enfant devient le lien, le messager, parfois le surveillant émotionnel.
Cette “vie à trois” empêche toute reconstruction saine. Elle fige le temps, empêche le deuil du couple, empêche l’émergence d’un nouvel équilibre.
Aspects culturels, symboliques et parfois mystiques
Dans certains contextes culturels — africains, européens ou métissés — s’ajoutent des dimensions symboliques ou mystiques rarement abordées publiquement : peur de la perte de l’âme de l’enfant, croyances liées à l’influence, pratiques récurrentes visant à maintenir un lien invisible, à “retenir”, à “attacher”, à empêcher la séparation définitive.
Qu’elles soient réelles ou symboliques, ces pratiques traduisent surtout une angoisse profonde : celle de perdre le contrôle, de perdre sa place, de perdre son rôle dans une histoire qui s’achève.
Les enfants, grands oubliés des conflits
Et au milieu de tout cela, il y a les enfants. Silencieux. Lucides. Hyper-adaptés.
Ils comprennent très tôt qu’aimer leur père peut blesser leur mère. Que poser des questions dérange. Que le silence est une stratégie de survie.
Ils apprennent à compartimenter leurs émotions, à se couper d’une partie d’eux-mêmes. À long terme, les traces sont lourdes : troubles de l’attachement, culpabilité chronique, difficulté à construire des relations stables, peur de l’abandon, rejet inconscient de l’un ou des deux modèles parentaux.
Un enfant pris en otage affectif devient souvent un adulte cabossé.
Sortir de la logique de vengeance
Il est urgent de le dire, sans complaisance mais sans accusation : on ne protège pas un enfant en l’utilisant contre l’autre parent. On ne guérit pas une blessure en empêchant l’autre de vivre.
La parentalité ne doit jamais devenir un champ de bataille émotionnel, culturel ou symbolique. Aimer un enfant, c’est accepter qu’il ait le droit d’aimer ses deux parents, même séparés, même imparfaits, même différents.
Les couples mixtes portent une responsabilité particulière : celle de ne pas faire payer aux enfants l’échec d’un amour adulte.
Une question de maturité humaine
Cette chronique n’est ni un procès, ni une excuse. C’est un appel à la conscience.
Le divorce peut être une fin. Il ne doit jamais être une destruction. Et surtout pas celle de l’enfance. Car un enfant n’est ni un trophée, ni une monnaie d’échange, ni une revanche affective. Il est un pont entre deux histoires. Et brûler ce pont, c’est condamner l’avenir.
Marie Barboza MENDY
Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
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