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DPG DE LÔ : CE QUE J’ATTENDAIS, CE QUE J’AI ENTENDU (Par Pr Falilou COUNDOUL)



Avant la Déclaration de politique générale (DPG) d’Ahmadou Al Aminou Lô, j’avais formulé quelques attentes simples : un bilan, des priorités, des arbitrages, des résultats mesurables et un contenu concret au changement de méthode annoncé lors de sa nomination.

La DPG est maintenant derrière nous. Je peux confronter ces attentes à ce qui a effectivement été dit.

J’attendais un bilan : je l’ai entendu

Le Premier ministre n’a pas remis les compteurs à zéro. Il revendique les engagements du programme « Diomaye Président » à « actif et passif commun d’avril 2024 à mai 2026 ». Il rappelle avoir participé à la préparation de la précédente DPG, du Référentiel Sénégal 2050 et de son Masterplan. Sa ligne est donc claire : le cap est maintenu et la continuité oblige à rendre compte.

Le bilan financier est sévère. La dette du secteur public consolidée est donnée autour de 132 % du produit intérieur brut (PIB) à fin 2024, soit plus de 23 500 milliards de francs CFA, et le déficit 2024 à 13,7 % du PIB. En 2025, la croissance hors hydrocarbures n’aurait été que de 2,2 %, tandis que le déficit est ramené à 6,4 %, mais au prix de renoncements à des investissements publics sociaux et productifs.

Le Plan de redressement économique et social (PRES), Jubbanti Koom, est lui aussi évalué sans complaisance : à fin août 2026, 172,5 milliards de francs CFA de ressources domestiques, notamment fiscales, ont été mobilisés sur un objectif de 303,3 milliards, soit 56,9 %.

C’est précisément ce que j’attendais : si le cap reste le même, il faut assumer ce qui fonctionne, ce qui tarde et ce qui doit être corrigé.

J’attendais des priorités et des arbitrages : ils sont posés

L’un des passages les plus importants concerne la capacité réelle du Sénégal à financer son développement. L’épargne nationale, publique et privée, représente environ 24 % du PIB, alors que les besoins d’investissement atteignent 31 %. Les transferts de la diaspora sont estimés à 2 642 milliards de francs CFA en 2025, mais leur quasi-totalité va aux dépenses courantes.

La conclusion est réaliste : le financement endogène doit être renforcé, mais il ne peut pas, aujourd’hui, remplacer l’épargne internationale. Le Sénégal reste une petite économie ouverte qui doit attirer les capitaux nécessaires sans renoncer à ses intérêts stratégiques.

Même clarification sur le Fonds monétaire international (FMI). Le Premier ministre soutient que les réformes négociées — mobilisation des recettes, ciblage des subventions, protection sociale, réduction des exonérations, rationalisation des dépenses et gestion de la dette — existaient déjà dans le programme présidentiel, le PRES et, pour plusieurs économies, dans la circulaire du Premier ministre Ousmane Sonko du 19 juin 2024.

Sur la dette, le choix est également assumé : la traiter de manière ordonnée pour restaurer sa viabilité, rétablir la confiance et redonner de l’oxygène à l’économie.

J’attendais de savoir qui supporterait l’effort.

Le Premier ministre pose ici un chiffre qui mérite attention : environ 800 milliards de francs CFA de subventions au carburant seraient captés à 65 % par les 20 % de ménages les plus aisés. La réforme annoncée doit être graduelle, prévisible et différenciée, avec une protection ciblée mise en place avant ou en même temps que les ajustements.

Le petit conditionnement de gaz butane doit être préservé. Pour l’électricité, un tarif social doit protéger les faibles consommations domestiques et les professionnels de petite puissance. À terme, le ciblage doit couvrir les ménages vulnérables représentant 40 % de la population.

Le principe est clair : mieux cibler pour mieux protéger. Sa mise en œuvre devra être surveillée, car une bonne intention peut devenir une injustice si le ciblage est imparfait.

J’attendais un changement de méthode : la réponse est précise

Le Premier ministre ne s’est pas contenté de parler d’évaluation. Il annonce une architecture complète : prioriser, financer autrement, exécuter, mesurer, dialoguer et rendre compte.

Chaque ministre doit recevoir une lettre de mission avec des objectifs mesurables, rendue publique. Des revues trimestrielles d’exécution seront présidées par le Premier ministre. Les indicateurs de transformation doivent être publiés chaque trimestre dans des formats accessibles et territorialisés, avec un débat annuel d’évaluation devant l’Assemblée nationale. Les délais doivent devenir opposables à l’administration et les grands projets passer par une banque de projets.

C’est bien la réponse que j’attendais lorsque je demandais : quels indicateurs ? quels délais ? comment les ministres seront-ils évalués ? qui répondra des retards et des échecs ?

Ma première appréciation reste donc positive.

J’attendais un bilan : il l’a assumé. J’attendais des contraintes clairement dites : il les a nommées. J’attendais des arbitrages : il les a posés. J’attendais une méthode : il en a défini les instruments.

Reste l’épreuve décisive. Le Premier ministre a repris la phrase du juge Kéba Mbaye : « Les Sénégalais sont fatigués. » Ils n’attendent donc plus seulement que l’on comprenne leurs difficultés. Ils attendent qu’elles reculent.

Avant la DPG, j’avais résumé mon attente en quatre verbes : rendre compte, prioriser, arbitrer et réaliser.

Après lecture intégrale, je maintiens cette grille. Les trois premiers ont reçu une réponse. Reste maintenant le plus difficile : réaliser.

Pr Falilou COUNDOUL - universitaire, acteur politique et responsable du Think Tank Pragmatisme Social-Démocrate


Mercredi 9 Septembre 2026 - 23:43


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