Connectez-vous S'inscrire
PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)

Données numériques: «Protégées sur le papier, pas dans la réalité»

Depuis 2015, Max Schrems mène une longue bataille devant les tribunaux contre Facebook et les géants du numérique. L’enjeu, pour ce juriste autrichien : empêcher que les données des utilisateurs européens échappent à leur contrôle. Au Forum international de la cyberdéfense (FIC) qui s'est tenu jusqu'au 9 septembre à Lille, il est venu rappeler l’importance de protéger les libertés des internautes.



RFI : On vous présente souvent en racontant l’histoire d’un homme qui affronte le grand méchant Facebook. Qui êtes-vous et que faites-vous ? 

Je ne suis qu’un simple juriste qui a décidé de se pencher sur les industriels de la Silicon Valley pour essayer de voir ce qu’ils font de nos données. J’essaie de faire respecter les droits dont chacun bénéficie lorsqu’il est en ligne. C’est quelque chose qui préoccupe globalement tout le monde, mais nous avons souvent l’impression d’être impuissants dans ce domaine. Notre ONG, Noyb (« None of your business », « ce ne sont pas vos affaires »), fonctionne un petit peu comme une association de protection des consommateurs : nous menons ces procédures pour les gens qui nous le demandent. 

Lorsque l’on discute de l’avenir d’internet, beaucoup de préoccupations tournent autour de la lutte contre les cyber-criminels, des risques d’affrontements entre États… Croyez-vous qu’il y a encore un futur pacifique possible ? 

Nous n’en sommes qu’au début. Cet univers, nous ne le connaissons pas encore très bien. Aux origines de notre monde, n’importe quoi pouvait vous arriver, n’importe où, dès que vous étiez à l’extérieur. C’est pour cela qu’on a commencé à construire des murs un peu partout autour des villes. Je pense que c’est un peu la logique que suit le développement d’internet. C’est une période de transition. Je crois qu’il y a beaucoup de potentiel pour veiller à ce que les choses évoluent dans la bonne direction. Mais il y a aussi beaucoup de potentiel pour que tout dégénère. C’est un moment intéressant pour dessiner ce à quoi notre futur ressemblera. 

En quoi la protection des données est un sujet important pour les libertés individuelles ? 

Selon les individus, nous considérons différentes choses comme relevant de la vie privée. Mais tout le monde considère au moins quelque chose comme privé. Le plus classique, c’est la sexualité et les relations amoureuses. Il ne s’agit pas de choses illégales ou dangereuses. Simplement des choses que nous n’avons pas envie de partager avec tout le monde. Ce que dit la loi européenne sur la vie privée, c’est que vous pouvez choisir vous-même ce qui doit être disponible pour tout le monde sur internet ou ce qui doit rester secret. C’est cette logique que nous défendons : votre liberté de choisir ce qui est privé ou non. 

Depuis que vous avez commencé ce combat, avez-vous observé une évolution dans l’attitude des géants du numérique ? 

Je crois qu’ils sont désormais conscients que les gens ne sont pas contents. Mais cela n’entraîne pas des changements significatifs. Ils continuent de considérer que ces lois minent leur commerce et c’est tout. Le gros changement en Europe a été le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui protège les données depuis 2018. Ça a été un choc pour eux. Pour la première fois, ils se sont rendus compte qu’il y avait un sujet. Le problème c’est qu’en Europe les lois protègent bien les libertés, mais il n’y a pas beaucoup de moyens de les faire appliquer. Nous avons une protection sur le papier, mais pas dans la réalité et sur nos téléphones.

Rfi

Vendredi 10 Septembre 2021 - 11:47


div id="taboola-below-article-thumbnails">

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter