Genèse d'un déclin (2005-2014)
Le 7 juin 2024, lors d'une conférence de presse tenue par le Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (CNDES) et d'anciens employés, le constat est sans appel : les ICS, pourtant géant industriel, «ne profitent plus au pays», selon les anciens travailleurs. Les griefs sont multiples.
Tout a commencé en 2005, par l’arrivée de l’homme d’affaires Jérôme Godart, avec son plan de sauvetage, basé sur l’acquisition de 300 mille tonnes de phosphate disodique (Dsp) auprès de Ics. Ce plan n'a pas produit de résultats escomptés, car Godart n’a pas pu vendre sur le marché international. A la suite de cet échec, M. Godart aurait fait bloquer les comptes bancaires d’Ics à Paris et New York, arguant que les Ics lui auraient fourni un produit non conforme et réclamant des dommages et intérêts d’un montant de 37 milliards FCFA. «Apres avoir été indemnisé à tort en 2007, Godart s’en alla et laissa derrière lui une société exsangue. IFFCO (Indian Farmers Fertiliser Cooperative Limited) et des privés en profitèrent pour dévaloriser les Ics en ramenant le capital de 130 milliards FCFA à zéro. Par la suite, ils le fixèrent à 44 milliards, grâce à la collaboration de la Direction générale des Ics», précise Abdou Aziz Ndiaye. Selon l’ancien employé, «cet argent (qui aurait été) détourné a permis à Archean, à travers Senfer Africa Ltd, d’acquérir majoritairement les Ics, en 2008». Par la suite, Senfer a disparu du capital des Ics en faveur d’Archean, qui céda la société à Indorama en 2014.
Les griefs de l'ITIE 2022
Ces critiques semblent être corroborées par les données de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) pour l'année 2022. Le rapport souligne la faiblesse de la contribution budgétaire : «Cette contribution de 6,4 milliards F CFA est constituée essentiellement d’impôts et taxes pour un montant total de 4,1 milliards F CFA en 2022, d’une redevance minière de 1,3 milliard F CFA et de 967 millions F CFA de cotisations sociales.» L’ITIE note que sur 59 lignes de paiement, les ICS ne sont concernées que par cinq, bénéficiant d'exonérations massives.
Le constat accablant du gouvernement (2024-2026)
Depuis août 2024, une commission de relecture des contrats, épaulée par l'Inspection générale d’État (IGE), a passé au crible les conventions liant l’État aux ICS. Le verdict du Premier ministre, dévoilé ce 12 mars 2026, est sans équivoque : le Sénégal a été « lésé gravement ».
Le manque à gagner est chiffré à 1 075,9 milliards FCFA. Selon le chef du gouvernement, plusieurs infractions ont été identifiées : « Le non-paiement des taxes et redevances parce qu'il y a eu des exonérations fiscales qui ont été allouées à cette entreprise sur des bases légales inexistantes de la simple volonté d'un ministre.» Il rappelle avec fermeté que « l'exonération ne peut découler que de la loi et uniquement de la loi ». Au-delà de la fiscalité, le Premier ministre pointe du doigt une éviction programmée : «L'État du Sénégal était actionnaire et passé presque d'actionnaire principal à être totalement expulsé de l'actionnariat pour revenir se faire réattribuer une participation de 15 %. »
Vers une reprise en main totale
Face à ces révélations, l'État a engagé des mesures de rétorsions immédiates, notamment le blocage des comptes bancaires et fin du renouvellement des concessions. L'ambition affichée est désormais la souveraineté : «Nos phosphates doivent servir d'abord au Sénégal et au Sénégalais, à son agriculture, mais également dans des projections beaucoup plus ambitieuses [...] comme la production de batteries », a conclu le Premier ministre.
Pour la reprise du contrôle des Ics par le Sénégal, le Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (CNDES) et d'anciens employés avaient demandé la renégociation du contrat, le paiement de redevance par Ics/Indorama évaluée à 300 milliards FCFA et le renouvellement de la convention Etat Sénégal /Ics. Ils estimaient que si «l’Etat du Sénégal récupère le contrôle des Ics en redevenant l’actionnaire majoritaire, il pourra ouvrir le capital au secteur privé». L'ère du contentieux s'achève pour laisser place à une volonté de réappropriation industrielle dont les modalités concrètes seront observées de près par les partenaires économiques du Sénégal. «Notre ambition, c’est de devenir le premier sur ce marché qui exporte plus de 3 millions de tonnes d’engrais par an», a dit le premier ministre.
Le 7 juin 2024, lors d'une conférence de presse tenue par le Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (CNDES) et d'anciens employés, le constat est sans appel : les ICS, pourtant géant industriel, «ne profitent plus au pays», selon les anciens travailleurs. Les griefs sont multiples.
Tout a commencé en 2005, par l’arrivée de l’homme d’affaires Jérôme Godart, avec son plan de sauvetage, basé sur l’acquisition de 300 mille tonnes de phosphate disodique (Dsp) auprès de Ics. Ce plan n'a pas produit de résultats escomptés, car Godart n’a pas pu vendre sur le marché international. A la suite de cet échec, M. Godart aurait fait bloquer les comptes bancaires d’Ics à Paris et New York, arguant que les Ics lui auraient fourni un produit non conforme et réclamant des dommages et intérêts d’un montant de 37 milliards FCFA. «Apres avoir été indemnisé à tort en 2007, Godart s’en alla et laissa derrière lui une société exsangue. IFFCO (Indian Farmers Fertiliser Cooperative Limited) et des privés en profitèrent pour dévaloriser les Ics en ramenant le capital de 130 milliards FCFA à zéro. Par la suite, ils le fixèrent à 44 milliards, grâce à la collaboration de la Direction générale des Ics», précise Abdou Aziz Ndiaye. Selon l’ancien employé, «cet argent (qui aurait été) détourné a permis à Archean, à travers Senfer Africa Ltd, d’acquérir majoritairement les Ics, en 2008». Par la suite, Senfer a disparu du capital des Ics en faveur d’Archean, qui céda la société à Indorama en 2014.
Les griefs de l'ITIE 2022
Ces critiques semblent être corroborées par les données de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) pour l'année 2022. Le rapport souligne la faiblesse de la contribution budgétaire : «Cette contribution de 6,4 milliards F CFA est constituée essentiellement d’impôts et taxes pour un montant total de 4,1 milliards F CFA en 2022, d’une redevance minière de 1,3 milliard F CFA et de 967 millions F CFA de cotisations sociales.» L’ITIE note que sur 59 lignes de paiement, les ICS ne sont concernées que par cinq, bénéficiant d'exonérations massives.
Le constat accablant du gouvernement (2024-2026)
Depuis août 2024, une commission de relecture des contrats, épaulée par l'Inspection générale d’État (IGE), a passé au crible les conventions liant l’État aux ICS. Le verdict du Premier ministre, dévoilé ce 12 mars 2026, est sans équivoque : le Sénégal a été « lésé gravement ».
Le manque à gagner est chiffré à 1 075,9 milliards FCFA. Selon le chef du gouvernement, plusieurs infractions ont été identifiées : « Le non-paiement des taxes et redevances parce qu'il y a eu des exonérations fiscales qui ont été allouées à cette entreprise sur des bases légales inexistantes de la simple volonté d'un ministre.» Il rappelle avec fermeté que « l'exonération ne peut découler que de la loi et uniquement de la loi ». Au-delà de la fiscalité, le Premier ministre pointe du doigt une éviction programmée : «L'État du Sénégal était actionnaire et passé presque d'actionnaire principal à être totalement expulsé de l'actionnariat pour revenir se faire réattribuer une participation de 15 %. »
Vers une reprise en main totale
Face à ces révélations, l'État a engagé des mesures de rétorsions immédiates, notamment le blocage des comptes bancaires et fin du renouvellement des concessions. L'ambition affichée est désormais la souveraineté : «Nos phosphates doivent servir d'abord au Sénégal et au Sénégalais, à son agriculture, mais également dans des projections beaucoup plus ambitieuses [...] comme la production de batteries », a conclu le Premier ministre.
Pour la reprise du contrôle des Ics par le Sénégal, le Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (CNDES) et d'anciens employés avaient demandé la renégociation du contrat, le paiement de redevance par Ics/Indorama évaluée à 300 milliards FCFA et le renouvellement de la convention Etat Sénégal /Ics. Ils estimaient que si «l’Etat du Sénégal récupère le contrôle des Ics en redevenant l’actionnaire majoritaire, il pourra ouvrir le capital au secteur privé». L'ère du contentieux s'achève pour laisser place à une volonté de réappropriation industrielle dont les modalités concrètes seront observées de près par les partenaires économiques du Sénégal. «Notre ambition, c’est de devenir le premier sur ce marché qui exporte plus de 3 millions de tonnes d’engrais par an», a dit le premier ministre.
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