Espagne : des milliers de manifestants pour contester le jugement de "5 violeurs"

Cinq Sévillans ont été condamnés jeudi pour « abus sexuel » là où la défense, la procureure et les associations féministes estiment que la victime a subi un viol.



Espagne : des milliers de manifestants pour contester le jugement de "5 violeurs"
La contestation s’amplifie en Espagne. Trois jours après le jugement disculpant de « viol » cinq hommes ayant abusé d’une jeune femme, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Pampelune, dans le nord de l’Espagne, samedi 28 avril, scandant le slogan « ce n’est pas un abus sexuel, c’est un viol ! ».

A l’appel du Mouvement féministe de Pampelune, « 32 000 à 35 000 personnes ont participé à cette marche très tranquille mais très revendicative », a déclaré un porte-parole de la police municipale à l’Agence France-Presse.

Nouveau procès

Depuis trois jours, la colère ne faiblit pas. De nombreux Espagnols s’indignent qu’un des trois juges se soit prononcé pour la relaxe des cinq Sévillans qui ont été condamnés jeudi à une peine de neuf ans de prison chacun, pour « abus sexuel » sur une Madrilène de 18 ans pendant les fêtes de la San Fermin de l’été 2016, aggravé d’« abus de faiblesse ». La condamnation est très inférieure aux réquisitions du parquet, qui demandait notamment vingt-deux ans et dix mois de réclusion contre chacun des coupables.

Les cinq hommes, âgés de 27 à 29 ans, qui se surnommaient eux-mêmes « La meute », avaient filmé leurs actes et s’en étaient vantés sur l’application Whatsapp. Au procès, la jeune fille avait dû se justifier de son attitude passive face à eux. Les avocats des cinq condamnés soutenaient que la victime – dont ils soulignaient qu’elle avait auparavant bu de la sangria – était consentante. Preuve en était, elle n’avait jamais semblé dire « non » à l’image. Des arguments qui ont porté : les juges n’ont finalement pas retenu la notion de « viol », pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu’il doit y avoir eu « intimidation » ou « violence ».

Dans leur jugement, les magistrats ont pourtant considéré « indiscutable que la plaignante s’était soudain trouvée dans un lieu étroit et caché, entourée par cinq hommes plus âgés et de forte carrure qui l’avaient laissée impressionnée et sans capacité de réaction ».


Un nouveau procès devrait avoir lieu. Dès vendredi, le parquet de Navarre avait annoncé qu’il ferait appel du jugement, en maintenant que « les faits [étaient] constitutifs du délit d’agression sexuelle », c’est-à-dire de viol. Face aux critiques montantes, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy s’est empressé d’annoncer qu’il étudierait l’éventualité d’une révision du Code pénal.

Appels au respect des magistrats

Mais cette annonce n’a pas suffi. Des personnalités très différentes se sont impliquées dans le débat, telle la puissante dirigeante de la banque Santander, Ana Botin, qui a glissé sur Twitter que le jugement était « un recul pour la sécurité des femmes ». L’ancienne juge Manuela Carmena, maire de Madrid, a aussi considéré que « ce jugement ne répond [ait] pas aux exigences de justice des femmes » et souhaité qu’il soit cassé.

Fait rare : plus d’1,2 million de personnes ont déjà signé une pétition adressée au Tribunal suprême pour réclamer la révocation des juges ayant pris la décision.



Mais la contestation n’est pas unanime. D’autres voix se sont élevées pour appeler au respect dû aux magistrats et à leurs argumentations. « Les décisions judiciaires, même quand on ne les partage pas, méritent tout le respect », a averti samedi l’Association des procureurs, déplorant « la facilité avec laquelle on déprécie le travail des magistrats et mène des procès parallèles ».

Le tribunal a « minutieusement évalué (…) tous les éléments de preuves apportés », avait réagi dès vendredi le président du Tribunal suprême et de l’organe de direction du pouvoir judiciaire, Carlos Lesmes.

Ce n’est pas l’avis des contestataires, qui ont même reçu le soutien de certaines carmélites, de l’ordre des Moniales déchaussées. Elles ont fait sensation en se joignant aux critiques depuis leur couvent, en postant un texte sur Facebook qu’elles concluent par le slogan « ma sœur, moi je te crois », couramment repris dans le pays à l’attention de la victime de Pampelune.
 
Le Monde
 

AYOBA FAYE

Samedi 28 Avril 2018 - 20:19



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