Ce n'est pas une journée pour célébrer la femme, mais un jour pour mettre en lumière les luttes pour les droits des femmes dans le monde. Dans de nombreux pays, leurs droits sont, en 2022, toujours bafoués et nombre d'entre elles sont opprimées. Célébrer les femmes a une connotation d'ailleurs sexiste, estime Ibtissame Betty Lachgar, psychologue clinicienne, militante féministe et porte-parole de Mali au Maroc (Mouvement alternatif pour les libertés individuelles). Elle déplore le côté marketing du 8 mars. « On leur offre des fleurs, des cadeaux, on leur dit qu'elles sont de super mères, épouses, etc. Bref, se fonder sur des stéréotypes complètement sexistes ! »
« Ce qu'on exige le 8 mars, c'est ce qu'on exige tous les jours. Mais symboliquement, comme toutes les causes, il faut une journée pour mettre en avant ladite cause qu'on défend. On ne veut pas de cadeaux, on veut des droits ». Et Ibtissame Betty Lachgar de noter qu'il n'y a d'ailleurs pas d'émancipation des femmes possible sans déconstruire la rhétorique des dominants. « Les femmes ne forment pas un bloc monolithique. Le pluriel est donc de mise pour parler de "LA FÂÂME" », comme elle dit.
Le patriarcat responsable ?
Pour la militante féministe, les revendications des femmes sont globalement les mêmes partout dans le monde : l'émancipation des femmes au-delà de l'égalité. Si en France, par exemple, l'égalité des droits entre les femmes et les hommes est juridiquement effective, il existe toujours des inégalités dans le domaine des retraites ou de l'égalité salariale. « Cette journée est faite pour dénoncer toutes les lois et toutes les pratiques portant atteinte aux droits et à la dignité des femmes dans le monde », insiste-t-elle.
« Le problème, c'est que ce sont toujours les hommes qui ont dominé les femmes ». Les pays où les droits des femmes sont les plus bafoués, note la psychologue, sont ceux où le système patriarcal est le plus présent, et à cet égard, « à des degrés divers, toutes les femmes du monde sont touchées ».
Le patriarcat capitaliste, majoritaire en Europe (on pense à la prostitution, à la GPA) mais aussi le patriarcat religieux. « Toutes les religions sont misogynes, c'est un fait. Les textes religieux, tous, sont sexistes et patriarcaux. » Dès lors, dans les pays où la religion prime, les femmes sont opprimées. C'est le cas au Maroc, dans certains pays d'Amérique latine et d'Asie centrale, en Israël.
« Ça me désole de voir que certaines féministes, sous-couvert de relativisme culturel, m'accusent d'islamophobie ou autre (au sujet de la polygamie, de l'excision, etc.) et qui finalement font le jeu du patriarcat, qui mettent en pratique la stratégie du "diviser pour mieux régner" entre nous. Or, on ne peut pas diviser les opprimées. »
Quid du 8 mars à l'heure de la « fin des sexes » ?
À l'heure des luttes transgenres, une journée consacrée aux droits des femmes est-elle toujours défendable ? Faut-il inclure les femmes transsexuelles, elles aussi victimes de violences ? Mais dans ce cas, quid des hommes transsexuels ? Et Ibtissame Betty Lachgar de rétorquer par le droit à l'avortement qui ne les concernent pas, tout comme les violences gynécologiques et obstétricales, ou bien encore d'évoquer les féticides – un toutes les cinquante secondes – en Inde où le fœtus est avorté de force lorsqu'il est de sexe féminin.
« Ainsi, pour moi, les femmes trans ne sont pas des femmes. Si un homme veut s'identifier femme, il n'y a pas de souci. Le problème est qu'on parle de violences systémiques et structurelles qui sont fondées sur le sexe. On ne peut pas comparer ! Nous sommes encore dans le patriarcat, avec les femmes trans, qui sont des hommes, qui veulent s'accaparer notre lutte et qui nous traitent de transphobes. » « 8 mars ou pas, les hommes en sortent toujours gagnants », conclut Ibtissame Betty Lachgar.
Bérénice Levet : La journée du 8 mars a moins de sens que jamais dans le monde post #metoo. Est-il une seule journée de l’année où les femmes ne sont pas à l’agenda ? Il n’est pas de droits dont nous ne jouissions déjà. C’est l’objectif de la rhétorique victimaire que de justifier la surenchère : les hommes, et plus largement nos civilisations, auraient contracté une telle dette à l’endroit des femmes qu’elles seraient par avance autorisées à tirer des traites sans fin sur le capital occidental et singulièrement français. Henry James a magnifiquement mis en lumière ce mécanisme dans son roman Les Bostoniennes.
Ce ne sont pas des droits que l’activisme féministe réclame, mais l’avènement de sociétés qui n’auraient plus d’autre horizon que celui des individus et de leurs identités, identités sexuée, sexuelle, raciale… des sociétés réquisitionnées par les enjeux de « diversité » et de minorités. Que la France qui a dans sa besace, c’est-à-dire dans son histoire, le principe d’indifférence aux différences, autrement dit, l’universalisme, mot abstrait mais chose fort concrète, qui fait le pari de la liberté du côté, qui n’est pas une liberté d’arrachement, mais la liberté de suspendre ses appartenances premières, que la France ne soit pas le fer de lance d’une révolte contre cet enfermement des individus dans le cercle étroit des identités particulières m’accable.
La décomposition de nos sociétés en communautés dont le ciment est le plus petit commun dénominateur, le sexe – comme on ne dit plus, lui préférant celui de « genre », puisqu’il serait entendu qu’être homme ou femme est sans étayage dans la nature, mais de pures constructions – la sexualité (LGBTQI+), la religion, devrait nous occuper et préoccuper.
Vous parlez de « journée d'intimidation », c'est-à-dire ?
Je ne me souviens pas d’avoir qualifié le 8 mars en particulier de journée d’intimidation, c’est le discours féministe, sonore et quotidien, qui travaille à nous intimider, c’est-à-dire à rendre captives nos pensées et à délégitimer toute critique, toute position dissidente.
Dans les années 1970, la société tout entière ne parlait pas la langue du militantisme féministe, or, aujourd’hui, quels candidats à la présidentielle ne sacrifient pas à la langue inclusive – le point médian étant de rigueur sur chacun des sites des candidats de gauche, et la double flexion au détriment du masculin générique dans tous les discours – sinon ceux que l’on qualifiera d’extrême–droite ?
Avec quel empressement chacun assure que son film, son œuvre sert la cause des femmes et quiconque se risque à émettre quelques réserves quant au mouvement #meetoo s’empresse avant toute chose de clamer que « #metoo était nécessaire, que c’est une très bonne chose, que la parole s’étant libérée ». Peut-être est-ce l’esprit frondeur qui fait cruellement défaut aujourd’hui, mais c’est aussi que ne pas entrer dans cette rhétorique aujourd’hui se paye d’un prix élevé.
Le patriarcat serait la cause de tous les maux des femmes, qu'en pensez-vous ?
Le patriarcat, c’est le poumon de Molière. La clef censée ouvrir les serrures, le fin mot de l’histoire… Morne plaine que l’intrigue féministe, toute l’histoire de l’humanité et singulièrement de l’Occident et plus encore singulièrement de la France consisterait dans une grande fabrique de victimes, à commencer par les femmes. « Le miracle de l’être n’intéresse pas les idéologies », concluait superbement, mais non sans dépit, Hannah Arendt. Le miracle de l’être, c’est tout ce qui n’entre pas dans le Grand Récit. Plutôt que s’en encombrer, le féminisme l’ignore, le rabote, elle tire le fil et tout s’ordonne avec une cohérence parfaite qui ne s’observe jamais dans le réel. C’est donc le réel que le féminisme, comme toutes les idéologies, piétine…
De nombreuses militantes féministes luttent pour défendre les droits des femmes dans le monde. Est-ce un vain combat ?
Nullement, or, nos féministes sont désespérément absentes sur ce terrain-là. Ils n’ont, et c’est grave, aucun sens de la responsabilité : lorsque, à l’image de notre ministre des Droits des femmes (avant rétractation certes), de Yannick Jadot ou d’Éric Piolle, ils soutiennent les hijjabeuses sportives réclamant de porter le voile dans les compétitions, ils oublient que les femmes qui luttent dans les pays islamistes contre des régimes qui le leur imposent, ces femmes nous regardent et comptent infiniment sur nous pour continuer d’incarner une civilisation où la foi, la confession ne s’affiche pas en public.
La laïcité, ce n’est pas la liberté de vivre et en l’occurrence de se vêtir comme on l’entend, c’est d’abord une magnifique exigence de discrétion – cette belle vertu commune, de la vie en commun, on n’exhibe pas son moi. Mais évidemment, la visibilité est désormais un droit et une obsession ! Je suis qui je suis.
« Ce qu'on exige le 8 mars, c'est ce qu'on exige tous les jours. Mais symboliquement, comme toutes les causes, il faut une journée pour mettre en avant ladite cause qu'on défend. On ne veut pas de cadeaux, on veut des droits ». Et Ibtissame Betty Lachgar de noter qu'il n'y a d'ailleurs pas d'émancipation des femmes possible sans déconstruire la rhétorique des dominants. « Les femmes ne forment pas un bloc monolithique. Le pluriel est donc de mise pour parler de "LA FÂÂME" », comme elle dit.
Le patriarcat responsable ?
Pour la militante féministe, les revendications des femmes sont globalement les mêmes partout dans le monde : l'émancipation des femmes au-delà de l'égalité. Si en France, par exemple, l'égalité des droits entre les femmes et les hommes est juridiquement effective, il existe toujours des inégalités dans le domaine des retraites ou de l'égalité salariale. « Cette journée est faite pour dénoncer toutes les lois et toutes les pratiques portant atteinte aux droits et à la dignité des femmes dans le monde », insiste-t-elle.
« Le problème, c'est que ce sont toujours les hommes qui ont dominé les femmes ». Les pays où les droits des femmes sont les plus bafoués, note la psychologue, sont ceux où le système patriarcal est le plus présent, et à cet égard, « à des degrés divers, toutes les femmes du monde sont touchées ».
Le patriarcat capitaliste, majoritaire en Europe (on pense à la prostitution, à la GPA) mais aussi le patriarcat religieux. « Toutes les religions sont misogynes, c'est un fait. Les textes religieux, tous, sont sexistes et patriarcaux. » Dès lors, dans les pays où la religion prime, les femmes sont opprimées. C'est le cas au Maroc, dans certains pays d'Amérique latine et d'Asie centrale, en Israël.
« Ça me désole de voir que certaines féministes, sous-couvert de relativisme culturel, m'accusent d'islamophobie ou autre (au sujet de la polygamie, de l'excision, etc.) et qui finalement font le jeu du patriarcat, qui mettent en pratique la stratégie du "diviser pour mieux régner" entre nous. Or, on ne peut pas diviser les opprimées. »
Quid du 8 mars à l'heure de la « fin des sexes » ?
À l'heure des luttes transgenres, une journée consacrée aux droits des femmes est-elle toujours défendable ? Faut-il inclure les femmes transsexuelles, elles aussi victimes de violences ? Mais dans ce cas, quid des hommes transsexuels ? Et Ibtissame Betty Lachgar de rétorquer par le droit à l'avortement qui ne les concernent pas, tout comme les violences gynécologiques et obstétricales, ou bien encore d'évoquer les féticides – un toutes les cinquante secondes – en Inde où le fœtus est avorté de force lorsqu'il est de sexe féminin.
« Ainsi, pour moi, les femmes trans ne sont pas des femmes. Si un homme veut s'identifier femme, il n'y a pas de souci. Le problème est qu'on parle de violences systémiques et structurelles qui sont fondées sur le sexe. On ne peut pas comparer ! Nous sommes encore dans le patriarcat, avec les femmes trans, qui sont des hommes, qui veulent s'accaparer notre lutte et qui nous traitent de transphobes. » « 8 mars ou pas, les hommes en sortent toujours gagnants », conclut Ibtissame Betty Lachgar.
Bérénice Levet : La journée du 8 mars a moins de sens que jamais dans le monde post #metoo. Est-il une seule journée de l’année où les femmes ne sont pas à l’agenda ? Il n’est pas de droits dont nous ne jouissions déjà. C’est l’objectif de la rhétorique victimaire que de justifier la surenchère : les hommes, et plus largement nos civilisations, auraient contracté une telle dette à l’endroit des femmes qu’elles seraient par avance autorisées à tirer des traites sans fin sur le capital occidental et singulièrement français. Henry James a magnifiquement mis en lumière ce mécanisme dans son roman Les Bostoniennes.
Ce ne sont pas des droits que l’activisme féministe réclame, mais l’avènement de sociétés qui n’auraient plus d’autre horizon que celui des individus et de leurs identités, identités sexuée, sexuelle, raciale… des sociétés réquisitionnées par les enjeux de « diversité » et de minorités. Que la France qui a dans sa besace, c’est-à-dire dans son histoire, le principe d’indifférence aux différences, autrement dit, l’universalisme, mot abstrait mais chose fort concrète, qui fait le pari de la liberté du côté, qui n’est pas une liberté d’arrachement, mais la liberté de suspendre ses appartenances premières, que la France ne soit pas le fer de lance d’une révolte contre cet enfermement des individus dans le cercle étroit des identités particulières m’accable.
La décomposition de nos sociétés en communautés dont le ciment est le plus petit commun dénominateur, le sexe – comme on ne dit plus, lui préférant celui de « genre », puisqu’il serait entendu qu’être homme ou femme est sans étayage dans la nature, mais de pures constructions – la sexualité (LGBTQI+), la religion, devrait nous occuper et préoccuper.
Vous parlez de « journée d'intimidation », c'est-à-dire ?
Je ne me souviens pas d’avoir qualifié le 8 mars en particulier de journée d’intimidation, c’est le discours féministe, sonore et quotidien, qui travaille à nous intimider, c’est-à-dire à rendre captives nos pensées et à délégitimer toute critique, toute position dissidente.
Dans les années 1970, la société tout entière ne parlait pas la langue du militantisme féministe, or, aujourd’hui, quels candidats à la présidentielle ne sacrifient pas à la langue inclusive – le point médian étant de rigueur sur chacun des sites des candidats de gauche, et la double flexion au détriment du masculin générique dans tous les discours – sinon ceux que l’on qualifiera d’extrême–droite ?
Avec quel empressement chacun assure que son film, son œuvre sert la cause des femmes et quiconque se risque à émettre quelques réserves quant au mouvement #meetoo s’empresse avant toute chose de clamer que « #metoo était nécessaire, que c’est une très bonne chose, que la parole s’étant libérée ». Peut-être est-ce l’esprit frondeur qui fait cruellement défaut aujourd’hui, mais c’est aussi que ne pas entrer dans cette rhétorique aujourd’hui se paye d’un prix élevé.
Le patriarcat serait la cause de tous les maux des femmes, qu'en pensez-vous ?
Le patriarcat, c’est le poumon de Molière. La clef censée ouvrir les serrures, le fin mot de l’histoire… Morne plaine que l’intrigue féministe, toute l’histoire de l’humanité et singulièrement de l’Occident et plus encore singulièrement de la France consisterait dans une grande fabrique de victimes, à commencer par les femmes. « Le miracle de l’être n’intéresse pas les idéologies », concluait superbement, mais non sans dépit, Hannah Arendt. Le miracle de l’être, c’est tout ce qui n’entre pas dans le Grand Récit. Plutôt que s’en encombrer, le féminisme l’ignore, le rabote, elle tire le fil et tout s’ordonne avec une cohérence parfaite qui ne s’observe jamais dans le réel. C’est donc le réel que le féminisme, comme toutes les idéologies, piétine…
De nombreuses militantes féministes luttent pour défendre les droits des femmes dans le monde. Est-ce un vain combat ?
Nullement, or, nos féministes sont désespérément absentes sur ce terrain-là. Ils n’ont, et c’est grave, aucun sens de la responsabilité : lorsque, à l’image de notre ministre des Droits des femmes (avant rétractation certes), de Yannick Jadot ou d’Éric Piolle, ils soutiennent les hijjabeuses sportives réclamant de porter le voile dans les compétitions, ils oublient que les femmes qui luttent dans les pays islamistes contre des régimes qui le leur imposent, ces femmes nous regardent et comptent infiniment sur nous pour continuer d’incarner une civilisation où la foi, la confession ne s’affiche pas en public.
La laïcité, ce n’est pas la liberté de vivre et en l’occurrence de se vêtir comme on l’entend, c’est d’abord une magnifique exigence de discrétion – cette belle vertu commune, de la vie en commun, on n’exhibe pas son moi. Mais évidemment, la visibilité est désormais un droit et une obsession ! Je suis qui je suis.
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