Le Nigeria se prononce largement contre la création d’un congé paternité

Le Parlement nigérian a rejeté à la quasi-unanimité l'instauration d'un congé paternité, vendredi 4 mai 2018. Les élus ont notamment estimé que le pays n’était « pas prêt » à ce changement. La proposition de loi du député Edward Pwajok (Etat du Plateau) entendait instaurer deux semaines de congés optionnels pour les hommes mariés dont l'épouse viendrait d'accoucher,



Comme la grande majorité de ses collègues, le député nigérian Henry Archibong a voté contre la mise en place d’un congé paternité de deux semaines. Il s’étonne de voir que certains de ses confrères « ont comparé le Nigéria à la Finlande, l'Allemagne, les Etats-Unis, etc. », alors que « dans ces pays, les services de base sont déjà là : une maison décente, un bon accès aux soins », ce qui n’est pas le cas au Nigeria, où « les gens doivent aller travailler pour subvenir aux besoins de leur famille ».

En conséquence, il estime que le pays « n’est pas prêt » à offrir aux pères des congés à la naissance de leurs enfants : « Si vous décidez de donner deux semaines de congé paternité, imaginez le nombre d'hommes qui cumuleront leurs congés, et imaginez le nombre d'heures de travail perdues! Vous voyez la perte économique pour ce pays ».

Il est d’autant moins favorable à une telle loi que, à ses yeux, « Dieu est clair sur ce que doit faire l'homme et ce que doit faire la femme. C'est la femme qui endure la grossesse, pendant 9 mois. C'est la femme qui endure les douleurs de l'accouchement, pendant des heures. Donc les femmes ont besoin de repos. Mais les hommes, eux, doivent pourvoir aux besoins de leurs femmes, ils n'ont pas besoin de se reposer, tranquilles, à la maison ».

Henry Archibong ne ferme pas la porte au vote d’une loi similaire « dans le futur, peut-être ». Mais il estime que le Nigeria doit d’abord répondre « aux besoins vitaux ».

«Les hommes doivent s'impliquer dans l'éducation de leurs enfants»

Joe Okei, président de l'association Women arise, juge au contraire que le pays a manqué une occasion de « mieux élever la prochaine génération » de Nigérians. Il pense en effet que « si un homme voit que l'éducation relève et du père et de la mère, l'enfant s'en portera mieux ».

« Si un enfant voit son père et sa mère responsables de son éducation, il aura deux modèles », alors qu’au contraire, « si le père ne vient même pas aider la mère à élever son bébé, ce petit va grandir, devenir un adulte, qui ne pense pas que les hommes doivent s'occuper de leurs enfants ».

Pour Joe Okei, ceux favorables à une loi ne sont pas « en train de dire que le nombre de jours de congés pris par les hommes doivent être les mêmes que ceux des femmes. Deux semaines c'est bien ». Simplement, « ça ferait avancer l'égalité si les hommes réalisaient que les congés paternité, élever ses fils et ses filles, c'est important. Si on veut avancer politiquement et économiquement, les hommes doivent s'impliquer dans l'éducation de leurs enfants ».


Rfi.fr

Dimanche 6 Mai 2018 - 03:19



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