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Le prix d'achat d'un avion présidentiel déclaré "secret de défense" provoque la colère des Sénégalais

Le Sénégal va réceptionner, le 16 juillet prochain, un nouvel avion de commandement présidentiel A320neo neuf acquis auprès de la compagnie Airbus. L’annonce a été faite par le ministre porte-parole du gouvernement, Oumar Guèye qui maintient flou sur le coût de l’appareil. Pour se justifier, M. Guèye évoque « des raisons de sécurité et de sûreté ». La nouvelle a créé une très grosse polémique sur les réseaux sociaux. Les internautes s’en sont pris au chef de l’Etat qui, dans un passé récent, a montré une ferme volonté de mettre fin à la gabegie et de réduire les dépenses budgétaires liées à l’acquisition, l’utilisation et l’entretien des véhicules de l'Etat. Ces Sénégalais crient au scandale et parlent de gaspillage au moment où l’économie du pays vit des jours sombres en raison de la pandémie du coronavirus.



Le prix d'achat d'un avion présidentiel déclaré "secret de défense" provoque la colère des Sénégalais
Le ministre des Collectivités territoriales et non moins porte-parole du gouvernement a pondu un communiqué pour annoncer l’acquisition d’un nouvel avion de commandement présidentiel que le Sénégal va réceptionner dans moins de deux mois, en juillet prochain. Dans sa note, Oumar Guèye souligne que « l’A-319 est devenu vétuste, nécessitant de fréquentes et onéreuses visites techniques, et par conséquent de longues périodes d’immobilisation et des dépenses de location d’aéronefs pour assurer les missions présidentielles ». 

Ibra Niang, un internaute qui se présente comme quelqu’un qui travaille dans le secteur de l’aviation, applaudit. Répondant au poste du journaliste et directeur de la publication de Rfm (radio privé, Radio futur média), Babacar Fall qui a écrit sur sa page Facebook : « Tu interdis à l'administration d'acheter des véhicules, mais tu achètes un nouvel avion présidentiel... », M. Niang déclare : « L’Etat a bien fait de commander cet avion de dernière génération et utile en économie de par sa consommation de moins de 30% par rapport aux anciennes versions ».

Le prix d'achat d'un avion présidentiel déclaré "secret de défense" provoque la colère des Sénégalais
A quel coût ? Interpelé sur le prix de l’appareil, M. Guèye de répondre sur les ondes de la Rfm qu’« Un avion présidentiel, c’est dans le domaine militaire. Ce sont des choses que nous ne pouvons pas dévoiler présentement pour des raisons de sécurité et de sûreté ». Suffisant pour réveiller l’ire des internautes et soulever la controverse chez la société civile.

L'analyste politique sénégalais Abdou Khadre Lo, directeur Afrique du Cabinet Access Partnership, se dit scandalisé. Il n’arrive pas à comprendre  pourquoi le ministre « refuse de donner le prix de vente de l’ancien aéronef et le prix d’achat du nouveau en évoquant le secret défense ».  

M. Lo tient à rappeler au ministre que « Les prix doivent être communiqués aux contribuables Sénégalais. Évoquer un éventuel “secret défense” c’est méconnaître le monde de l’aéronautique. Chaque appareil a un prix catalogue connu de tous. Les avionneurs communiquent systématiquement sur le prix de vente des avions de tout type, y compris les avions de chasse (donc militaire).

La société civile a, elle aussi, dénoncé cette posture du ministre. Réagissant sur iRadio, Elimane Kane, président de l’ONG Legs Africa, est d’avis que  pour des raisons de transparence, le gouvernement devrait être beaucoup plus clair.

« Le communiqué du gouvernement n’est pas exhaustif. Il n’est pas complet. Il ne nous dit pas dans quelle condition l’avion a été acquis. C’est-à-dire s’il y a une procédure d’appel d’offre. Mais ensuite il ne donne pas d’information sur le coût. On sait que les aéronefs A 320 sont parmi les marques de haute gamme destinées aux privés et aux gouvernements », a-t-il soutenu.

Pour M. Kane, l'achat d'un avion présidentiel n'est pas une priorité pour le pays. « Le pays est dans des difficultés économiques sans précédentes avec le plafonnement du taux d’endettement, avec l’épuisement de ses droits de tirages spéciaux, et des projets coûteux comme le TER qui est toujours cloué. Un avion présidentiel, ce n’est pas obligatoire », a-t-il souligné. 

L'ancien journaliste et consultant sénégalais, exilé au Caire, a appelé pour sa part à la "révolte". Féroce critique du président Macky Sall, Adama Gaye va plus loin et "maudit" le chef de l'Etat. « Maudit Macky Sall, il se tape un avion neuf sans consultations quand les jeunes chôment, le peuple trinque», a-t-il écrit.

Sur Twitter, c'est le même ressenti. Les internautes n'arrivent pas à comprendre pourquoi l'Etat achète un tel appareil au moment où l'urgence est ailleurs. Un twitto du nom de MCelesteDiouf va plus loin et avance des chiffres. 

"L'avion présidentiel actuel est il hors service ? 
On parle de 60 milliards là ! Vous vous imaginez tout ce qui pouvait être réalisé avec ce montant ?", s'est-il interrogé.

Plus ironique, Mouhamed Diaby est d'avis qu'un "lion qui dort ne semble tjrs pas mesurer les responsabilités de président". En 2010, l'achat par le Sénégal de l'avion devant être utilisé par le président Abdoulaye Wade avait déclenché un tollé. L'appareil appartenant à l'ancien président français Nicola Sarkozy, avait été racheté par Me Wade à hauteur de "20 milliards" de francs CFA. La remise en état avait coûté 18 milliards F Cfa.

A l'époque, les Sénégalais avaient la même posture. Beaucoup avaient estimé qu'il n'était pas une priorité.


Lundi 24 Mai 2021 - 20:23


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