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Madagascar: comment en finir avec le tabou des règles

Avoir ses règles complique chaque mois le quotidien de millions de filles et de femmes malgaches. En parler reste un tabou, même à son époux. Pour faire évoluer les mentalités sur la menstruation, plusieurs associations malgaches ont décidé de faire de ce « non-sujet » un vrai objet de discussions. Hier, lors du café-débat organisé au Cafétulat, un lieu de rencontres et de partage unique en son genre dans la capitale, les échanges ont été animés.



« Dans la langue malgache, le mot "règle", il se dit "fadimbolana", ce qui signifie littéralement "le tabou du mois". Ça veut déjà tout dire ! » Marie-Christina Kolo est la responsable de la branche féministe du café associatif le Cafétulat. De manière générale dans la société malgache, explique-t-elle, une fille qui a ses règles est considérée comme sale. Un préjugé à l’impact dévastateur dans certaines régions de l’île.
 
« Je pense à l’Androy, dans l’extrême sud de Madagascar, une région régulièrement affectée par de sévères sécheresse où des femmes sont obligées de faire des kilomètres pour trouver de l’eau. Cette eau, une fois rapportée chez elles, sera donnée en priorité à l’homme, le chef de famille, et ne sera certainement pas utilisée pour se nettoyer, pour leur hygiène personnelle, même en période de règles. Ce serait considéré comme un gaspillage. "Ok, il nous manque de l’eau. Tu es sale. C’est déjà un assez gros tabou comme ça, tu te débrouilles", s'entendent-elles dire. Elles se retrouvent obligées d’utiliser des eaux stagnantes, parfois même du sable pour pouvoir se nettoyer. On en arrive à ce stade aujourd'hui.
 
Dans d’autres zones rurales, il est encore courant d’avoir des propositions de la part d’hommes qui vont suggérer à une jeune femme qui a ses règles d’avoir des relations sexuelles avec elles pour la purifier, puisqu’on considère aussi qu’avoir ses règles, c’est avoir une part du démon, une part de mal en soi. »
 
D’après Marie-Christina Kolo, le tabou des règles serait aussi lié à un poids religieux. « Dans beaucoup d’écoles privées, on nous inculque que parler des règles reviendrait à parler de son corps, de son rapport au corps, de sa sexualité, de son intimité, et ça, ce ne sont pas des sujets à aborder. »
 
Parallèlement à ce tabou, le manque d’accès aux protections hygiéniques amplifie le sentiment de honte d’avoir ses règles. En brousse, beaucoup de femmes utilisent de la boue séchée, des feuilles, ou des morceaux de matelas pour se confectionner leurs propres protections.
 
Kevin, 22 ans, a fait la promotion des « Ecolotte », des serviettes hygiéniques lavables fabriquées sur la Grande Île, lors de salons et de foires dans la capitale. Il a dû affronter le regard moqueur de la gente masculine. Le chemin à parcourir pour casser ce tabou est encore long, selon lui. « Beaucoup de garçons de ma tranche d’âge pensent que les filles qui ont leurs règles sont sales et il ne faut donc pas les approcher. C’est un problème de mentalités ; et c’est notre culture patriarcale qui contribue à la stigmatisation des règles », dit-il.
 
Au Cafétulat, tous croient dur comme fer que les organisations féministes ont un rôle crucial à jouer dans l’évolution des mentalités et l’éducation des jeunes.

RFI

Dimanche 8 Mars 2020 - 07:28



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