Cette crise migratoire a pour origine une brouille diplomatique entre le Maroc et l’Espagne, autour d'un tout autre territoire : le Sahara occidental, revendiqué par les autorités de Rabat. La position marocaine s’est durcie depuis fin 2020 sur ce dossier en souffrance depuis des décennies, faute de référendum d’autodétermination pour les Sahraouis.
Après les États-Unis, le Maroc attend la reconnaissance de l’Europe
« Le Maroc fait monter la pression à partir du 10 décembre, observe Ignacio Cembrero, journaliste spécialiste de ces questions à Orient XXI et El Confidencial, quand le président Trump reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. À partir de là, il fait pression sur les Européens et en particulier sur l’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental. »
Le vœu de Rabat ? Que Madrid sorte de sa neutralité et reconnaisse à son tour la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Or, fin avril, un chef indépendantiste sahraoui du Front polisario est hospitalisé en Espagne.
« L’hospitalisation de Brahim Ghali a été vécue comme une provocation, commente Ignacio Cembrero, d’autant plus que les autorités marocaines n’ont pas été informées à l’avance. Mais elle a aussi donné un excellent prétexte aux autorités marocaines pour faire monter la pression d’un cran. »
Le Maroc demande des explications. L’Espagne invoque un geste humanitaire. Mais lundi, les policiers marocains interrompent pendant quelques heures la surveillance de la frontière avec Ceuta. Des milliers de migrants escaladent les barrières de l’enclave espagnole ou la rejoignent à la nage.
Pauvreté et exaspération des frontaliers marocains
Parmi eux des migrants d’Afrique subsaharienne bloqués au Maroc, mais surtout des Marocains de la région de Tétouan, exaspérés par la fermeture des frontières entre le Maroc et Ceuta depuis deux ans, à cause des restrictions sanitaires dues au Covid-19. « Il y a des dizaines de milliers de familles qui ne vivent que de la circulation entre ces deux territoires et le continent espagnol : du vendeur à la sauvette, de celui qui va acheter des marchandises pour les revendre, aux femmes "mulet" qui portent des kilos sur leur dos parce qu’elles, seulement parce qu’elles sont femmes, ont le droit de rester un jour dans Ceuta… et qui tout d’un coup n’en vivent plus, rappelle le sociologue marocain Mehdi Alioua, enseignant à l’université de Rabat. Et donc la situation est assez explosive. »
Les clandestins mineurs à la charge des régions espagnoles
Beaucoup de ces migrants d'un jour sont revenus spontanément au Maroc. Les autres adultes ont été refoulés par la police, en vertu d'un accord vieux de trente ans entre les deux pays. Reste à régler le problème des mineurs, ils sont encore plus de 2 000 à Ceuta, pris en charge par la Croix-Rouge, en attendant une solution pérenne. « Les migrants mineurs en Espagne sont à la charge des communautés autonomes, c’est-à-dire des régions, explique Ignacio Cembrero. Le gouvernement espagnol a demandé à un certain nombre de régions d’Espagne d’accueillir les mineurs qui sont arrivés à Ceuta. Certaines se sont portés volontaires, d’autres pas. Là où les gouvernements régionaux sont soutenus par l’extrême-droite, le parti Vox, ils ont tendance à refuser. »
La pêche, nouveau sujet de tension à venir
Cette crise migratoire déstabilise le gouvernement de Pedro Sanchez en Espagne, qui dénonce, de même que Bruxelles, un « chantage » à l'immigration de la part de Rabat.
Les tensions euro-marocaines ne sont pas près de s'éteindre, avec, fin juin-début juillet, une décision de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) sur l'accord de pêche qui pourrait être défavorable au Maroc.
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« Le Maroc fait monter la pression à partir du 10 décembre, observe Ignacio Cembrero, journaliste spécialiste de ces questions à Orient XXI et El Confidencial, quand le président Trump reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. À partir de là, il fait pression sur les Européens et en particulier sur l’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental. »
Le vœu de Rabat ? Que Madrid sorte de sa neutralité et reconnaisse à son tour la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Or, fin avril, un chef indépendantiste sahraoui du Front polisario est hospitalisé en Espagne.
« L’hospitalisation de Brahim Ghali a été vécue comme une provocation, commente Ignacio Cembrero, d’autant plus que les autorités marocaines n’ont pas été informées à l’avance. Mais elle a aussi donné un excellent prétexte aux autorités marocaines pour faire monter la pression d’un cran. »
Le Maroc demande des explications. L’Espagne invoque un geste humanitaire. Mais lundi, les policiers marocains interrompent pendant quelques heures la surveillance de la frontière avec Ceuta. Des milliers de migrants escaladent les barrières de l’enclave espagnole ou la rejoignent à la nage.
Pauvreté et exaspération des frontaliers marocains
Parmi eux des migrants d’Afrique subsaharienne bloqués au Maroc, mais surtout des Marocains de la région de Tétouan, exaspérés par la fermeture des frontières entre le Maroc et Ceuta depuis deux ans, à cause des restrictions sanitaires dues au Covid-19. « Il y a des dizaines de milliers de familles qui ne vivent que de la circulation entre ces deux territoires et le continent espagnol : du vendeur à la sauvette, de celui qui va acheter des marchandises pour les revendre, aux femmes "mulet" qui portent des kilos sur leur dos parce qu’elles, seulement parce qu’elles sont femmes, ont le droit de rester un jour dans Ceuta… et qui tout d’un coup n’en vivent plus, rappelle le sociologue marocain Mehdi Alioua, enseignant à l’université de Rabat. Et donc la situation est assez explosive. »
Les clandestins mineurs à la charge des régions espagnoles
Beaucoup de ces migrants d'un jour sont revenus spontanément au Maroc. Les autres adultes ont été refoulés par la police, en vertu d'un accord vieux de trente ans entre les deux pays. Reste à régler le problème des mineurs, ils sont encore plus de 2 000 à Ceuta, pris en charge par la Croix-Rouge, en attendant une solution pérenne. « Les migrants mineurs en Espagne sont à la charge des communautés autonomes, c’est-à-dire des régions, explique Ignacio Cembrero. Le gouvernement espagnol a demandé à un certain nombre de régions d’Espagne d’accueillir les mineurs qui sont arrivés à Ceuta. Certaines se sont portés volontaires, d’autres pas. Là où les gouvernements régionaux sont soutenus par l’extrême-droite, le parti Vox, ils ont tendance à refuser. »
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