Le chiffre est colossal, mais souvent mal interprété : 50 millions d'Africains sont aujourd'hui en mouvement. Pour Ibrahima Kane, si les crises politiques et climatiques jettent une dizaine de millions de réfugiés sur les routes, l'immense majorité des 40 millions restants, migre pour une raison universelle : la quête de bien-être et d'emploi. « La migration fait partie de l’ADN de l’Afrique », rappelle le juriste, précisant que l'homme a toujours été mobile. Pourtant, un fossé béant sépare la réalité des chiffres et la perception publique, souvent polluée par un « discours dominant européen ».
Le paradoxe du marché de l'emploi
Le moteur principal de ce mouvement est avant tout économique. Selon les données de la Banque Africaine de Développement (BAD) citées par l'expert, le calcul est implacable, 13 à 14 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail. Seuls 3 à 4 millions trouvent un emploi permanent. Près de 10 millions de personnes sont contraintes, chaque année, de chercher un avenir ailleurs, d'abord dans leur sous-région, puis sur le continent.
Contrairement aux idées reçues, la migration africaine est majoritairement intra-africaine. « Sur les 40 millions d'Africains qui se déplacent, plus de 60 % le font au sein du continent », souligne M. Kane.
L'alerte contre le discours de « l'autre »
L'expert s'est montré particulièrement préoccupé par la montée d'un discours hostile aux étrangers au Sénégal, illustré par l'élection au Parlement de figures comme Tahirou Sarr. Pour lui, ce succès électoral repose sur une méconnaissance profonde des réalités migratoires. « Si des idées hostiles aux étrangers arrivent à prospérer, c'est que les gens ne comprennent pas ce qu'est la migration au Sénégal et celle des Sénégalais à l'étranger », déplore-t-il.
Ibrahima Kane rappelle que le Sénégal est un pays de départ, de transit et d'arrivée. Or, l'État brille par son impréparation : aucune statistique fiable n'existe sur le nombre de Sénégalais établis à l'étranger. Une « faiblesse énorme » alors que l'économie nationale repose en grande partie sur leurs épaules.
Le Mali et la Gambie, ces poumons économiques méconnus
Pour illustrer l'interdépendance régionale, le juriste a livré des chiffres frappants : Le poids de la Gambie, près de 200 000 Sénégalais y vivent et renvoient annuellement environ 600 millions de dollars au pays. Un flux si massif que les infrastructures financières locales (comme Wave) ont parfois ébranlé les réserves de devises de la Banque centrale gambienne.
Le Sénégal existe économiquement « en partie grâce au Mali ». Environ 80 % de l'activité du Port de Dakar est liée au voisin malien. « On ne peut pas stigmatiser les maliens sachant que le Sénégal existe grâce à eux. Nos concitoyens qui parlent du eux et du nous doivent faire très attention », prévient-il.
L'urgence d'une politique publique
Le constat final d'Ibrahima Kane est un appel à l'action politique. Il fustige l'absence de politique nationale de migration cohérente au Sénégal, un manquement imputable à tous les gouvernements successifs.
Alors que l'Afrique de l'Ouest reste la région la plus intégrée du continent grâce à la CEDEAO, où 90 % des migrants circulent au sein de l'espace régional sans besoin de permis de séjour, le juriste plaide pour un renforcement de cette intégration plutôt que pour un repli identitaire.
En rappelant que la Constitution sénégalaise prévoit même de renoncer à une part de souveraineté pour l'unité du continent, Ibrahima Kane conclut : le salut de l'Afrique passera par la stabilité des pays voisins et l'intégration des économies, et non par des barrières qui n'ont jamais freiné le besoin vital de bouger.
Le paradoxe du marché de l'emploi
Le moteur principal de ce mouvement est avant tout économique. Selon les données de la Banque Africaine de Développement (BAD) citées par l'expert, le calcul est implacable, 13 à 14 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail. Seuls 3 à 4 millions trouvent un emploi permanent. Près de 10 millions de personnes sont contraintes, chaque année, de chercher un avenir ailleurs, d'abord dans leur sous-région, puis sur le continent.
Contrairement aux idées reçues, la migration africaine est majoritairement intra-africaine. « Sur les 40 millions d'Africains qui se déplacent, plus de 60 % le font au sein du continent », souligne M. Kane.
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L'expert s'est montré particulièrement préoccupé par la montée d'un discours hostile aux étrangers au Sénégal, illustré par l'élection au Parlement de figures comme Tahirou Sarr. Pour lui, ce succès électoral repose sur une méconnaissance profonde des réalités migratoires. « Si des idées hostiles aux étrangers arrivent à prospérer, c'est que les gens ne comprennent pas ce qu'est la migration au Sénégal et celle des Sénégalais à l'étranger », déplore-t-il.
Ibrahima Kane rappelle que le Sénégal est un pays de départ, de transit et d'arrivée. Or, l'État brille par son impréparation : aucune statistique fiable n'existe sur le nombre de Sénégalais établis à l'étranger. Une « faiblesse énorme » alors que l'économie nationale repose en grande partie sur leurs épaules.
Le Mali et la Gambie, ces poumons économiques méconnus
Pour illustrer l'interdépendance régionale, le juriste a livré des chiffres frappants : Le poids de la Gambie, près de 200 000 Sénégalais y vivent et renvoient annuellement environ 600 millions de dollars au pays. Un flux si massif que les infrastructures financières locales (comme Wave) ont parfois ébranlé les réserves de devises de la Banque centrale gambienne.
Le Sénégal existe économiquement « en partie grâce au Mali ». Environ 80 % de l'activité du Port de Dakar est liée au voisin malien. « On ne peut pas stigmatiser les maliens sachant que le Sénégal existe grâce à eux. Nos concitoyens qui parlent du eux et du nous doivent faire très attention », prévient-il.
L'urgence d'une politique publique
Le constat final d'Ibrahima Kane est un appel à l'action politique. Il fustige l'absence de politique nationale de migration cohérente au Sénégal, un manquement imputable à tous les gouvernements successifs.
Alors que l'Afrique de l'Ouest reste la région la plus intégrée du continent grâce à la CEDEAO, où 90 % des migrants circulent au sein de l'espace régional sans besoin de permis de séjour, le juriste plaide pour un renforcement de cette intégration plutôt que pour un repli identitaire.
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