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Point sur les Tournées économiques du Président: des centaines de millions dépensés… sans aucun impact majeur sur la vie des populations

Le Président Macky Sall a encore entrepris une tournée économique depuis samedi, après celle de septembre 2020 qui lui avait permis de sillonner le Sine-Saloum. Cette fois, Macky Sall a procédé à une série d’inaugurations d’infrastructures hospitalières à Fatick et à Kédougou. Ces tournées économiques qui s’inscrivent dans le fonctionnement d’un Etat, ont été régulièrement pratiquées par les Présidents sénégalais depuis Léopold Senghor. Des centaines de millions FCFA sont dépensées durant des déplacements qui n’ont pas d’impacts majeurs sur la vie des populations. PressAfrik a fait le point financier des tournées dites économiques du chef de l’Etat dans le pays.



Point sur les Tournées économiques du Président: des centaines de millions dépensés… sans aucun impact majeur sur la vie des populations
Macky Sall a entamé depuis samedi, une tournée économique de trois jours dans les régions de Kaffrine (centre) et Kédougou (Est) au cours de laquelle il a eu, jusqu’ici, à inaugurer des infrastructures sanitaires, routières, et va procéder au lancement de travaux de nouvelles infrastructures. Ces déplacements, la deuxième fois en moins d’un an et à quelques mois des élections locales, coûtent des centaines de millions FCFA au gouvernement, selon des informations recueillies par PressAfrik.
 
Une source ayant de l’expérience dans ce domaine a confié que «ce n’est pas quelque chose qu’on budgétise et que les tournées économiques prennent beaucoup d’argent ». Notre interlocuteur d’informer que « l’argent ne figure pas dans le budget, mais il est généralement tiré des fonds spéciaux ».

« C’est le président qui décide des ministres qui le suivent. Il dit : je vais aller avec tel et tel ministre. Et il informe son Directeur de cabinet pour prendre les dispositions nécessaires. Difficile quantifier le nombre de véhicules, le carburant, les hôtels, la nourriture…Mais ça coûte quand même », a expliqué cette source pour qui, « même le Président ne peut pas connaitre la somme dépensée dans ses tournées économiques ».

Il serait bon de quantifier cela comme le Magal de Touba
Notre source est d’avis que des économistes s’y mettent pour quantifier les dépenses effectuées tout comme on le fait avec le Magal de Touba. « On sait combien le Magal génère, on devrait savoir combien le déplacement du président de la République induit en termes de dépenses de façon globale. Il serait d’ailleurs très intéressant pour nous qui avons de l’expérience et qui ne savons pas ».

Initiées en 2018, les tournées économiques du président Macky Sall témoignent, selon le pouvoir, la volonté du chef de l’Etat d’affirmer son attachement à la gouvernance de proximité. Alors que l’opposition les considère comme des rendez-vous politiques. Pour Elhadji Mounirou Ndiaye, économiste et professeur à l’Université de Thiès, la périodicité de ces tournées économiques obéit généralement à une logique politicienne, puisqu’elles sont souvent déroulées à l’approche d’échéances électorales.

« La connotation politicienne de cette démarche, à elle seule, explique le caractère très limité des incidences et des impacts de ces programmes sur l’économie du pays. A part cela, il existe d’autres facteurs explicatifs de la situation économique désastreuse du pays, de la persistance de la pauvreté et de cette grande vulnérabilité de l’économie sénégalaise face aux chocs externes comme cette pandémie de la Covid-19 », a dit M. Ndiaye.
« l’économie du Sénégal stagne depuis les années 80 ».

Si la pauvreté ne recule, « l’économie du Sénégal stagne depuis les années 80 ». En 2012, explique le Professeur, l’incidence de pauvreté était en moyenne de 47% de la population, soit 26% à Dakar, 43,3% dans les autres villes du pays et 57,3% en milieu rural. Les dernières enquêtes montrent que la pauvreté perçue est encore plus importante avec 69% des ménages ruraux se déclarant comme pauvres dont 53,2% qui se considèrent comme très pauvres (ANSD, 2015).  

Partant de l’organisation de l’Agence nationale pour l’organisation de la Conférence Islamique (ANOCI, 2006), l’économiste a noté que ces faramineux investissements réalisés à Dakar « n’ont pas changé la situation économique réelle du pays ». L’enquête sur la pauvreté de 2014 indique qu’à Dakar 38,2 % de la population se considèrent comme pauvres, soit 12% de plus que les 26,2% d’incidence de pauvreté calculée en 2011.

Il a expliqué que les investissements effectués à Dakar à partir de 2013 n’ont pas eu un meilleur impact puisqu’en 2019, les nouveaux chiffres officiels montrent que la pauvreté globale dans le pays « est encore montée à 37%, alors qu’elle s’était établie à 34% en 2017 (ANSD, 2018, 2020). Et, même si ces projets réalisés à Dakar sont utiles, M. Ndiaye pense qu’ils doivent être abordés dans une limite et suivant un arbitrage qui puissent permettre, à la fois, de freiner cette « macrocéphalie économiquement stérile de Dakar et de résorber les disparités économiques territoriales.

« Dakar ne peut pas perpétuellement continuer à engloutir à ce point les fonds publics du pays pour la gestion de ses congestions multiples et incessantes. L’idéal est de financer des villes émergentes et investir dans les autres localités afin de freiner l’exode rural et faire retenir les populations dans leurs terroirs », dira-t-il. 

Point sur les Tournées économiques du Président: des centaines de millions dépensés… sans aucun impact majeur sur la vie des populations
Le niveau de pauvreté en hausse
Les tournées économiques du chef de l’Etat n’ont pas beaucoup d’effets positifs sur la vie de ses administrés. Selon une étude faite par le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres), la moitié (51%) des Sénégalais estiment que leurs conditions de vie actuelles sont bonnes, tandis que près du tiers (32%) présentent les leurs comme mauvaises.

Cependant, la majorité (60%) des Sénégalais pensent que le pays se dirige dans la mauvaise direction. La plupart des Sénégalais (46%) jugent « assez mal » ou « très mal » la situation économique actuelle du pays. Toutefois, un peu plus de quatre citoyens sur 10 (41%) la décrivent comme « assez bonne » ou « très bonne ».

Il est à noter que « le niveau de pauvreté vécue au Sénégal est en hausse. La proportion de personnes ayant vécu une forte pauvreté est passée de 25% en 2017 à 34% en 2021.

La majorité des Sénégalais jugent « plutôt mal » ou « très mal » les réponses du gouvernement actuel aux préoccupations des citoyens notamment en termes de création d’emplois, de réduction des inégalités, d’amélioration des conditions de vie des pauvres, etc.

« Le Président doit désormais se consacrer à la concrétisation de la phase 2 de l’Acte 3 de la Décentralisation »
Revenant la tournée du chef de l’Etat, l’économiste Elhadji Mounirou Ndiaye a estimé que Macky Sall est tenu dorénavant de se consacrer résolument à la concrétisation de la philosophie intrinsèque de la phase 2 de l’Acte 3 de la Décentralisation. Il s’agit, selon lui, « d’aller beaucoup plus loin dans les transferts de fonds qui doivent accompagner les transferts de compétences aux collectivités territoriales et de songer à l’érection de véritables pôles territoriaux de développement ».

Il a reconnu que le Plan national d’aménagement et de développement territorial (PNADT) validé en 2020 contient des propositions « très pertinentes en termes de polarisation de l’économie sénégalaise ». Dans le court terme, et en attendant de creuser davantage dans le volet économique de la décentralisation, l’Etat doit, selon lui, « réviser en profondeur » les prérogatives et les moyens des programmes (PUMA, PUDC, Promo-villes, PACASEN) dont les budgets cumulés ne font pas plus de 800 milliards FCFA sur les 5 années à venir, alors qu’une bonne partie de ces budgets ne sort pas de Dakar.

Salif SAKHANOKHO

Mardi 1 Juin 2021 - 18:10


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