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Portrait de femmes: Awadeya Mahmoud Koko, vendeuse de thé la plus célèbre du Soudan

Elle est la vendeuse de thé la plus célèbre du Soudan. Awadeya Mahmoud Koko se bat depuis plus de 20 ans pour les droits des marchandes de rues. En 2016, elle a reçu à Washington le « Woman of Courage Award », un prix qui récompense son courage et son engagement. Lors du mouvement populaire contre le régime d'Omar El-Béchir l'année dernière, elle s'est fait connaître encore plus largement des Soudanais. À la tête de la plus grande cuisine du sit-in, elle a nourri gratuitement des milliers de manifestants.



Dans les locaux d'une association à Khartoum, une vingtaine de marchandes ambulantes participent à un atelier sur l'entrepreneuriat intitulé « penser plus grand ». À l'origine de cette initiative, Awadeya Mahmoud Koko, qui a fondé le premier syndicat de vendeuses de thé du Soudan. Elle est venue les encourager : « Nous voulons pouvoir tirer un bon revenu de notre travail, car nous voulons bien éduquer nos enfants et pouvoir nous habiller et manger correctement ».
 
Elle-même vendeuse de thé pendant 20 ans, Awadeya se bat pour améliorer les conditions de vie des milliers de femmes qui travaillent dans les rues de la capitale. Elle leur fournit une aide juridique, un soutien financier en cas d'urgence et organise des formations professionnelles : « On les forme pour qu'elles fassent des choses en plus de leur activité de vente de thé. Par exemple, une vendeuse de thé peut aussi vendre des petits beignets, ou elle peut faire des pâtisseries afin de gagner plus d'argent. Les vendeuses de thé sont des femmes vulnérables, la société devrait les soutenir ».
 
Travaillant seules dehors, ces femmes sont parfois mal vues par la société conservatrice soudanaise. Pendant la dictature d'Omar El-Béchir, Awadeya et ses collègues subissaient aussi le harcèlement des autorités.
 
« Nous avons beaucoup souffert par le passé. Les policiers nous frappaient, nous emmenaient au commissariat, ils nous mettaient des amendes et confisquaient notre matériel. La police voulait qu'on leur donne de l'argent pour ne pas être inquiétées. Ils nous méprisaient. Mais on s'est battues », raconte-t-elle.
 
Au moment de la révolution contre le régime, Awadeya joue un rôle discret, mais crucial. Pendant les deux mois que dure le sit-in, elle offre des repas aux milliers de manifestants ; et contribue ainsi à maintenir la mobilisation.
 
« Au début, les gens allaient aux manifestations et rentraient chez eux le soir, mais quand le sit-in a commencé j'ai vu les jeunes filles et les garçons et j'ai décidé de rester avec eux. J'avais 41 marmites géantes pour les repas, avant et pendant le ramadan. J'ai joué un grand rôle, tout le monde le sait », confie-t-elle.
 
La révolution a porté ses fruits, et depuis qu'un gouvernement civil de transition est au pouvoir, Awadeya veut croire en un avenir meilleur : « Avec cette révolution, on y a beaucoup gagné. La loi sur l'ordre public a été annulée. Même les femmes y ont trouvé un peu plus de tranquillité et d'espace pour s'exprimer ».
 
À 57 ans, la militante espère désormais obtenir un siège au futur Parlement soudanais pour faire entendre au plus haut niveau la voix des vendeuses de thé.

RFI

Jeudi 5 Mars 2020 - 08:53



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