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Reportage: Un leger parfum de France

Une femme blanche, vêtue d’une robe légère, marche d’un pas décidé sur le trottoir. D’une main, elle tient sa baguette, de l’autre la laisse de son chien. Elle vient de la rue Jules Ferry et se dirige vers la rue Emile Zola. Des cloches sonnent. Celle de la cathédrale située à deux pas de là. L’espace d’un instant, j’oublie que je suis à Dakar, dans la capitale du Sénégal, pays à 90 % musulman. Cette scène aurait aussi bien avoir lieu à Paris. Mais il est vrai que je suis dans le haut Plateau, l’un plus des anciens quartiers de la ville. A quelques centaines de mètres de la Présidence.



Reportage: Un leger parfum de France
Dans ce quartier, les Occidentaux, appelés ici les « toubabs » (blanc en wolof) sont très nombreux. C’est le quartier de la Présidence, des ministères et des Ambassades. Mais aussi de beaucoup d’étrangers qui ont décidé de faire leur vie au Sénégal. Ainsi, les Libanais présents depuis plusieurs générations tiennent le haut du pavé dans le Plateau. Beaucoup de commerces leur appartiennent. Les Français aussi sont très présents. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux vivent dans ce pays. La France est toujours le principal partenaire économique du Sénégal.

Les maisons héritées de la colonisation sont elles aussi toujours là. Les tuiles ocres font toujours partie du paysage. Même si ces villas sont très fréquemment en piteux état. Et qu’elles laissent souvent place à des immeubles d’une dizaine d’étages. A Dakar, la spéculation immobilière fait rage. Un bel appartement peut se louer pour près de 3000 euros.

Dans le Plateau, les boutiques possèdent souvent des enseignes à la française. Les salons de coiffure se vantent sur leur devanture d’avoir dans leurs rangs des « diplômés de Paris ». Des boutiques se sont spécialisées dans la lingerie fine et sexy. Le Plateau est très tolérant.

Personne ne semble s’offusquer du fait qu’après cinquante ans d’indépendance, les traces de la colonisation française soient aussi présentes. De l’avenue Jean Jaurès à la rue Victor Hugo, une pléïade de grands hommes de l’histoire de France ont aussi trouvé la postérité sur cette terre africaine.

Dans ces rues du haut Plateau, dès le petit matin, les baguettes bien chaudes font leur apparition. Elles ne sont pas seulement destinées aux Français et aux Libanais. Les boulangeries et les pâtisseries font florès dans la capitale sénégalaise. Les baguettes sont fréquemment transportées par des charrettes tirées par les chevaux étiques. Pour leur « ndekki » (petit déjeuner) en wolof, les Sénégalais sont de grands consommateurs de pain. Bien des Dakarois ne renonceraient pour rien au monde à leur café avec du « pain beurre » (Une baguette croustillante avec si possible du beurre Président et du lait « venu de France »). Même dans les banlieues, le rite du « ndekki » est sacré. Beaucoup de Sénégalais peu fortunés sont prêts à faire de grands sacrifices pour s’adonner à ce « culte ».

Dakar aime à se comparer à Paris. A se voir comme une Paris tropicale. D’ailleurs, la bourgeoisie du Plateau fait de fréquents séjours en France. Les enfants des milieux favorisés y poursuivent fréquemment leurs études universitaires. « Le Plateau, m’explique un jeune commerçant Dakarois, c’est déjà l’Afrique, mais c’est aussi beaucoup la France. Les Sénégalais sont un peu les Français de l’Afrique ».

Pierre Cherruau

http://dakarparis.blog.lemonde.fr/2009/11/22/un-leger-parfum-de-france

Mame Coumba Diop

Lundi 23 Novembre 2009 - 01:01


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