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Retour vers la terre : entre passion et patriotisme, la jeunesse sénégalaise se tourne vers l’agriculture



Retour vers la terre : entre passion et patriotisme, la jeunesse sénégalaise se tourne vers l’agriculture
Au Sénégal, de plus en plus de jeunes se tournent vers l’agriculture. Longtemps délaissé au profit des emplois de bureau, le secteur attire désormais des diplômés qui y voient une opportunité d’entrepreneuriat et un moyen de contribuer au développement économique du pays. Cette dynamique s’inscrit dans la volonté des autorités de faire de l’agriculture un levier de croissance.
 
C’est le choix qu’a fait Cheikh Tidiane Faye. Juriste de formation, ce jeune entrepreneur a quitté Dakar pour s’installer à Diass, à 47 kilomètres au sud-est de la capitale, où il a créé sa propre ferme agricole.
 
« Mon lancement dans cette activité est un choix personnel. J’ai travaillé dans quelques entreprises, mais j’ai très tôt compris que ce n’était pas ma voie. Je me suis dit que j’étais jeune et en pleine force de l’âge, alors pourquoi ne pas créer ma propre structure ? C’est ainsi qu’est née mon ambition. Je voulais sortir du salariat et bâtir ma propre richesse, partir de zéro et espérer atteindre le sommet. C’est ma conception de la vie », confie-t-il.
 
Installé depuis un an, le jeune Dakarois cultive notamment la papaye et le piment. Au-delà de l’aspect économique, il revendique un engagement patriotique.
 
« Je me suis demandé dans quels secteurs il y avait encore tout à faire. Le secteur primaire est essentiel pour le développement d’un pays. Pourquoi ne pas apporter notre pierre à l’édifice, sachant qu’il existe des opportunités à chaque étape de la chaîne de valeur : la production, la transformation et la commercialisation ? Je produis de la papaye, du piment, mais surtout j’essaie d’apporter une réponse patriotique au défi de l’autosuffisance alimentaire », explique-t-il.
 
Pour lui, trois motivations l’ont poussé à se lancer. « C’est un choix personnel, patriotique et lucratif. Aujourd’hui, on voit clairement que l’État met en place des politiques publiques pour encourager les jeunes à investir ce secteur ». 
 
Comme Cheikh Tidiane Faye, Karim Diop a également choisi de retourner à la terre, guidé par sa passion.
« J’ai toujours aimé l’agriculture depuis mon enfance. Quand l’occasion s’est présentée, je l’ai saisie. C’est un investissement rentable. La souveraineté prônée par les autorités peut être atteinte grâce à l’agriculture. C’est l’ensemble de ces raisons qui m’a poussé à me lancer », affirme-t-il.
 
Féminisation de l’agriculture 
 
Formé au Centre de Formation Professionnelle Horticole de Cambérène, il souhaite aujourd’hui transmettre son savoir-faire et inciter davantage de jeunes à emprunter cette voie.

« Je prône le patriotisme. Tout ce que je peux faire pour aider mon pays à avancer, je le ferai. Cela passe par l’agriculture et la formation des jeunes. Mon objectif est de contribuer à l’autosuffisance alimentaire. Un pays qui ne nourrit pas sa population ne peut prétendre au développement. C’est un métier noble, qui nous met en contact direct avec la nature. J’invite les jeunes à investir dans l’agriculture, ils ne le regretteront pas », lance-t-il.
 
Le retour vers la terre ne séduit pas uniquement les hommes. Au Sénégal, l’agriculture se féminise également.
 
Longtemps considérés comme masculins, certains métiers agricoles attirent aujourd’hui de nombreuses femmes, parfois issues de parcours académiques et professionnels prestigieux.
 
C’est le cas de Claudia Senghor, plus connue sous le nom d’« Agrobabe », qui s’est imposée comme une figure inspirante de l’agrobusiness au Sénégal.
 
Autre exemple de réussite : Khady Sow, fondatrice de l’entreprise Khady Légumes. Avec un investissement initial de seulement 20 000 FCFA offert par sa mère, cette jeune entrepreneuse a bâti une véritable entreprise agricole. Partie d’une petite exploitation dans la région de Thiès, elle commercialise aujourd’hui des légumes, de la volaille et de la viande à travers le pays, de Dakar à Touba, en s’appuyant notamment sur les réseaux sociaux pour développer sa clientèle.
 
« La terre est un vecteur de développement et offre énormément d’opportunités »

 
Pour Cheikh Tidiane Faye, les opportunités du secteur sont immenses, notamment en raison de la croissance démographique.
 
« Le Sénégal est un pays jeune avec une population en forte croissance. Chaque année, la demande en fruits, légumes, viande, œufs et produits transformés augmente. En tant qu’entrepreneurs, nous devons répondre à cette demande. C’est un secteur où il y a énormément de choses à faire », souligne-t-il.
 
Il met également en avant le rôle des réseaux sociaux dans cette nouvelle dynamique. « Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes prennent la parole pour sensibiliser les autres à se lancer dans l’agriculture. Si nous atteignons l’autosuffisance alimentaire, nous pourrons dire que le Sénégal est sur la voie du développement », estime le juriste de formation.
 
Enfin, il rappelle que plusieurs dispositifs d’accompagnement existent pour soutenir les porteurs de projets agricoles. Parmi eux figurent la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), qui finance de nombreux projets, l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (ADEPME) ainsi que le programme YEAH (Youth & Entrepreneurship in Agrifood-Hope / Yaakaar Jeunesse & Entrepreneuriat), qui ambitionne de créer 18.000 emplois dans l’agroalimentaire et l’entrepreneuriat agricole.
 
« Ce sont de véritables opportunités de financement. Aujourd’hui, les jeunes doivent prendre conscience que la terre ne ment pas. Elle est un vecteur de développement et offre énormément d’opportunités », conclut-il.
 
Entre quête d'indépendance économique, patriotisme et volonté de contribuer à la souveraineté alimentaire, une nouvelle génération de Sénégalais fait le pari de la terre. Un choix qui témoigne d'un changement de mentalité.

Moussa Ndongo

Mercredi 24 Juin 2026 - 23:15


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