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Sao Tomé-et-Principe: entre pauvreté persistante et tensions politiques, une présidentielle en question

À Sao Tomé-et-Principe, archipel lusophone niché dans le golfe de Guinée, près de 142 000 électeurs sont appelés aux urnes pour élire le prochain président, entre quatre candidats. Le sortant, Carlos Vila Nova, brigue un second mandat, mais il a perdu le soutien d'une majorité de son parti suite à une rupture avec son ancien allié, le Premier ministre limogé en 2025. Cette crise a plongé le pays dans une période de fortes tensions politiques, dont les Santoméens espèrent tourner la page avec la présidentielle du 19 juillet, avant des législatives prévues en septembre.



Depuis son ouverture démocratique dans les années 1990, Sao Tomé-et-Principe alterne entre deux principales forces politiques : l'Action démocratique indépendante (ADI) et le Mouvement pour la libération de Sao Tomé-et-Principe (MLSTP). Une stabilité politique relative qui contraste avec les difficultés économiques et sociales du pays.
 
En mars, des centaines de personnes descendaient dans les rues de la capitale pour dénoncer les coupures de courant quotidiennes depuis un an et la lenteur de chantiers publics, comme la route qui lie la municipalité de Madalena à la ville de Santo Amaro, à l'arrêt depuis 2022.
 
Un potentiel pétrolier jamais confirmé
Peu diversifiée et encore largement dépendante de la production de cacao, l'économie santoméenne peine à répondre aux besoins de la population.
 
Malgré des années d'espoir autour de ses ressources en mer, Sao Tomé-et-Principe n'a jamais produit de pétrole. Les recherches lancées depuis les années 1990, notamment avec le Nigeria, n'ont pas permis de trouver de réserves exploitables.
 
En raison de coûts élevés et d'incertitudes économiques, le pays reste donc un potentiel producteur, mais n'est pas encore un État pétrolier.
 
En attendant, plus de la moitié des habitants vit sous le seuil national de pauvreté et 13 % en situation d'extrême pauvreté, selon la Banque mondiale.
 
Avec une espérance de vie de 67 ans et une population urbaine dont une large majorité vit dans des quartiers précaires - selon l'Institut santoméen de statistiques et la Banque mondiale - les priorités des électeurs restent avant tout économiques et sociales : améliorer les conditions de vie, créer des emplois et offrir davantage de perspectives à la jeunesse.
 
Près de 18 % de la population a émigré ces dernières années
L'émigration est ainsi devenue un enjeu central pour le deuxième plus petit pays d'Afrique après les Seychelles. Pour freiner le départ des jeunes en quête de meilleures perspectives à l'étranger, Nito Abreu, l'un des quatre candidats à la présidentielle, souhaite développer la formation professionnelle, notamment dans les secteurs de l'énergie et du tourisme. Il compte également renforcer les partenariats internationaux afin de financer ces investissements.
 
Environ 18 % de la population de São Tomé a émigré ces dernières années – dont plus de la moitié vers l'ancienne puissance colonisatrice, le Portugal – et les derniers chiffres des autorités portugaises indiquent que ce nombre a quadruplé entre 2021 et 2025, atteignant près de 47 000 personnes, pour la plupart concentrées dans la région de Lisbonne.
 
Un phénomène qui pourrait s'expliquer notamment par la faiblesse du marché du travail : seuls 21 % des Santoméens occupent un emploi, pointe la Banque mondiale.

Sao Tomé-et-Principe: entre pauvreté persistante et tensions politiques, une présidentielle en question
 
Vers un duel le 19 juillet ?
Tout au long de la campagne, les quatre candidats à cette présidentielle du 19 juillet 2026 – le chef de l'État sortant Carlos Vila Nova, le député Nito d'Abreu, le juriste Miques João et l'économiste Eugénio Tiny – ont donc cherché à mobiliser leurs bases électorales en capitalisant sur ces enjeux pour le pays : émigration, pauvreté et emploi.
 
La campagne s'est toutefois rapidement cristallisée autour d'un duel entre le président et Nito d'Abreu.
 
À 42 ans, ce diplômé en relations internationales, député et chef du groupe parlementaire de l'ADI, se présente comme le candidat du renouveau. Il cible largement la jeunesse, un choix stratégique dans un pays où l'âge médian est de 18 ans et où 63 % des habitants ont moins de 30 ans, selon les Nations unies.
 
« Nous sommes une nouvelle génération. Nous voulons faire de la politique autrement, avec de nouvelles idées et de nouvelles actions. Nous pouvons construire le pays que nos parents n'ont pas réussi à bâtir au cours des 50 dernières années. Notre tour est venu », lançait Nito d'Abreu lors de son dernier meeting de campagne.
 
Nito d'Abreu bénéficie du soutien de plusieurs partis politiques, mais surtout de celui de l'ancien Premier ministre Patrice Trovoada, limogé en 2025. Ce dernier ne cache pas son désir de prendre sa revanche. Il a même déclaré que l'élection de Nito d'Abreu constituerait une réponse à ce qu'il considère comme la « trahison » du président qui l'a écarté.
 
Un président sortant qui joue les cartes de la stabilité et de l'apaisement
Par contraste avec le discours de rupture de son adversaire, le président sortant, Carlos Vila Nova, se présente comme le garant de la stabilité. Il a multiplié les appels à l'apaisement pendant la campagne, affirmant qu'un « adversaire politique n'est pas un ennemi, mais un frère ou un voisin » et qu'« aucune élection ne doit semer la haine entre voisins ».
 
Il est le seul candidat à avoir signé le pacte de non-agression proposé par la Commission électorale nationale (CEN) afin de garantir un climat apaisé et une campagne pacifique.
 
Élu en 2021 avec le soutien de l'ADI, Carlos Vila Nova se présente cette fois en candidat indépendant, après avoir rompu avec son parti. Une situation qui complique sa campagne, alors que son bilan est largement critiqué.
 
Pour le chercheur Abílio Neto, interrogé par la rédaction lusophone de RFI, cette impopularité s'explique par les difficultés du quotidien : crise énergétique, accès insuffisant à l'eau, retards de salaires et baisse du pouvoir d'achat.

Sao Tomé-et-Principe: entre pauvreté persistante et tensions politiques, une présidentielle en question
« Les élections à Sao Tomé-et-Principe sont ultra corrompues »
En marge du duel entre Carlos Vila Nova et Nito d'Abreu, deux autres candidats briguent la présidence. À 41 ans, l'avocat Miques João se présente en indépendant avec un discours centré sur la lutte contre la corruption et l'indépendance de la justice. Pendant la campagne, il a dénoncé « des fonds publics détournés pour acheter des voitures de luxe », au détriment de services essentiels, notamment les hôpitaux.
 
Mais peu d'autres discours ont suivi puisque l'avocat a écourté sa campagne électorale, disant craindre pour sa sécurité et celle de sa famille, après que des militaires ont encerclé sa maison le 11 juillet. Les forces armées ont affirmé qu'elles recherchaient des militaires déserteurs et répondaient à une requête du ministère public.
 
Déjà candidat à la présidentielle en 2021, Miques João reste également fragilisé par une affaire judiciaire ouverte en 2025 pour des accusations de viol sur mineure.
 
Dernier candidat en lice, l'économiste Eugénio Tiny, 74 ans, affirme vouloir « construire un État crédible et efficace ». Comme ses adversaires, il fait de la lutte contre la corruption et du manque de transparence dans la gestion des financements extérieurs ses principaux chevaux de bataille.
 
Parmi ses propositions les plus marquantes figure le changement de nom du pays, qu'il souhaite rebaptiser « République équatoriale centrale ». Selon lui, cette nouvelle appellation permettrait de renforcer l'unité nationale, notamment avec les habitants de l'île de Príncipe, qui se sentiraient exclus par le terme « santoméens ».
 
Il a opté pour une campagne discrète, sans grands meetings ni affiches, privilégiant le contact direct avec les électeurs. Lui-même dit ne pas être certain de l'emporter, estimant que l'essentiel est avant tout de faire entendre son message. « Je ne sais pas si j'obtiendrai victoire, je n'ai pas d'argent pour le distribuer à la population. Les élections à Sao Tomé-et-Principe sont ultra corrompues et cela se passe à la vue de tous », a-t-il dit le 12 juillet, date à laquelle le pays commémorait ses 51 ans d'indépendance.
 
Reste en tout cas un défi de taille pour cette élection : la mobilisation des électeurs. Lors du dernier scrutin présidentiel, l'abstention avait dépassé les 30 %.

RFI

Samedi 18 Juillet 2026 - 10:26


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