Dans une analyse publiée par Project Syndicate, les économistes Abdoulaye Ndiaye et Martin Kessler dressent un constat lucide sur l'économie sénégalaise. Face à une dette qui culmine à 132 % du PIB, ils affirment que la stratégie du remboursement à tout prix est devenue plus dangereuse qu'une renégociation avec les créanciers. Pour ces spécialistes, le Sénégal ne peut plus ignorer la réalité de ses finances publiques. Selon eux, «tenter de rembourser ses dettes à tout prix s'avérerait probablement plus coûteux que de prendre le taureau par les cornes» en entamant des négociations de restructuration.
Le rapport du Laboratoire de financement du développement souligne que s'obstiner à payer sans restructurer revient à faire un «double pari extrêmement risqué». D'une part, le gouvernement parie sur une rigueur budgétaire, espérant passer d'un déficit de 9 % en 2024 à un excédent de 2 % en 2028. Une telle performance, notent les auteurs, revient à «courir un marathon à un rythme de sprint», un exploit que très peu de nations ont réalisé par le passé. D'autre part, le Sénégal espère que les investisseurs continueront de prêter 15 000 milliards de francs CFA soit 27 milliards de dollars d'ici 2028 pour refinancer ses échéances. Or, selon les experts, dans le contexte actuel, «l'on ignore qui serait disposé ou capable de fournir un tel financement ».
Les analystes passent en revue les bouées de sauvetage habituelles, tout en soulignant leurs failles. Les experts évoquent que les règles du Fmi « interdisent d'accorder des prêts aux pays dont la dette est jugée insoutenable », ce qui semble être le cas du Sénégal. Quant aux pays tiers (Chine, Golfe) les experts estiment que leurs aides s'accompagnent de conditions « invariablement contraignantes » comme des « privatisations douloureuses » ou des exigences de garanties. Pour ce qui concerne le marché régional (UEMOA) les analystes alertent qu’un recours excessif à cette source « réduirait l’accès au crédit pour le secteur privé et accentuerait la vulnérabilité du système bancaire ».Plutôt que de subir un défaut de paiement désordonné, Abdoulaye Ndiaye et Martin Kessler préconisent d'utiliser le Cadre commun du G20. Ils appellent la France et la Chine, qui détiennent « environ 70 % de la dette bilatérale du pays », à s'engager rapidement. Une précaution majeure est toutefois soulignée : « Les dettes libellées en francs CFA devraient être épargnées » afin de ne pas déstabiliser le système bancaire régional.
Les auteurs concluent que le Sénégal ne dispose d'aucune “solution miracle” pour sortir de l'impasse actuelle. “Toutefois, en l'absence de liquidité abondante et bon marché, tenter de rembourser ses dettes à tout prix serait plus dangereux et, en définitive, plus coûteux qu'un défaut de paiement”, notent-ils. En lançant au plus vite des négociations de restructuration, ils pensent que le “Sénégal pourrait au moins limiter l'impact sur ses exportations et sa croissance et s'engager sur la voie d'une solvabilité durable”.
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