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Sénégal: Plan de relance économique ou la déconnexion ratée... Par Cheikh Fatma Diop



Ce mardi 29 Septembre 2020, à Diamniadio, le gouvernement du Sénégal a dévoilé un ‘’plan de relance’’ économique chiffré à 14712 milliards de franc CFA et représentant la seconde étape de la stratégie de riposte à la pandémie à coronavirus. Ce plan,

La première phase dénommée Programme de Résilience Economique et Sociale (PRES) et dotée d’une enveloppe de 1000 milliards de franc CFA avait pour objectif la mise en place de mesures d’urgence pour atténuer les effets de la crise sanitaire au plan social, économique et sanitaire.

Le choix du terme relance par l’exécutif sénégalais est suffisamment important et stratégique pour qu’une analyse sémantique lui soit consacrée.

En économie, le concept de relance est plutôt rattaché à l’économiste britannique John Maynard Keynes. Sous sa forme budgétaire, une politique de relance s’effectue par une augmentation des dépenses publiques qui relèverait le niveau de production des entreprises ainsi que celui des emplois nationaux. Le surplus d’activité économique ainsi généré permettrait d’augmenter les recettes fiscales et, in fine, de compenser la hausse des dépenses publiques.

Partant de cette lecture conceptuelle, l’objectif d’un retour à un déficit budgétaire établi à 3% du Produit Intérieur Brut en 2023- contre 6% en situation post COVID19/2020- indique clairement un décalage entre objectif de relance et actions concrètes dans ce sens.
Un paradoxe d’autant plus inquiétant que le même document de relance ou PAP II ajusté indique que les mesures de riposte initiale nécessitaient un creusement des déficits budgétaires.
En réalité, le gouvernement s’inscrit dans le même logiciel pré-COVID, sur fond de doxa néolibérale, et visant, avec la complicité du Fonds Monétaire International, à réinstaurer dès 2023 un ‘’ équilibre macrobudgétaire’’ inopérant, au détriment du secteur productif.
Toute ‘’épargne publique’’ ou surplus primaire se fait au détriment du secteur privé, les dépenses de l’Etat représentant les revenus du reste de l’économie.
Au demeurant, dans le contexte actuel de faiblesse et d’extraversion du tissu économique du Sénégal, un plan de relance rigoureux aurait un effet multiplicateur mitigé pour deux raisons, au moins :

Le pouvoir d’achat des ménages sénégalais s’est particulièrement détérioré durant la crise sanitaire ; l’incidence de la pauvreté individuelle au Sénégal s’établissant à 37,8% selon l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD).
La consommation interne suivrait donc de façon très timide
Le niveau d’importations de biens et services représente environ 38% du Produit Intérieur Brut et donc autant de fois un risque d’éviction par l’extérieur des ressources publiques nouvellement injectées, en faveur d’opérateurs économiques étrangers, au détriment de la production nationale.
Dans son plan de relance qui ne l’est donc pas, le gouvernement, sur un document de 45 pages, ne fait point état de la possibilité d’engager un programme de réforme monétaire visant, à terme, à lever les contraintes structurelles du franc CFA. La question de la monnaie semble être le parent pauvre du débat national.
L’ambition de faire libérer des ressources par les banques locales et de financer les capacités productives nationales ne s’accommode pas d’un système monétaire rigide cherchant davantage à ‘’protéger’’ une parité avec l’euro qu’à maximiser les potentialités internes. Dans ce contexte, attendre 300 milliards des banques pour financer les Petites et Moyennes Entreprises et les Grandes Entreprises semble être un vœu pieux.

Au-delà de la question du financement du privé national, un projet bien ficellé de monnaie souveraine permet à un Etat d’être moins contraint par ses revenus fiscaux mais surtout de faire de l’étalon ce qu’il a toujours été : un bien public. Cela permettrait de réconcilier finance monétaire et production et remettrait l’économie réelle au centre des politiques publiques.

Le pari des Investissements Directs Etrangers (IDE) présente également des limites à plusieurs niveaux même si le gouvernement se réjouit de leur progression constante entre 2010 et 2018 (de 134,5 à 471 milliards).
S’ils ne sont pas totalement nocifs dans l’absolu, les IDE, au Sénégal et sur le continent africain, ont souvent été orientés vers des secteurs à forte intensité de capital et à faible intensité de travail. C’est ce qui explique, en partie, leur faible contribution d’environ 125 000 emplois sur les 20 millions de demande annuelle en Afrique subsaharienne.

L’enjeu principal est de réussir à orienter les investissements extérieurs vers des secteurs où les transferts de technologie et la capacitation du tissu productif local s’opéreraient.

Dans ce contexte, il serait possible de trouver des solutions à une partie de nos problèmes structurels face aux multiples contraintes mentionnées plus haut.

Sur le long terme, il faudra impérativement s’inscrire dans une logique de déconnexion totale. La déconnexion, ce n’est pas l’autarcie, nous apprend le regretté Samir Amin. C’est se donner les moyens de contrôler son destin, au bénéfice exclusif de son peuple.

Par Cheikh Fatma Diop, analyste économie, finances, gestion projet...

AYOBA FAYE

Vendredi 2 Octobre 2020 - 12:18


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