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Sommet FRANCE-AFRIQUE : Achille Mbembe complètement à côté. Par Abdoulaye Seck



Octobre 2021, a débuté à Montpelier une série de discussions entre la France et une société civile africaine choisie par l’Élysée. Les ateliers seront axés sur le rapport déposé sur la table d’Emmanuel Macron par l’historien camerounais Achille Mbembe, chargé depuis des mois de réfléchir sur les pistes de solutions pouvant permettre une refondation des relations entre la France et l’Afrique. Avec 13 penseurs africains, il a formulé les 13 recommandations suivantes : création d’un fonds d’innovation pour la démocratie, construction d’une maison africaine et des diasporas, mise en place du programme « campus nomade », préparation d’un forum euro-africain sur les migrations, lancement de la plateforme de débats « France-Afrique », création d’une commission intercontinentale sur la transparence économique, développement du programme « start-up Africa France », prise en considération de la voix de l’Afrique sur le climat, transformation de l’aide publique au développement et l’élaboration d’un nouveau narratif entre l’Afrique et la France.

À la lumière de ces propositions, il apparaît clairement que Mbembe et son équipe ont fait fausse route des véritables revendications de la jeunesse africaine.
Premièrement, une enveloppe de 110 millions d’euros est demandée à l’Agence Française pour le Développement (AFD) pour soutenir ces recommandations. L’atelier Mbembe oublie ainsi que l’AFD fait partie du problème, donc ne saurait faire murir des changements au profit de l’Afrique. En effet, l’AFD est une société de financement de l’État français qui a pour vocation de piloter l’aide bilatérale française au développement grâce aux dons et prêts. Tournée essentiellement vers l’Afrique où 73% de l’effort financier est consenti (AFD, 2021), l’AFD est l’épine dorsale de la politique extérieure française destinée à ouvrir les portes du monde aux entreprises françaises. La réussite de cette volonté dépend essentiellement de :

-    Son outil d’aide liée le FASEP (Fond d’études et d’Aides au Secteur Privé) qui « finance en amont d’un projet des études de faisabilité ou d’assistance technique par des entreprises françaises (Giraud, p46, 2018). 

-    Son choix à financer principalement des projets d’infrastructures favorables aux entreprises françaises. Dans ce sens, l’AFD « oriente son activité de préférence dans les secteurs où le savoir-faire des entreprises françaises permet de répondre aux besoins des pays bénéficiaires de l’aide publique au développement (Giraud, p47,2018).

-    Sa filiale PROPARCO qui est une institution financière dédiée au financement des entreprises dont celles françaises dans les 110 pays où l’AFD est présente.
Donc, l’AFD fait partie de ces instruments de domination de l’impérialisme français, ancrée sur une logique purement financière qu’humanitaire avec 80% des fonds destinés aux prêts (AFD, 2021), qui a permis en 2015 aux entreprises françaises de gagner les 2/3 de ses appels d’offres (Giraud, p47, 2018)

Deuxièmement, les recommandations de ce comité de réflexion n’épousent en rien les aspirations de la rue africaine. Il est clair que cette jeunesse taxée d’anti-français par Macron à Niamey en 2020 est le véritable porte étendard du combat pour la souveraineté de l’Afrique. Dans le fond, la lutte de ces jeunes est principalement orientée vers la souveraineté militaire et celle monétaire (Pigeaud, 2021), deux volontés aux abonnées absentes des recommandations de la société civile de Montpelier.

-    Le message de la souveraineté militaire porté essentiellement par la rue malienne à travers le slogan « FRANCE DEGAGE » résulte du sentiment d’inefficacité des troupes françaises (opération SERVAL et ensuite BARKHANE) face aux terroristes dans le Sahel. Aussi, le soutien de la France à certains groupes engagés au front semble légitimer le rejet de la politique militaire française en Afrique. Au Mali, en pleine confrontation avec les Imghads en 2012 la France avait appuyé les forces Ifoghas (Normand, 2019). Même scenario au Lybie où après l’assassinat de Khadafi, grâce à l’intervention française et celle de l’OTAN, Paris avait apporté un soutien militaire discret à son principal ennemi et chef de rébellion Khalifa Haftar (Backman, 2021). Récemment, le président français a reçu un rapport d’historiens mettant en exergue la responsabilité de la France dans le génocide Rwandais de 1994 (AFP, 2021).

-    La souveraineté monétaire sans doute le combat ayant le plus mobilisé la rue africaine depuis le billet brulé à Dakar par Kemi Seba en 2017. Une lutte âprement menée aussi bien sur le terrain que sur les réseaux sociaux. Les jeunes pointent du doigt une monnaie coloniale à la solde de la France au détriment du développement de l’Afrique.  Des pensées certes révolutionnaires mais corroborées par des fais scientifiques (élaborés dans notre article sur le FCFA en 2020) comme l’insuffisance du crédit intérieur, le déficit de la balance commerciale et la fausse garantie française. La détermination et l’engagement des mouvements citoyens en Afrique et dans la Diaspora ont contraint Emmanuel Macron le 21 décembre 2019 à déclarer qu’il a compris la jeunesse africaine, raison de la réforme du FCFA. En réalité, la jeunesse a eu raison de rejeter cette fausse réforme et d’exiger une souveraineté pleine et entière sans la France. Partant des 4 grands principes qui régissaient le FCFA à savoir la garantie de convertibilité illimitée, le parité fixe, le libre transfert des capitaux et la centralisation des réserves de change (Sylla, 2018), seule la dernière fut abolie. De ce fait, le dispositif répressif anti-croissance économique (Nubukpo, 2015) demeure inchangé.
-    Troisièmement, le destin de l’Afrique se décide en Afrique avec les africains et pas à Montpelier avec la France.

Toute bonne plume, réellement motivée par un désir de voir une Afrique prospère, doit être orientée vers la sensibilisation et le renforcement de capacités auprès des masses populaires pour bâtir une conscience citoyenne suffisamment capable de choisir une élite politique décomplexée prête à définir souverainement les termes de tout partenariat avec le reste du monde.

Là est le défi, la France n’est pas notre interlocuteur direct en la matière, l’avenir de l’Afrique doit être déconnecté de tout paternalisme sachant qu’« à chaque fois que les colonialistes nous invitent à une collaboration pour un progrès commun de nos deux peuples, ils ont cette arrière-pensée d’arriver avec le temps, à nous supplanter. Voilà pourquoi tout ce qu’ils nous offrent n’est qu’un vaste mirage qui peut égarer un peuple entier, grâce à la complicité de quelques-uns » (Diop, p18,1952).
 
Somme toute, les recommandations des penseurs concoctés par l’Élysée sont déconnectées des exigences de l’Afrique aussi bien sur le fond que sur la forme et permettront à la France de perpétuer le système de la « françafrique » (Diop, 2021).
Pour conclure, nous invitons le chef scientifique de ce sommet Achille Mbembe au maintien de ses propos de 2017 « l’Afrique réelle n’attend rien de la France ».

Par El Hadji Abdoulaye Seck
Étudiant au département des sciences économiques de l’UQAC, Canada.

 

AYOBA FAYE

Vendredi 8 Octobre 2021 - 20:44


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