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Témoignage poignant d'un journaliste victime d'agression: "Nous sommes tous en sursis !"



Témoignage poignant d'un journaliste victime d'agression: "Nous sommes tous en sursis !"
Le 13 août 2012 j’ai été victime d’agression perpétrée par deux inconnus à bord d’un scooter sur la célèbre Voie de dégagement nord (VDN) de Dakar. Je suis ‘’sorti’’ de cette impasse avec une tête ensanglantée et une fracture ouverte à l’auriculaire gauche. J’ai eu la vie sauve grâce à Dieu et à la témérité d’un conducteur de taxi dont je tairai le nom. Tombé sur le fait, ce dernier m’a conduit à l’hôpital Fann après une course-poursuite vaine derrière les agresseurs partis en trombe à bord de leur scooter. L’affaire a été relayée en son temps par une partie de la presse sénégalaise…

Agresseurs et autres bandits de grands chemins

Ils sont de plus en plus nombreux, de plus en plus audacieux et de plus en plus dangereux, ceux qui ont décidé de gagner leur pain à la sueur du front des autres en agressant, en tuant délibérément dans nos cités. Des citoyens qui passent des nuits blanches, des jours entiers sous le poids de la chaleur du soleil et même de la pluie à s'adonner à la tâche quotidienne pour se nourrir, sont souvent pris en otage par ces hors la loi.

Ici j’interpelle une valeur désignée par le jargon plus actuel de non-assistance à personne en danger. J’insiste sur cette forme de solidarité parce que j’ai été agressé par deux hommes en scooter à coups de machette devant une dizaine de personnes qui dépassaient la scène comme si rien ne se passait sous leurs yeux. En tant que journaliste j’ai pris l’habitude d’écrire sur des faits de société vécus par le citoyen lambda pour parler d’un phénomène.

J’ai toujours cru avant cette agression, que chaque homme était le gardien de son prochain. Les faits ne me donnent pas raison dans cette malheureuse épreuve que j’ai vécue sur la VDN. Les agresseurs opèrent de jour comme de nuit, et plus est, à visage découvert.

L’on parle d’une nouvelle forme subtile pour certains agresseurs de filer certaines de leurs victimes. Il semblerait qu’ils se rendent tout simplement dans les banques ou autres lieux de retrait d’argent, prennent les tickets de tour comme tous les autres clients. Et une fois que ces agresseurs ont repéré leur (s) future (s) victime (s) –qui elle est déjà servie- ils s’éclipsent sans attendre forcément leur tour pour préparer leur coup ou le faire perpétrer par leurs complices. Je ne dis pas que tous ceux qui prennent les tickets, et qui quittent avant leur tour sont des agresseurs ou des brigands.

Les forces de sécurité sont-elles dépassées ?

Après mon agression, je me suis rendu quelques jours plus tard à la gendarmerie et la police pour les formalités d’usage. J’ai été surpris de constater que ces structures sont submergées, sollicitées qu’elles sont par de nombreuses plaintes de victimes. Il est certes vrai que l’Etat ne peut pas mettre un gendarme ou un policier derrière chaque citoyen. Cependant, je pense franchement qu’il faille beaucoup de moyens efficients et modernes aux forces de sécurité à l’instar de ceux déployés lorsqu’il s’était agi de réprimer les manifestations de la période d’avant l’élection présidentielle de février 2012. Une grande attention devrait être accordée à la police scientifique surtout celle qui se charge de la recherche des ordinateurs volés, puisque les agresseurs jettent leur dévolu sur ces appareils. Le comble, c’est que la gendarmerie de la Foire où de nombreuses victimes ont déposé leurs plaintes est inondée depuis plusieurs jours par les eaux de pluie.

Je suis conscient qu’on ne peut jamais arriver à une insécurité zéro mais certaines rues et des lieux publics, de notoriété établie méritent d’être dotés de caméras de surveillance. Il faudra également interdire catégoriquement - ou tout au moins restreindre drastiquement - la circulation des véhicules notamment les motos (scooters) non immatriculés. Ce sera déjà ça. C’est déjà quelque chose que des rafles soient régulièrement organisées par la police, au cours desquelles des dizaines voire, des centaines de motos non immatriculées sont retirées à leurs propriétaires. Mais cela semble encore insuffisant. Bien sûr je ne suis pas en train de dire que tous ceux qui pilotent des motos sans immatriculation sont des agresseurs ! Seulement tous ou bon nombre des agresseurs à moto sont sur des scooters sans immatriculation.

L’autre épisode de mon agression a été mon périple à travers les centres hospitaliers où dans les services d’urgence rien n’est urgent aux yeux du personnel soignant.

Nos hôpitaux ressemblent à des mouroirs

S’agissant de la prise en charge dans les formations publiques, je crois fermement que nous sommes tous en sursis. On y entre patient et on en sort guéri, ou avec une autre maladie voire les pieds devant. On me dirait que c’est le cours « normal » des choses. D’accord ! Mais beaucoup de morts pourraient être évitées si chacun faisait bien et, dans les délais impartis, ce qu’il est censé faire à son niveau sans transformer le lieu du travail en lieu de causeries entre copin (e)s.

Tenez ! Au soir de mon agression et alors que je suis tout ensanglanté ce 13 août 2012, un conducteur de taxi (au bon cœur) est tombé nez à nez sur le fait. C’est lui qui m’a transporté rapidement. D’abord à la poursuite des malfaiteurs ensuite au CHU de Fann avec une escale d’à peine deux minutes à la gendarmerie de Ouakam où un gendarme rencontré à la porte m’a conseillé d’aller me faire soigner avant de revenir faire la déposition parce que je perdais «trop de sang ».

J’ai été transporté aux urgences de ce premier hôpital de référence où l’équipe de garde qui devait s’occuper de moi était visiblement désemparée car tout semblait manquer ce jour-là : sparadrap, compresse, fil à suture et que sais-je encore ? Finalement ma tête ensanglantée a reçu les soins primaires, un juste minimum. Le médecin décide de m’envoyer à l’hôpital Aristide Le Dantec, une autre structure sanitaire de référence de la capitale Dakar.

J’y ai été transporté par mes collègues après avoir attendu plus de deux heures une ambulance promise qui se faisait désirer. A Aristide Le Dantec, le médecin de garde s’est contenté de me dire : «du sang coule trop et notre bloc opératoire n’est pas fonctionnel ; il faut aller à l’Hôpital Principal ».

Soit dit en passant, tout en ne voulant pas trop personnaliser la chose, je voudrais révéler ici que c’est dans cet hôpital que mon épouse a attrapé le paludisme, faute de moustiquaires pour les patients, alors qu’elle y était hospitalisée voici quelques mois, pour une autre maladie. Ce qui a constitué à l’époque une autre source de dépenses pour celle qui déjà n’avait pu bénéficier d’aucune prise en charge de l’Etat pour son évacuation à l’étranger avec son statut de médecin et interne des hôpitaux. Mais cela est une autre affaire…

A l’hôpital Principal donc, où j’étais admis un peu après minuit, je n’ai été pris en charge par un médecin que le lendemain aux environs de 17 h30 et sans que je me fusse alimenté (mon dernier repas remontait à la veille –le 13 août à 15 heures-) puisque je devrais rester à jeun pour passer au bloc opératoire. Pourtant, sur la fiche médicale de transfert, le médecin qui s’étai occupé de moi au CHU de Fann avait bien mentionné : «URGENT Fracture auriculaire gauche post traumatique Saignement plus plus». L’on m’a fait comprendre que le bloc opératoire était surbooké car la période coïncidait avec l’accueil de beaucoup d’autres cas d’agressions ou d’accidents, donc beaucoup attendaient d’être opérés avant moi. Je dois préciser que des cas de traumatisme certainement plus graves que le mien attendaient également d’être pris en charge. Ce qui pouvait se comprendre puisque le bloc de l’autre hôpital tout proche en l’occurrence Aristide Le Dantec qui aurait pu accueillir certains blessés et traumatisés « ne fonctionnait pas » ce soir-là.

Bref, tout ceci me fait penser que pour peu, l’on peut perdre la vie bêtement (je pèse mes mots ou plutôt mes maux) dans nos hôpitaux, soit par négligence du personnel soignant, soit parce qu’on n’aurait pas assez d’argent ou faute d’être dans les dispositions d’aller acheter de l’alcool, du sparadrap, de la Bétadine, des seringues ou autres, soit parce que la tête du patient ne plaît pas au médecin, soit, soit, etc. j’ai déjà été témoin d’une scène avec un médecin disant à un jeune homme venu en consultation avec une parente : « si tu répètes ce que tu viens de me dire tu seras le dernier à être traité aujourd’hui ! ». Les engueulades entre personnel soignant et patients ou leurs proches sont légion dans nos hôpitaux. J’ai envie de donner ce conseil : « faites tout pour ne pas tomber malade au point d’avoir besoin des services de nos hôpitaux ». Les patients sont souvent ballotés entre mauvais accueil de la part d’un personnel médical peu dégourdi, une orientation lacunaire en termes d’information et des plateaux techniques peu relevés. Je suis tenté de comprendre, sans le justifier forcément, pourquoi la plupart de nos autorités, que ce soit au Sénégal ou ailleurs en Afrique, ne sont pas promptes à prendre le risque de se faire soigner dans les hôpitaux de nos pays. De nombreux malades ont peut-être perdu la vie dans ces circonstances bêtes. Je dois avouer cependant que les membres du personnel des plus dévoués, se heurtent souvent au déficit de matériels et d’équipements ou à l’inconscience professionnelle de certains de leurs collègues. On devrait aller vers une mise à niveau rapide des structures sanitaires et du personnel soignant mais aussi leur notation régulière par rapport au degré de satisfaction des patients tout en envisageant des sanctions positives ou négatives.

Avec 13 millions d’habitants, le Sénégal compte quelque 0,59 médecin pour 10 000 habitants selon les statistiques de 2008. La norme OMS recommande au moins 1 médecin pour 10 000 habitants. Nous sommes un peu loin du compte. Selon Seydou Gueye, le Secrétaire général du Gouvernement invité du Journal télévisé de 20 heures de la RTS mercredi, 12 septembre 2012, les statistiques indiquent que seuls 2 Sénégalais sur 10 sont en mesure de se soigner.

Quelques approches de solutions

Je n’ai pas la prétention de donner des leçons aux forces de sécurité. Je voudrais cependant proposer que les solutions commencent par un renforcement des moyens pour la police et la gendarmerie, une plus grande solidarité entre celles-ci et les populations. J’ai appris que ces corps multiplient et renforcent leurs patrouilles depuis quelque temps. Je m’en réjouis.

Au-delà du coût de la vie, Dakar devient difficile à vivre à cause de l’insécurité ; je l’ai malheureusement expérimenté en n’ayant eu la vie sauve que Grâce à Dieu. J’ai écrit ces quelques lignes pour alerter tout le monde. Je ne voudrais pas que le Sénégal, ma seconde patrie, vienne à ressembler à ces pays où beaucoup de choses sont sens dessus-dessous.

Il est temps que la sécurité du citoyen revienne au centre des préoccupations des pouvoirs publics, mais aussi que le patient se sente guéri à moitié dès qu’il entre dans une structure sanitaire. Une autre surprise : les parents qui ont besoin des certificats de naissance de leurs progénitures nés à l’Hôpital Principal de Dakar doivent prendre leur mal en patience car lesresponsables disent qu’un « produit toxique se trouve dans la salle des archives » rendant inaccessibles lesdits documents. En attendant, restez sains et saufs ! ./.
Fernand A. TONA
Mail : fernandtona@yahoo.fr

Fernand TONA

Mardi 18 Septembre 2012 - 15:02


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