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«Un an déjà, jour pour jour, depuis que je sortais des geôles de Rebeuss» (Par Mansour Faye)



«Un an déjà, jour pour jour, depuis que je sortais des geôles de Rebeuss» (Par Mansour Faye)
25 septembre 2025 – 25 septembre 2026
Un an déjà, jour pour jour, depuis que je sortais des geôles de Rebeuss, après 122 nuits passées derrière les barreaux.

Je me souviens encore de cette journée, de cette porte qui s’ouvrait enfin, de cette liberté retrouvée après de longs mois d’épreuve. Je sortais de prison, je sortais des entrailles d’une des plus odieuses manipulations politiques.

J’avais été présenté, jugé et condamné dans l’opinion avant même que la vérité n’ait eu le temps de faire son chemin. J’ai connu les accusations, les affabulations, les calomnies et les violences d’une bataille politique dont j’ai payé le prix dans ma chair et dans ma dignité.

Et je n’ai pas oublié ceux qui, hier, étaient les principaux artisans de cette entreprise : le «Gourou de la secte Pastef», l’usurpateur et ses thuriféraires (actuels comme nouveaux anciens), dont les méthodes, les discours et les agissements ont profondément marqué cette période de notre histoire politique et continue même de la marquer.
Je pardonne, mais je n’oublie pas.
Je pardonne parce que je ne veux pas faire de la haine un projet de vie ni de la revanche une conception de la politique.
Mais je n’oublie pas, parce qu’une nation qui oublie trop vite les épreuves qu’elle a traversées prend le risque de les reproduire.

Je pense aujourd’hui à tous ceux qui, pour des raisons diverses, demeurent privés de liberté dans nos prisons. Je pense à ceux dont les familles attendent, parfois depuis des mois, une décision, un jugement, une clarification.

À tous ceux-là, j’adresse mes pensées fraternelles et mes vœux les plus sincères pour qu’une issue juste et heureuse soit rapidement trouvée à leur situation. Je ne peux manquer de citer, entre autres, Dan SARR, Bandiacky… avec qui je partageais la chambre 35 ou principalement le secteur 5.
Ma liberté retrouvée m’impose aussi de penser à ceux qui attendent encore la leur.
Mais, au-delà des prisons, je pense surtout au Sénégal.

Je pense à cette population qui souffre en silence, qui fait face à la cherté de la vie, aux difficultés économiques, aux incertitudes, au chômage, aux difficultés de l’emploi et à toutes ces attentes auxquelles elle espère des réponses concrètes.

La question n’est plus seulement de savoir ce que le pouvoir promet.
La véritable question est de savoir ce que les Sénégalais peuvent aujourd’hui constater dans leur quotidien.

La Déclaration de politique générale du Premier ministre a elle-même placé la résolution des difficultés des Sénégalais parmi les engagements majeurs de l’action gouvernementale. Mais sa réponse sidérante relativement au manque de ressources a fini de nourrir profondément les interrogations et les inquiétudes sur la capacité réelle de l’Etat à répondre aux attentes immédiates des populations.
Et c’est précisément là que se trouve, à mes yeux, le véritable enjeu, les perspectives d’une nécessaire prise de conscience. Car le Sénégal de 2026 ne peut pas vivre dans l’attente permanente de 2029.

L’urgence du Sénégal est aujourd’hui dans les foyers qui cherchent à joindre les deux bouts, elle est dans les jeunes qui cherchent un emploi et une perspective, elle est dans les agriculteurs qui attendent du ciel et de l’État les conditions d’une véritable campagne agricole, elle est dans les quartiers qui subissent les difficultés liées à l’électricité, elle est dans toutes ces familles qui ne demandent pas de grands discours, mais simplement la possibilité de vivre dignement.

Et pendant ce temps, le débat politique se projette déjà vers 2029.
Il ne faudrait pourtant jamais que l’horizon d’une prochaine élection fasse perdre de vue l’urgence du présent.

Un pouvoir est d’abord jugé sur sa capacité à répondre aux préoccupations de son peuple, ici et maintenant.

Aujourd’hui, même l’hivernage semble parfois hésiter à tenir ses promesses.
Et lorsque s’ajoutent aux difficultés économiques les problèmes d’électricité, le mécontentement social peut devenir une colère que personne ne devrait prendre à la légère. Les risques d’émeutes de l’électricité sont à prendre au premier degré.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une nouvelle fracture.

Il a surtout besoin que ceux qui gouvernent se souviennent d’une chose essentielle : derrière chaque statistique, chaque budget, chaque décision administrative et chaque débat politique, il y a des femmes et des hommes, des familles et des destins. Il y a le peuple.
Un an après ma sortie de Rebeuss, je mesure davantage encore la valeur de la liberté. Mais je mesure aussi sa fragilité.

La liberté ne doit jamais être un privilège accordé par ceux qui détiennent le pouvoir. Elle est un droit que la République doit garantir à chacun.

Voilà pourquoi, un an après, je me souviens. Je pardonne. Mais je n’oublie pas.
Et parce que je n’oublie pas ce que j’ai vécu, je refuse de rester indifférent à ce que vivent aujourd’hui tant de Sénégalais. J’en fais un sacerdoce, un combat juste sans faille et sans limites.
Le Pastef et ses reliques vont dégager…

Puisse notre pays retrouver le chemin de l’apaisement, de la justice, de l’équite et du développement.
Pauvre Sénégal, certes.
Mais surtout : Sénégal debout.

Dia Koussa

Vendredi 25 Septembre 2026 - 03:27


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