«Vérité et Dignité» en Tunisie: 50 ans de fraudes électorales expliquées à la TV

Des candidats passés à tabac, des observateurs électoraux intimidés, et à la fin un score de plus de 80% en faveur de Ben Ali ou de Habib Bourguiba. Le 21 juillet, en Tunisie, des responsables de l'ancien régime et des opposants à la dictature ont témoigné publiquement à la télévision pour raconter comment les élections ont été truquées dans le pays pendant plus de cinquante ans.


Chargée d'établir la vérité sur les crimes de la dictature de Ben Ali (1989-2011), l'instance Vérité et Dignité abordait pour la première fois le thème des élections depuis le début des auditions publiques en novembre dernier.
 
Comme un ancien opposant islamiste avant lui, Abdeljaoued Jounaïdi témoignait ce 21 juillet face caméra des fraudes qu'il a constatées pendant les élections législatives de 1989.
 
A l'époque, il était membre du parti communiste Ettajdid, dans la région de Monastir, dans l'est de la Tunisie. « A la préfecture, la gomme fonctionnait à plein tube avant la proclamation des résultats : ils prenaient les bulletins de vote, ils effaçaient et rectifiaient ce qu'ils voulaient pour que tout concorde », explique-t-il.
 
Résultat : près de 80% pour le parti de Zine El Abidine Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) au niveau national, soit 100% des sièges au Parlement.
 
Urne jetée à la poubelle
 
Pas la peine d'intenter un recours en justice, comme l'explique Mongi Ellouze. Membre d'un parti de gauche, Al Joumhouri, il se souvient de cet observateur électoral de son parti qui a vu passer une urne entière à la poubelle.
 
« L'observateur a dit "pourquoi vous faites ça ?", raconte-t-il. « Il a été évacué par la police. Il a voulu porter plainte auprès du préfet mais c'est comme s'il s'adressait à un mur. Il n'a eu aucune réponse » conclut-il.
 
Comme plusieurs personnes qui témoignaient hier soir, l'homme aux cheveux gris a terminé son intervention en évoquant l'importance des élections municipales prévues en décembre, le premier scrutin local depuis la chute de Zine El Abidine Ben Ali en 2011.