ATD Quart Monde: 2017, une année pour commémorer, mais surtout pour agir

L’année 2017 donne à ATD Quart Monde l’occasion de célébrer à la fois le centenaire de la naissance de son fondateur Joseph Wresinski, les 60 ans de sa création et le 30e anniversaire de la Journée mondiale du refus de la misère qu’elle a instaurée. Mais plutôt que de souffler les bougies, l’ONG veut surtout mobiliser davantage contre la pauvreté.



Juillet 1956. Le père Joseph Wresinski pénètre pour la première fois dans le camp du Château-de-France à Noisy-le-Grand, un bidonville de l’Est-parisien qui s’étend sur un terrain acheté deux ans plus tôt par l’abbé Pierre, lequel avait lancé, en février 1954, son fameux appel sur les ondes pour que l’on vienne en aide aux pauvres et aux sans-abri. Sur place vivent 250 familles dans le dénuement le plus total, un dénuement que Joseph Wresinski connaît bien. Né lui-même en 1917 dans un camp, un camp d’internement car son père polonais était suspecté de collaboration avec l’ennemi (la Première Guerre mondiale n’était pas encore terminée), il fait bien sûr le lien avec sa propre histoire et se décide à agir.
 
Déjà impliqué à son modeste niveau de curé de paroisses ouvrières dans ce que l’on n’appelle pas encore « l’humanitaire », Joseph Wresinski veut créer l’année suivante une association avec les familles de ce camp où il va lui-même résider durant onze ans. Après un refus du ministère de l’Intérieur, il persévère et fonde donc à l’été 1957 « Aide à Toute Détresse », qui deviendra plus tard ATD Quart Monde, une expression « quart monde » dont il a d’ailleurs la paternité pour l’avoir évoquée le premier, en 1969. Rejoint dès 1958 par Geneviève de Gaulle-Antonioz, nièce du général de Gaulle et ancienne résistante rescapée du camp de Ravensbrück, le mouvement se développe rapidement dans cette France des Trente Glorieuses où les laissés-pour-compte ne manquent pas.
 
Dès le départ, ATD ne se veut pas seulement un organisme d’aide aux plus démunis. Il se fixe pour objectif de comprendre et faire connaître le point de vue des personnes et des populations en situation de grande pauvreté sur les réalités qu’elles vivent. Ainsi, dès 1960, l’ONG produit des études qualitatives sur la grande pauvreté par le biais de son Institut de recherche. Ces travaux font d’ailleurs l’objet de deux colloques organisés sous l’égide de l’Unesco en 1961 puis 1964. De là naissent aussi les notions de précarité et d’insécurité face aux violences qui en découlent. Bien plus tard, en 2016, le mouvement mettra l’accent sur la « pauvrophobie », néologisme surgi dans une époque, celle d’aujourd’hui, où le rejet du pauvre s’exprime plus ouvertement.

Rfi.fr

Dimanche 12 Février 2017 - 09:50



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter