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Après «l’affaire Mugabe», l’OMS a un peu plus terni son image

L'OMS fait volte-face et annule la nomination de Robert Mugabe au poste d'ambassadeur de bonne volonté en Afrique pour aider à lutter contre les maladies non transmissibles. Dans un communiqué diffusé dimanche 22 octobre, le directeur général de l'OMS, l'ancien ministre des Affaires étrangères en Ethiopie, Tedros Adhanom Ghebreyesus, explique avoir « entendu les inquiétudes » de la communauté internationale. Cette nomination a en effet provoqué un tollé généralisé et terni l'image de l'OMS, déjà écornée ces dernières années.



Déjà mise en cause au moment de la pandémie de grippe H1N1 en 2009, c'est surtout pour sa gestion de l'épidémie d’Ebola en 2014-2016 que l'OMS a été critiquée. Elle avait notamment été accusée de n'avoir réagi que tardivement, quand les Occidentaux commençaient à être touchés alors que le virus faisait rage depuis des semaines en Afrique de l'Ouest.

Dans ce contexte, la nomination en mai dernier de l'Ethiopien Tedros Adhanom, soutenu par l'Union africaine et premier Africain à prendre la tête de l'OMS, avait été globalement bien accueillie.

Son programme, basé sur des projets forts comme l'introduction d'une couverture médicale universelle et axé, justement, sur une meilleure transparence de l'institution, avait séduit.

Le choix de Robert Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté et le tollé qui a suivi marquent indéniablement un faux pas, qui écorne à nouveau l'image de l'OMS. D'autant qu'en revenant sur sa décision, Tedros Adhanom n'a ni expliqué les raisons qui avaient motivé son choix ni exprimé de regrets.

Ce nouveau couac va-t-il précipiter une réforme de l'OMS et plus largement des organisations onusiennes, comme le réclament plusieurs ONG et Washington ?

En tout cas, les critiques se multiplient, comme lors l'élection de l'Arabie saoudite à la Commission des droits des femmes de l'ONU en avril dernier ou de la RDC au Conseil onusien des droits de l'homme mi-octobre.

■ Les ONG au créneau

Pour UN Watch, une ONG basée à Genève, dont le mandat est d’assurer que l’ONU respecte sa propre Charte, la seule annulation de la nomination de Robert Mugabe ne suffit pas.

« Nommer l'un des tyrans les plus connus était une décision scandaleuse : Mugabe a écrasé toute opposition, détruit l'économie et le système de santé, témoigne Hillel Neuer, directeur de l’ONG. Alors, que le chef de l'OMS et ancien ministre des Affaires étrangères d'Ethiopie choisisse le tyran zimbabwéen pour être ambassadeur de bonne volonté soulève beaucoup de questions dérangeantes, et notamment "est-ce que cette nomination a fait l'objet d'une transaction ?" Je me félicite que le Canada, la Grande-Bretagne et d'autres pays aient dénoncé cette décision, mais ça ne devrait pas s'arrêter là. Nous devons savoir si l'OMS peut regagner la confiance de la communauté internationale; c'est pour ça que nous demandons la mise en place d'une commission d'enquête internationale indépendante pour comprendre comme cela a pu arriver, et que ça ne se reproduise plus.

Nous appelons aussi le docteur Tedros à exprimer ses regrets, ce qui n'a pas été le cas dans ses déclarations. Nous lui demandons de rencontrer des victimes du régime zimbabwéen, parce que sa décision de la semaine dernière était désastreuse et qu’il faut plus que l'annuler pour la faire oublier, il faut un geste fort envers les victimes de violations des droits humains au Zimbabwe. »

La crainte d'une suspension ou de coupe des aides américains peut-elle avoir joué un rôle déterminant dans le revirement du directeur de l'OMS ?

« Je pense que les Américains disposent de forts moyens de pression sur l'OMS parce qu'ils contribuent énormément à son financement. Aux Etats-Unis, les détracteurs des Nations unies ont vu en cette décision la preuve que l'ONU est incapable de se réformer, mais les soutiens du système onusien ont eux aussi dénoncé une décision absurde.

Je ne sais pas s'il y a eu de menace directe de désengagement, même si le gouvernement a effectivement été ouvertement critiqué et a souligné que les nominations faisaient partie des points à réformer.

Une menace de désengagement aurait pu être un levier supplémentaire, mais la pression n'était pas qu'américaine : tous les soutiens des Nations unies à travers le monde, et pas uniquement les contributeurs financiers, ont dénoncé cette décision.

La consternation a été si forte et si partagée aux quatre coins du globe, de l’Europe aux États-Unis, en passant par le Canada et bien sûr par l’Afrique où les victimes zimbabwéennes, mais les défenseurs des droits humains d'autres pays ont parlé de claque en pleine figure. La consternation a été telle, donc, que je pense que le directeur a vu qu'il n'avait pas le choix, sous peine de voir sa légitimité réduite à néant. »

Rfi.fr

Lundi 23 Octobre 2017 - 10:22



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